
{"id":502,"date":"2024-12-29T23:44:22","date_gmt":"2024-12-29T23:44:22","guid":{"rendered":"https:\/\/postulat.org\/fr\/?p=502"},"modified":"2025-12-07T21:31:02","modified_gmt":"2025-12-07T21:31:02","slug":"la-recherche-sur-la-nationalite","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/postulat.org\/fr\/la-recherche-sur-la-nationalite\/","title":{"rendered":"La recherche sur la nationalit\u00e9"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans mon travail, je vais essayer d\u2019analyser l\u2019identit\u00e9 nationale et de la pr\u00e9senter comme un concept qui sera assez diff\u00e9rent des opinions populaires. L&rsquo;essai <em>On Nationality<\/em> (1) de David Miller sera mon cadre th\u00e9orique sur lequel je vais d\u00e9velopper des questions et r\u00e9ponses critiques sous la forme d&rsquo;un monologue. Le plus grand d\u00e9fi concernant l\u2019exposition de l\u2019id\u00e9e de nationalit\u00e9 concerne les r\u00e9ponses \u00e0 un certain nombre de questions : de quoi est faite une nation, en quoi une nation diff\u00e8re-t-elle d\u2019une autre et o\u00f9 se trouve la fronti\u00e8re d\u2019une nation. La description et l&rsquo;\u00e9valuation de la nationalit\u00e9 en g\u00e9n\u00e9ral sont compliqu\u00e9es par le fait qu&rsquo;il existe de grandes diff\u00e9rences entre les soci\u00e9t\u00e9s et la diversit\u00e9 des opinions sur ces diff\u00e9rences. M\u00eame les personnes d\u2019origine sociale similaire diff\u00e8rent les unes des autres, ce qui peut sembler remettre en question le projet d\u2019unification nationale. Ou peut-\u00eatre que l&rsquo;id\u00e9e de nationalit\u00e9 est purement mythique, une id\u00e9e subjective qui n&rsquo;a jamais exist\u00e9 et n&rsquo;existe pas dans la r\u00e9alit\u00e9 ? La loyaut\u00e9 nationale est devenue une question radicalis\u00e9e qui peut \u00eatre facilement manipul\u00e9e dans l\u2019environnement politique pour soutenir tel ou tel dirigeant politique ou parti. Un acte d&rsquo;agression internationale, faisant appel \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e nationale et aux int\u00e9r\u00eats nationaux vitaux, ou la discrimination d&rsquo;un groupe social par rapport \u00e0 un autre \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur des fronti\u00e8res d&rsquo;un pays sont des exemples par lesquels les critiques repoussent l&rsquo;id\u00e9e nationale vers un id\u00e9al international ou une forme quelconque du cosmopolitisme. Rejetant l&rsquo;id\u00e9e de nationalit\u00e9 au nom de l&rsquo;appartenance \u00e0 la race humaine, il semble aux cosmopolites que le monde deviendra plus pacifique et plus ordonn\u00e9, mais cette opinion n&rsquo;explique pas les diff\u00e9rences entre les diff\u00e9rents groupes nationaux. En fait, il y a quelque chose qui incarne en nous l&rsquo;appartenance \u00e0 l&rsquo;un ou l&rsquo;autre groupe sp\u00e9cifique, et non \u00e0 une masse abstraite de personnes. Nous pouvons soudainement ressentir quelque chose qui nous lie \u00e0 notre fraternit\u00e9 nationale. Et m\u00eame quelqu&rsquo;un qui, dans des conditions normales, professe une totale indiff\u00e9rence \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de la nationalit\u00e9, est tr\u00e8s susceptible de ressentir la convergence de son identit\u00e9 avec la communaut\u00e9 lorsque le sort de la nation est d\u00e9cid\u00e9 collectivement. Miller souligne que m\u00eame si l\u2019on d\u00e9finit une nation \u00e0 travers l\u2019exp\u00e9rience partag\u00e9e d\u2019un groupe sp\u00e9cifique de personnes vivant dans un lieu sp\u00e9cifique, cela ne suffit pas \u00e0 expliquer le poids de la loyaut\u00e9 d\u2019une personne envers son identit\u00e9 nationale (2). Essayons donc de comprendre les th\u00e8ses de la description de la nation par Miller, en \u00e9vitant autant que possible une explication abstraite du concept d&rsquo;identit\u00e9 nationale.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Une nation existe-t-elle en tant que chose en soi ou est-elle un ph\u00e9nom\u00e8ne purement subjectif ? Miller pense plut\u00f4t que les nations ne peuvent exister par elles-m\u00eames, contrairement aux volcans ou aux \u00e9l\u00e9phants (3). Lorsque nous observons un \u00e9l\u00e9phant ou un volcan, nous pouvons identifier des crit\u00e8res par lesquels nous comprendrons que nous voyons telle ou telle chose. Avec une nation, les choses sont beaucoup plus compliqu\u00e9es. Une nation, selon Miller, n\u2019existe pas dans le monde ind\u00e9pendamment des croyances sur elle-m\u00eame. Autrement dit, si nous demandons \u00e0 une communaut\u00e9 ce qu\u2019est une nation, nous pouvons obtenir des r\u00e9ponses contradictoires. Une nation est comme une \u00e9quipe dans laquelle un ensemble de personnes peuvent se voir comme faisant partie d\u2019un moteur pour atteindre un objectif commun. Chaque membre d\u2019une telle \u00e9quipe coop\u00e9rante a des obligations collectives. Une \u00e9quipe peut aussi \u00eatre un groupe de personnes jouant ou travaillant ensemble, mais leur motivation est soutenue par des ambitions personnelles et non par l\u2019esprit d\u2019\u00e9quipe. Pour Miller, il est vain de se demander si les \u00c9cossais ou les Qu\u00e9b\u00e9cois constituent une nation distincte, puisqu\u2019il s\u2019agit d\u2019interpr\u00e9ter ce que les gens croient d\u2019eux-m\u00eames. De plus, aucun empirisme qui examine les croyances des gens sur leur place dans le monde ne peut r\u00e9soudre la question. Les attitudes et les croyances qui constituent une nation sont tr\u00e8s souvent cach\u00e9es dans les recoins de l\u2019esprit, et ne sont pleinement conscientes que par un \u00e9v\u00e9nement dramatique. \u00c0 cet \u00e9gard, Miller adopte une position antir\u00e9aliste, selon laquelle la d\u00e9finition d\u2019une nation ne repose pas sur un raisonnement logique mais sur la capacit\u00e9 d\u2019une personne \u00e0 croire qu\u2019elle appartient \u00e0 une nation (4). On pourrait m\u00eame dire que cela correspond \u00e0 la th\u00e9orie pragmatique de la v\u00e9rit\u00e9 : \u00ab Une proposition est vraie si elle est utile \u00e0 notre propos. \u00bb Il nous appartient donc de d\u00e9cider si la proposition \u00ab J\u2019appartiens \u00e0 une nation \u00bb est utile, et donc vraie. Cependant, on pourrait se demander si cette affirmation est vraiment vraie. Le fait qu\u2019une affirmation soit utile ne signifie pas qu\u2019elle soit vraie. Elle peut \u00eatre utile mais fausse. Contrairement \u00e0 Miller, je vais adopter une position r\u00e9aliste, en essayant de soutenir qu\u2019une nation existe ind\u00e9pendamment de ce qu\u2019une personne pense d\u2019elle. Si nous parlons d\u2019une nation en tant que communaut\u00e9, nous parlons avant tout de quelque chose que tous les membres de cette communaut\u00e9 partagent. Et ce quelque chose existe ind\u00e9pendamment du fait que nous croyons ou non appartenir \u00e0 une nation.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Miller note que tr\u00e8s souvent, le terme \u00ab nation \u00bb est utilis\u00e9 comme synonyme d\u2019\u00c9tat, ce qui est un malentendu courant (5). Les \u00c9tats peuvent \u00eatre multinationaux, comme ce fut le cas en Union sovi\u00e9tique, qui comptait plus d\u2019une centaine de nations. Les nations peuvent aussi \u00eatre divis\u00e9es en plusieurs \u00e9tats, comme en Allemagne de l\u2019Ouest et de l\u2019Est. Enfin, les nations peuvent \u00eatre dispers\u00e9es en tant que minorit\u00e9s dans plusieurs \u00c9tats. Les Kurdes ou les Palestiniens vous le diront. Autrement dit, l\u2019hypoth\u00e8se selon laquelle une nation est pleinement unie politiquement dans un seul \u00e9tat nous \u00e9loigne compl\u00e8tement du principe de la nation. Une autre pr\u00e9misse fausse consiste \u00e0 consid\u00e9rer une nation comme ethniquement homog\u00e8ne. Disons, de mani\u00e8re quelque peu conventionnelle, qu\u2019un groupe ethnique est une communaut\u00e9 form\u00e9e par une origine biologique (race) et des caract\u00e9ristiques culturelles (langue, culture, religion, etc.) communes. Oui, une nation, comme un groupe ethnique, peut partager des caract\u00e9ristiques biologiques et culturelles communes, mais une seule ethnie n\u2019est pas une condition pr\u00e9alable \u00e0 l\u2019existence d\u2019une nation. De nombreuses nations qui avaient un caract\u00e8re exclusivement ethnique ont, au fil du temps, englob\u00e9 de nombreux groupes ethniques diff\u00e9rents. L\u2019exemple le plus frappant est celui de la nation am\u00e9ricaine, qui \u00e9tait \u00e0 l\u2019origine ethniquement anglo-saxonne, mais qui comprend aujourd\u2019hui des Am\u00e9ricains d\u2019origine irlandaise, des Am\u00e9ricains d\u2019origine italienne et d\u2019autres groupes ethniques. Pour Miller, ignorer la distinction entre nation et ethnie conduit \u00e9galement la discussion sur la nationalit\u00e9 \u00e0 un faux d\u00e9part (6). On peut m\u00eame citer l\u2019exemple des \u00c9tats dits mono-ethniques de France ou d\u2019Espagne, qui en fait ne se composaient historiquement pas d\u2019une seule ethnie. Les Normands, les Bretons et les Alsaciens peuvent \u00eatre consid\u00e9r\u00e9s comme des groupes ethniques distincts en France, tandis que les Basques et les Catalans constituent une \u00ab ethnie \u00bb diverse en Espagne. Les opposants aux \u00c9tats multinationaux utilisent le terme de \u00ab nation titulaire \u00bb qui gouverne l\u2019\u00e9tat, et les autres groupes ethniques n\u2019ont aucune influence sur le pays dans son ensemble. Mais je n\u2019oserais pas qualifier un Normand ou un Alsacien de minorit\u00e9 nationale de France. Encore une fois, m\u00e9langer les deux ph\u00e9nom\u00e8nes de nation et d\u2019ethnicit\u00e9 revient \u00e0 faire l\u2019hypoth\u00e8se fausse qu\u2019une nation doit \u00eatre comprise comme une communaut\u00e9 ethniquement homog\u00e8ne au sein de son \u00c9tat. Une telle position cr\u00e9e un effet r\u00e9pulsif d&rsquo;\u00e9litisme de la nation, lorsque n\u2019importe quel signe d&rsquo;appartenance ethnique fait tomber un membre de la communaut\u00e9 dans la cat\u00e9gorie des minorit\u00e9s non titulaires. Dans de tels cas, les crit\u00e8res d&rsquo;exclusion les plus simplifi\u00e9s peuvent \u00eatre des diff\u00e9rences de traits biologiques, d&rsquo;accent linguistique, de pens\u00e9e diff\u00e9rente ou m\u00eame de diff\u00e9rences de comportement. En m\u00eame temps, les partisans des \u00c9tats mono-ethniques eux-m\u00eames ignorent tr\u00e8s souvent l&rsquo;existence de diff\u00e9rences ethniques au sein de la nation suppos\u00e9e titulaire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Alors, que signifie appartenir \u00e0 une nation ? Examinons les cinq caract\u00e9ristiques qui constituent l\u2019id\u00e9e d\u2019identit\u00e9 nationale et d\u00e9terminons dans quelle mesure elles sont rationnellement justifi\u00e9es. Miller commence par analyser l\u2019affirmation selon laquelle les nations ne sont pas des agr\u00e9gats de personnes distingu\u00e9es par leurs caract\u00e9ristiques physiques ou culturelles, mais des communaut\u00e9s dont l\u2019existence d\u00e9pend de la reconnaissance mutuelle (7). En d\u2019autres termes, d\u00e9finir l\u2019identit\u00e9 nationale par des attributs tels que la langue ou la race est une position fausse. L\u2019exemple des Autrichiens et des Allemands montre que ces communaut\u00e9s peuvent partager des caract\u00e9ristiques physiques et culturelles, mais qu\u2019elles ne forment pas pour autant une seule nation, car elles ne se reconnaissent pas comme un tout unique. Il n\u2019est pas si difficile de trouver des exemples de groupes de personnes qui se reconnaissent mutuellement comme une nation mais ne partagent pas une langue ou une origine raciale commune (Ghana, Inde, Belgique). Ainsi, lorsque je m\u2019identifie comme appartenant \u00e0 une certaine nation, je veux dire que ceux que je consid\u00e8re comme mes concitoyens partagent mes croyances. Le probl\u00e8me avec cet attribut est que je peux m\u2019imaginer comme Chinois et \u00eatre convaincu que d\u2019autres Chinois me consid\u00e9reront comme l\u2019un des leurs, mais cette croyance ne correspondra pas \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9. Si l\u2019on part du principe que les identit\u00e9s nationales se forment \u00e0 travers les id\u00e9es que les membres de la nation se font d\u2019eux-m\u00eames, le terme \u00ab nation \u00bb lui-m\u00eame prend un effet fluctuant, en fonction de l\u2019humeur de celui qui est convaincu de son appartenance. Aujourd\u2019hui, je crois \u00e0 mon appartenance \u00e0 la nation albanaise, demain j\u2019y renoncerai, mais apr\u00e8s-demain je redeviendrai Albanais. Avec une telle position, la \u00ab nation \u00bb perd sa signification objective et s\u2019enfonce dans le domaine des croyances mythiques.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La deuxi\u00e8me caract\u00e9ristique de l\u2019identit\u00e9 nationale selon Miller est l\u2019h\u00e9r\u00e9dit\u00e9 historique (8). Les nations remontent dans le pass\u00e9, perdant leurs origines dans la nuit des temps. Au cours de l\u2019histoire nationale, divers \u00e9v\u00e9nements importants se sont produits avec les h\u00e9ros de cette \u00e9poque, et nous pouvons identifier leurs actions comme les n\u00f4tres. Miller rappelle la citation de Renan selon laquelle les trag\u00e9dies historiques sont plus importantes que la gloire historique (9). La tristesse a plus de valeur que la victoire, car elle impose des devoirs et n\u00e9cessite des efforts communs. Autrement dit, une communaut\u00e9 nationale historique est une communaut\u00e9 de devoirs, car nos anc\u00eatres ont travaill\u00e9 et vers\u00e9 leur sang pour construire et d\u00e9fendre la nation. Ceux qui y sont n\u00e9s h\u00e9ritent de l\u2019obligation de poursuivre l\u2019\u0153uvre de leurs anc\u00eatres, faisant ainsi avancer la nation vers l\u2019avenir. Le fait est qu\u2019une nation n\u2019est pas un groupe de personnes qui pratiquent l\u2019entraide entre elles, qui se d\u00e9sint\u00e9grera d\u00e8s que ces pratiques cesseront. Au contraire, la nation s\u2019\u00e9tend d\u2019une g\u00e9n\u00e9ration \u00e0 l\u2019autre et ne peut donc pas \u00eatre abandonn\u00e9e par la soci\u00e9t\u00e9 contemporaine. En m\u00eame temps, Miller note que cette p\u00e9riode de l\u2019histoire n\u2019est rien d\u2019autre qu\u2019un \u00e9l\u00e9ment de mythe, qui repose en grande partie sur les m\u00e9dias (10). Les nations sont li\u00e9es par des croyances, mais ces croyances ne peuvent \u00eatre transmises que par le biais d\u2019artefacts culturels : livres, t\u00e9l\u00e9vision, Internet. Dans ce contexte, les nations ne sont pas enti\u00e8rement des communaut\u00e9s imaginaires, c\u2019est-\u00e0-dire une fausse invention, mais leur existence d\u00e9pend d\u2019actes collectifs d\u2019imagination qui s\u2019expriment \u00e0 travers ces m\u00e9dias (11). Si nous consid\u00e9rons la formation des identit\u00e9s nationales au XIXe si\u00e8cle, nous pouvons voir que ce processus a n\u00e9cessit\u00e9 la cr\u00e9ation d\u2019une langue nationale. Par exemple, en Boh\u00eame, seuls les paysans parlaient tch\u00e8que, tandis que la noblesse et la classe moyenne communiquaient en allemand. L\u2019\u00e9mergence d\u2019une nation tch\u00e8que distincte a n\u00e9cessit\u00e9 la transformation du tch\u00e8que en langue litt\u00e9raire. C\u2019est-\u00e0-dire que le dialecte parl\u00e9 a \u00e9t\u00e9 transform\u00e9 en langue imprim\u00e9e par la compilation de grammaires, de dictionnaires et d\u2019histoire de la langue. Et m\u00eame l\u2019existence de la po\u00e9sie tch\u00e8que au Moyen \u00c2ge a \u00e9t\u00e9 invent\u00e9e, un mythe qui a jou\u00e9 un r\u00f4le important dans l\u2019encouragement de l\u2019illusion selon laquelle la langue et la nation tch\u00e8ques avaient de profondes racines historiques (12). L\u2019histoire nationale contient des \u00e9l\u00e9ments de mythe parce qu\u2019elle interpr\u00e8te les \u00e9v\u00e9nements d\u2019une certaine mani\u00e8re et parce qu\u2019elle renforce la signification de certains \u00e9v\u00e9nements et diminue celle d\u2019autres. Miller cite ici encore Renan, en notant que l\u2019essence d\u2019une nation est d\u2019avoir beaucoup en commun et d\u2019oublier beaucoup (13). Aucun Fran\u00e7ais ne reconna\u00eetrait comme ses anc\u00eatres ceux qui ont commis des massacres lors des \u00e9v\u00e9nements de la Commune de Paris. Ces \u00e9v\u00e9nements ne sont pas ni\u00e9s, mais ils ne font pas partie de l\u2019histoire que la nation se raconte. La raison de ce voilement est que la formation des unit\u00e9s nationales a \u00e9t\u00e9 en grande partie le r\u00e9sultat de la contingence du pouvoir politique, qui a satisfait des ambitions territoriales. Faire de son histoire une fausse est un facteur important dans la formation d\u2019une nation, car personne ne veut s\u2019associer \u00e0 la nature artificielle et forc\u00e9e de la gen\u00e8se nationale. En cons\u00e9quence, les histoires fictives sur le pass\u00e9 des peuples qui ont habit\u00e9 un territoire sont d\u00e9sormais d\u00e9finies comme nationales.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La troisi\u00e8me caract\u00e9ristique de l\u2019identit\u00e9 nationale est que les nations, en tant que groupes, agissent. Elles font des choses ensemble, prennent des d\u00e9cisions, obtiennent des r\u00e9sultats, etc. (14). La nation devient ce \u00e0 quoi elle aspire, m\u00eame si ces aspirations peuvent conduire \u00e0 la honte nationale. En ce sens, Miller exclut le r\u00f4le passif de la nation, de la m\u00eame mani\u00e8re que l\u2019\u00c9glise interpr\u00e8te les suggestions de Dieu. Le probl\u00e8me ici est que cette exclusion impose des restrictions au membre du groupe. Appartenir \u00e0 la nation polonaise signifie incarner activement la volont\u00e9 nationale. Mais si cette volont\u00e9 est seulement contempl\u00e9e ou interpr\u00e9t\u00e9e passivement, alors le participant perd le signe m\u00eame de l\u2019identit\u00e9 nationale. Autrement dit, un Polonais ayant une position nationale passive n\u2019est pas un Polonais, car il ne participe pas \u00e0 l\u2019unification du pass\u00e9 et de l\u2019avenir de la nation polonaise.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le quatri\u00e8me aspect de l\u2019identit\u00e9 nationale, Miller l\u2019appelle la situation g\u00e9ographique de la nation. La nation encourage une personne \u00e0 occuper constamment la place qui la relie \u00e0 tous les membres du groupe. En d\u2019autres termes, la nation doit avoir un foyer, une patrie. C\u2019est pourquoi la communaut\u00e9 nationale selon Miller doit \u00eatre politique. Si les nations sont des groupes qui agissent, alors ces actions doivent viser \u00e0 contr\u00f4ler un morceau de terre, dans le sens d\u2019obtenir ou de conserver le statut d\u2019\u00c9tat. Cet \u00e9l\u00e9ment territorial relie la nation \u00e0 l\u2019\u00c9tat, qui prend la forme d\u2019un pouvoir l\u00e9gitime sur cette terre (15). Il y a un point important que je tiens a souligner. D\u2019une part, Miller exclut de consid\u00e9rer la nation et l\u2019\u00c9tat comme un seul concept. C\u2019est-\u00e0-dire que nous acceptons l\u2019existence de nations au sein d\u2019un \u00c9tat multinational. D\u2019autre part, l\u2019identit\u00e9 nationale d\u2019une nation se construit dans le d\u00e9sir d\u2019obtenir le contr\u00f4le politique sur le territoire qu\u2019elle occupe. En cons\u00e9quence, une situation explosive de s\u00e9paratisme international devrait surgir, dans laquelle la sortie de toute nation de l\u2019\u00c9tat sera toujours justifi\u00e9e \u00e9thiquement. Il ne s\u2019agit pas seulement de nations historiquement connues qui cherchent \u00e0 se faire ind\u00e9pendantes, comme le Qu\u00e9bec, la Catalogne, l\u2019\u00c9cosse, mais aussi d\u2019une multitude de pays multinationaux, dont la Chine, l\u2019Inde, la Russie, la Belgique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le cinqui\u00e8me \u00e9l\u00e9ment final de l\u2019identit\u00e9 nationale suppose que les gens d\u2019une m\u00eame nation ont quelque chose en commun. Il s\u2019agit d\u2019un ensemble de caract\u00e9ristiques que Miller d\u00e9crit comme le caract\u00e8re national, ou une culture sociale partag\u00e9e (16). Si nous pensons \u00e0 une nation, il doit y avoir un certain sentiment que les gens appartiennent ensemble en raison de caract\u00e9ristiques communes. Cela peut inclure des principes politiques, comme la croyance en la d\u00e9mocratie ou l\u2019\u00c9tat de droit. Cela inclut \u00e9galement les normes sociales, comme remplir une d\u00e9claration d\u2019imp\u00f4t honn\u00eate, c\u00e9der sa place dans le bus \u00e0 une personne handicap\u00e9e, etc. L\u2019identit\u00e9 nationale peut \u00e9galement englober certains id\u00e9aux culturels, comme les croyances religieuses ou l\u2019engagement \u00e0 pr\u00e9server la puret\u00e9 de la langue nationale. Il s\u2019ensuit que l\u2019identit\u00e9 nationale ne peut pas \u00eatre fond\u00e9e sur une origine biologique commune, une vision qui nous m\u00e8ne directement au racisme. Une culture publique commune est compatible avec l\u2019appartenance de la communaut\u00e9 \u00e0 divers groupes ethniques. M\u00eame si chaque nation doit avoir un foyer, cela ne signifie pas que chaque membre doit y na\u00eetre. L\u2019immigration ne doit pas cr\u00e9er de probl\u00e8mes \u00e0 condition que les immigrants partagent une identit\u00e9 nationale commune, apportant leurs propres ingr\u00e9dients distinctifs. Miller cite l\u2019exemple des Am\u00e9ricains et des Australiens, dont les anc\u00eatres sont arriv\u00e9s dans le Nouveau Monde sans rien mais ont r\u00e9ussi dans la nouvelle soci\u00e9t\u00e9. Enfin, une culture publique commune ne doit pas \u00eatre monolithique et englobante. Elle renvoie \u00e0 un ensemble de conceptions de la mani\u00e8re dont les gens vivent ensemble, et non \u00e0 un ensemble de caract\u00e9ristiques que tout le monde doit avoir de mani\u00e8re \u00e9gale. Au lieu de croire qu\u2019il existe un ensemble de conditions n\u00e9cessaires et suffisantes pour appartenir \u00e0 une nation, nous devrions penser \u00e0 des caract\u00e9ristiques suffisamment distinctives qui constituent un tout unique. Miller souligne que le caract\u00e8re national doit laisser la place \u00e0 l\u2019\u00e9panouissement de cultures priv\u00e9es au sein d\u2019une nation. Autrement dit, la nourriture que nous mangeons, la fa\u00e7on dont nous nous habillons, les choses que nous \u00e9coutons ne font pas partie de la culture publique qui d\u00e9finit la nationalit\u00e9, car elles rel\u00e8vent d\u2019un choix priv\u00e9. En tenant compte de ces dispositions du caract\u00e8re national, ses caract\u00e9ristiques probl\u00e9matiques sont d\u00e9crites. Miller essaie d\u2019englober tout et rien \u00e0 la fois. En affirmant que l&rsquo;identit\u00e9 nationale se forme \u00e0 partir des traits distinctifs de chaque participant, qui s&rsquo;entrecroisent dans un r\u00e9seau solide de culture commune, on n\u2019arrivera pas de distinguer une nation d\u2019une autre. Imaginons une situation hypoth\u00e9tique dans laquelle les Br\u00e9siliens et les Irlandais s&rsquo;unissent dans un \u00c9tat dans le contexte de la propagation d&rsquo;un mythe commun. Chacun des membres de la nouvelle communaut\u00e9 auront quelque chose en commun avec l&rsquo;autre&nbsp;: ils paient des imp\u00f4ts, votent aux \u00e9lections, soutiennent la m\u00eame \u00e9quipe. Bien que les Irlandais et les Br\u00e9siliens soient des peuples ethniquement diff\u00e9rents, parlant des langues diff\u00e9rentes, ayant des mentalit\u00e9s et des coutumes diff\u00e9rentes, ils constitueront une seule nation. Le caract\u00e8re national de Miller devient excessivement g\u00e9n\u00e9ral pour n&rsquo;importe quelle nation du monde.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous avons donc cinq caract\u00e9ristiques de l\u2019identit\u00e9 nationale, et aucune d\u2019entre elles ne r\u00e9pond au crit\u00e8re de la justification rationnelle. Un examen plus approfondi r\u00e9v\u00e8le qu\u2019une nation au sens le plus large est compos\u00e9e de personnes qui diff\u00e8rent \u00e0 la fois par leur mentalit\u00e9 et par leurs coutumes et pratiques. Miller admet que si les canons de la rationalit\u00e9 sont appliqu\u00e9s aux caract\u00e9ristiques de l\u2019identit\u00e9 nationale, ils se r\u00e9v\u00e8lent frauduleux (17). Ce qui est cens\u00e9 \u00eatre les caract\u00e9ristiques originales d\u2019une nation peut se r\u00e9v\u00e9ler \u00eatre des inventions artificielles au service d\u2019objectifs politiques. Mais Miller essaie de trouver une justification \u00e0 la loyaut\u00e9 nationale dans la pens\u00e9e \u00e9thique et politique. Il construit un argument selon lequel le mythe de la nation remplit une fonction utile dans la construction et le maintien d\u2019une communaut\u00e9 nationale. Premi\u00e8rement, le mythe d\u00e9termine que la nation a une extension dans l\u2019histoire qui incarne une r\u00e9elle continuit\u00e9 entre les g\u00e9n\u00e9rations. Deuxi\u00e8mement, le mythe joue un r\u00f4le moralisateur, nous montrant les vertus de nos anc\u00eatres et nous encourageant \u00e0 vivre \u00e0 leur hauteur. En acceptant l&rsquo;id\u00e9e que les nations sont des communaut\u00e9s \u00e9thiques, nous pouvons accepter le mythe de la nation, car il accro\u00eet le sens de la solidarit\u00e9 et du devoir des individus envers leurs concitoyens. Miller utilise une m\u00e9taphore pour renforcer le sens du mythe de la nation (18). Imaginez que la nation est comme un canot de sauvetage dans lequel des personnes sont tomb\u00e9es accidentellement. Les passagers du canot de sauvetage doivent \u00e9tablir des relations les uns avec les autres, c&rsquo;est-\u00e0-dire se comporter avec dignit\u00e9, travailler ensemble pour maintenir leurs activit\u00e9s \u00e0 flot, etc. De la m\u00eame mani\u00e8re, les personnes vivant sous le m\u00eame toit d&rsquo;institutions sont oblig\u00e9es de se respecter et de coop\u00e9rer les unes avec les autres, et il n&rsquo;est pas \u00e9vident qu&rsquo;elles le fassent \u00e0 moins qu&rsquo;elles ne se consid\u00e8rent comme les porteurs d&rsquo;une histoire commune. C&rsquo;est le mythe de la nation qui fait appel \u00e0 leur identit\u00e9 historique, au sacrifice fait dans le pass\u00e9 par une partie de la communaut\u00e9 pour le bien des autres. Le mythe permet \u00e0 la nation de capitaliser sur les ressources du groupe au moment o\u00f9 elle en a le plus besoin. Par cons\u00e9quent, les membres d&rsquo;une communaut\u00e9 nationale sont soumis \u00e0 des obligations inconditionnelles du fait qu&rsquo;ils sont n\u00e9s et ont grandi dans cette communaut\u00e9. Miller parle de la fluidit\u00e9 des identit\u00e9s nationales en termes de choix personnels concernant la compatibilit\u00e9 ou l\u2019incompatibilit\u00e9 avec les valeurs de la nation. La nationalit\u00e9 ne se choisit pas. Elle s\u2019acquiert de mani\u00e8re irr\u00e9fl\u00e9chie, encore une fois, \u00e0 travers l\u2019historicit\u00e9 du mythe national. Mais pour une personne qui h\u00e9rite d\u2019une identit\u00e9 nationale, il y a une marge consid\u00e9rable de r\u00e9flexion critique. Si quelqu\u2019un est n\u00e9 juif et n\u2019a pas d\u2019autre choix que de devenir le porteur d\u2019une certaine forme d\u2019identit\u00e9 juive, il peut d\u00e9cider de l\u2019importance qu\u2019il donnera \u00e0 sa jud\u00e9it\u00e9. Soit il fera de la nationalit\u00e9 l\u2019\u00e9l\u00e9ment central de son identit\u00e9 ou seulement un aspect secondaire. De plus, Miller souligne que, malgr\u00e9 ce que pr\u00e9tendent les doctrines nationalistes, les identit\u00e9s nationales ne sont en pratique pas exclusives aux porteurs (19). Par exemple, pour les Am\u00e9ricains juifs, l\u2019identit\u00e9 nationale est li\u00e9e \u00e0 la fois \u00e0 Isra\u00ebl et \u00e0 l\u2019Am\u00e9rique. Ils maintiennent donc une double loyaut\u00e9, m\u00eame si les immigrants am\u00e9ricains pr\u00eatent un serment d\u2019all\u00e9geance aux \u00c9tats-Unis, ce qui les oblige \u00e0 renoncer \u00e0 toute all\u00e9geance \u00e0 tout \u00c9tat \u00e9tranger. La nation mythique de Miller est toutefois compliqu\u00e9e par le fait que la continuit\u00e9 de l\u2019identit\u00e9 nationale n\u2019a aucun sens pour les nations au sein d\u2019un seul \u00c9tat, car ces nations sont toutes dans le m\u00eame \u00ab canot de sauvetage \u00bb. Autrement dit, pour elles, il existe une seule et m\u00eame p\u00e9riode historique entre le pass\u00e9 et le futur, et donc une seule identit\u00e9 nationale. Dire que les Sardes devraient avoir un mythe national distinct pour renforcer la solidarit\u00e9 entre les membres de leur communaut\u00e9 revient \u00e0 d\u00e9clarer l\u2019inefficacit\u00e9 du mythe national italien \u00e0 remplir sa fonction \u00e9thique et politique. Si Miller attribue le sens du mythe uniquement aux \u00c9tats constitu\u00e9s d\u2019une seule nation, il r\u00e9duit alors le concept de nation \u00e0 l\u2019\u00c9tat. C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment ce qu\u2019il a essay\u00e9 d\u2019\u00e9viter au d\u00e9but de son travail.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans ce cas, je propose de recr\u00e9er l\u2019id\u00e9e d\u2019identit\u00e9 nationale sur un autre plan et d\u2019examiner s\u2019il est possible de la justifier. Afin de sortir de l\u2019orbite du concept de nationalit\u00e9 de Miller, nous allons op\u00e9rer un subtil d\u00e9placement de sa signification. Ne partons pas de la question \u00ab Qui suis-je ? \u00bb, mais de \u00ab Que sais-je ? \u00bb, en tant que membre d\u2019une communaut\u00e9 nationale. Nous parlons d&rsquo;un certain ensemble de connaissances et d&rsquo;exp\u00e9riences pratiques li\u00e9es aux coutumes, aux pratiques, aux moyens de communication, aux symboles et m\u00eame aux ententes implicites avec un voisin ou un citoyen ordinaire. Appelons cette combinaison le \u00ab code de la nation \u00bb. L&rsquo;identit\u00e9 nationale se construit sur le fait que tous les membres de la communaut\u00e9 connaissent ce code, et peu importe qu&rsquo;ils l&rsquo;appliquent ou non dans la pratique \u00e0 un moment donn\u00e9. On peut alors dire qu&rsquo;une nation existe parce que les membres de la communaut\u00e9 sont capables de ressentir et de reconna\u00eetre les notes du caract\u00e8re national. Une telle caract\u00e9risation de l&rsquo;identit\u00e9 est dans une certaine mesure proche de toute identit\u00e9 qui se forme par l&rsquo;acquisition de connaissances et de pratiques. Devenir po\u00e8te signifie \u00eatre capable d&rsquo;\u00e9crire des vers, des po\u00e8mes ou d&rsquo;autres \u0153uvres po\u00e9tiques. Pour \u00e9crire des po\u00e8mes, il faut avoir un ensemble de connaissances et de comp\u00e9tences. Examinons-les de plus pr\u00e8s. Tout d&rsquo;abord, il faut conna\u00eetre le rythme du po\u00e8me. Il s&rsquo;agit de deux syllabes (chor\u00e9e et iambique) et de trois syllabes (dactyle, amphibraque et anapeste). Deuxi\u00e8mement, il est important de savoir utiliser divers moyens artistiques, tels que la m\u00e9taphore, la m\u00e9tonymie, l&rsquo;hyperbole, l&rsquo;all\u00e9gorie, la comparaison. Troisi\u00e8mement, il sera tr\u00e8s difficile d&rsquo;\u00e9crire sans lire des po\u00e8mes d&rsquo;autres po\u00e8tes. Par cons\u00e9quent, vous devez lire beaucoup de classiques et d&rsquo;\u0153uvres d&rsquo;auteurs modernes pour conna\u00eetre les diff\u00e9rents styles et formes de po\u00e8mes. La lecture en g\u00e9n\u00e9ral augmentera la litt\u00e9ratie g\u00e9n\u00e9rale de l&rsquo;utilisation de la langue dans laquelle le po\u00e8me sera \u00e9crit et \u00e9largira votre vocabulaire. Quatri\u00e8mement, sans sentiment, les po\u00e8mes ne pourront attirer l&rsquo;attention de personne. Vous devez \u00e9crire ce que vous ressentez sur le moment, alors les po\u00e8mes deviendront plus pr\u00e9cis, les mots &#8211; plus brillants. Cinqui\u00e8mement, vous avez \u00e9galement besoin de la capacit\u00e9 d&rsquo;imagination, de pens\u00e9e figurative et associative pour cr\u00e9er des images inattendues et accrocheuses. Comme nous pouvons le voir, la formation d&rsquo;un po\u00e8te passe par l&rsquo;\u00e9tude des r\u00e8gles et des actions qui donnent de la valeur aux \u0153uvres po\u00e9tiques. De m\u00eame, la nationalit\u00e9 est acquise par une personne par l&rsquo;initiation et l&rsquo;entr\u00e9e dans un jeu de langue locale selon le type de concept wittgensteinien (20). L\u2019id\u00e9e principale est que le langage est utilis\u00e9 dans un contexte et ne peut \u00eatre compris en dehors de ce contexte. Wittgenstein donne l\u2019exemple de \u00ab De l\u2019eau ! \u00bb, qui peut \u00eatre utilis\u00e9 comme une exclamation, un ordre, une demande ou une r\u00e9ponse \u00e0 une question. Le sens d\u2019un mot d\u00e9pend du jeu de langage dans lequel il est utilis\u00e9. Au niveau d\u2019une nation, un jeu de langage d\u00e9signe toute action qui n\u2019acquiert de sens que si nous la faisons dans un contexte partag\u00e9 par d\u2019autres membres du groupe. Un membre d\u2019une communaut\u00e9 nationale doit \u00e9tudier le sens des actions de ses concitoyens en appliquant dans la pratique les r\u00e8gles communes du jeu. Autrement dit, pour devenir Qu\u00e9b\u00e9cois, il faut s\u2019immerger dans le mode de vie qu\u00e9b\u00e9cois afin d\u2019avoir la possibilit\u00e9 de cr\u00e9er selon ses r\u00e8gles, de cr\u00e9er avec le code qu\u00e9b\u00e9cois. Bien s\u00fbr, cela prend du temps et de l\u2019inspiration, mais dans la plupart des cas, le code de la nation s\u2019apprend sans m\u00eame r\u00e9fl\u00e9chir d\u00e8s la naissance d\u2019un enfant, tout comme on apprend \u00e0 parler ou \u00e0 marcher. S\u2019il s\u2019agit d\u2019un immigrant qu\u00e9b\u00e9cois, il a aussi toutes les chances de devenir Qu\u00e9b\u00e9cois par ses \u00e9tudes, son travail, sa famille, ses amis, etc., dans le m\u00eame environnement o\u00f9 \u00e9voluent les autres Qu\u00e9b\u00e9cois. Lorsqu\u2019il sera capable de naviguer dans le jeu de langage qu\u00e9b\u00e9cois et d\u2019agir selon les r\u00e8gles de ce jeu, il acquerra une identit\u00e9 qu\u00e9b\u00e9coise. C\u2019est seulement de cette fa\u00e7on que l\u2019identit\u00e9 nationale devient non pas une entit\u00e9 mythique, fluctuante \u00e0 partir de l\u2019id\u00e9e que les membres de la nation se font d\u2019eux-m\u00eames, mais une chose existante avec ses propres crit\u00e8res de d\u00e9finition. Alors, quand nous disons d\u2019un groupe de personnes qu\u2019elles constituent une nation, nous ne parlons pas de leur estime de soi, de leurs caract\u00e9ristiques physiques ou de leur comportement, nous parlons de l\u2019ensemble des connaissances et des comp\u00e9tences qu\u2019elles partagent et qui constituent le code de la nation. Les groupes qui se forment en tant que nations n\u2019ont pas de s\u00e9gr\u00e9gation g\u00e9ographique particuli\u00e8re. Il peut s\u2019agir d\u2019un village, d\u2019une ville, d\u2019une r\u00e9gion ou d\u2019une combinaison de chacun de ces \u00e9l\u00e9ments. En m\u00eame temps, plusieurs nations peuvent coexister c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te, se croisant les unes avec les autres comme des jeux de langage.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous allons poursuivre l&rsquo;\u00e9tude de l&rsquo;identit\u00e9 nationale et essayer de d\u00e9couvrir o\u00f9 se situe la fronti\u00e8re de la nation. Si nous construisons une nation sur la base du concept de jeu de langage de Wittgenstein, essayons alors d&rsquo;en s\u00e9parer la base th\u00e9orique du concept de fronti\u00e8re. Pour Wittgenstein, en g\u00e9n\u00e9ral, fixer la fronti\u00e8re d&rsquo;un jeu n&rsquo;a aucun sens au sens classique du terme (21). Il donne l&rsquo;exemple du concept de \u00ab nombre \u00bb, en soulignant que nous pouvons lui donner des limites strictes, c&rsquo;est-\u00e0-dire utiliser le mot \u00ab nombre \u00bb pour un cas tr\u00e8s limit\u00e9. Mais nous pouvons aussi utiliser le concept de \u00ab nombre \u00bb de telle mani\u00e8re que la diffusion de son concept n&rsquo;ait pas de limites. C&rsquo;est ainsi que nous utilisons le jeu. Nous pouvons d\u00e9finir les limites d&rsquo;un jeu uniquement dans un but particulier, mais cela ne rend pas le concept plus utilisable. Wittgenstein pose alors la question de savoir comment expliquer \u00e0 quelqu&rsquo;un ce qu&rsquo;est un \u00ab jeu \u00bb. Si le concept de \u00ab jeu \u00bb n&rsquo;a pas de limites, alors qu&rsquo;entendons-nous en fait par \u00ab jeu \u00bb ? Si nous comparons le concept de jeu \u00e0 celui de r\u00e9gion et disons qu\u2019une r\u00e9gion sans fronti\u00e8res claires ne peut pas \u00eatre appel\u00e9e r\u00e9gion du tout, cela signifie probablement que ce concept n\u2019a aucun sens. Mais Wittgenstein donne l\u2019exemple de lui qui se tient debout avec quelqu\u2019un sur une place de ville et dit : \u00ab Restez ici ! \u00bb Il ne se donne pas la peine de tracer des limites, mais fait simplement un geste du doigt, comme s\u2019il d\u00e9signait un certain endroit. Et c\u2019est ainsi que nous pouvons expliquer ce qu\u2019est un jeu. Nous donnons des exemples et nous voulons qu\u2019ils soient per\u00e7us d\u2019une certaine mani\u00e8re. Si nous demandons o\u00f9 se trouve la fronti\u00e8re de la nation basque, nous obtiendrons une r\u00e9ponse similaire. Nous ne pouvons pas simplement d\u00e9terminer o\u00f9 la nation compte encore et o\u00f9 elle ne compte plus. Mais nous pouvons commencer \u00e0 jouer le code basque et nous attendre \u00e0 une r\u00e9action r\u00e9ciproque \u00e0 notre jeu. Si la r\u00e9ponse \u00e0 notre message n\u2019a pas de sens, alors nous excluons cette r\u00e9ponse du champ d\u2019application du code de la nation et tra\u00e7ons ainsi sa fronti\u00e8re. Autrement dit, la nation, en tant que concept, n\u2019a pas de fronti\u00e8res, \u00e0 moins que nous ne commencions \u00e0 exclure de la distribution des combinaisons d\u00e9nu\u00e9es de sens, en jouant selon les r\u00e8gles du jeu de langage. Et pourtant, le retrait des combinaisons de la sph\u00e8re du jeu fait aussi partie du jeu. Lorsque nous tra\u00e7ons la fronti\u00e8re d&rsquo;une nation, cela ne signifie pas encore pourquoi nous la dessinons. Il peut s&rsquo;agir pour les joueurs de la franchir, ou cela peut montrer o\u00f9 se termine la propri\u00e9t\u00e9 d&rsquo;une personne et o\u00f9 commence celle d&rsquo;une autre. Il s&rsquo;ensuit que la qualit\u00e9 interne d&rsquo;une nation est qu&rsquo;elle se chevauche et se croise avec d&rsquo;autres nations, cr\u00e9ant un r\u00e9seau de jeux de langage. C&rsquo;est ainsi que les activit\u00e9s du po\u00e8te et de l&rsquo;\u00e9crivain se croisent selon des r\u00e8gles similaires. Le po\u00e8te cr\u00e9e des \u0153uvres de genres po\u00e9tiques, tels que des vers, des po\u00e8mes, des drames en vers, tandis que l&rsquo;\u00e9crivain se concentre sur la prose. Mais tous deux utilisent des comp\u00e9tences et des pratiques similaires pour \u00e9crire leurs \u0153uvres : la lecture des \u0153uvres d&rsquo;autres auteurs, la capacit\u00e9 d&rsquo;imagination, la pens\u00e9e figurative et associative, l&rsquo;utilisation de divers moyens artistiques, etc. Dans ce domaine d&rsquo;intersection et de chevauchement des similitudes des jeux de langage des nations, la fronti\u00e8re d&rsquo;un \u00c9tat, d&rsquo;une r\u00e9gion ou m\u00eame d&rsquo;une ville n&rsquo;a aucun sens. \u00c0 Montr\u00e9al, on sent clairement ce r\u00e9seau de nations repr\u00e9sent\u00e9es par les Fran\u00e7ais, les Italiens, les Irlandais, les Anglais, les Ha\u00eftiens, les \u00c9cossais, les Chinois, les peuples autochtones du Canada, les Qu\u00e9b\u00e9cois, etc. Chacun de ces groupes nationaux peut s\u2019orienter dans deux ou plusieurs jeux de langage. En m\u00eame temps, tout jeu de langage \u00e9tabli sur le territoire du Canada est consid\u00e9r\u00e9 par l\u2019\u00c9tat comme canadien. Autrement dit, la nationalit\u00e9 canadienne ne repr\u00e9sente pas en r\u00e9alit\u00e9 un jeu de langage distinct, mais plut\u00f4t un agr\u00e9gat de nations qui se croisent au Canada. Cela s&rsquo;applique \u00e9galement aux \u00c9tats dits \u00ab&nbsp;\u00c9tat-nation&nbsp;\u00bb. Un habitant de Maastricht, dans la province n\u00e9erlandaise du Limbourg, joue selon les r\u00e8gles d&rsquo;un code qui ressemble davantage \u00e0 celui des Flamands en Belgique. En m\u00eame temps, cette nationalit\u00e9 flamande de l&rsquo;habitant de Maastricht se combine en une nationalit\u00e9 n\u00e9erlandaise, qui rassemble toutes les nationalit\u00e9s \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur des fronti\u00e8res des Pays-Bas. Dans un coin mono-ethnique de l&rsquo;Ukraine, deux villes &#8211; la capitale Kiev et Malyn, qui se trouvent \u00e0 100 kilom\u00e8tres de la capitale &#8211; ont des communaut\u00e9s d&rsquo;identit\u00e9s nationales diff\u00e9rentes, car chacune d&rsquo;elles diff\u00e8re consid\u00e9rablement dans les r\u00e8gles du jeu concernant l&rsquo;utilisation du code d&rsquo;une nation ukrainienne particuli\u00e8re. Les exemples de ce genre sont nombreux. Il s&rsquo;av\u00e8re que le concept m\u00eame d&rsquo;\u00c9tat-nation n&rsquo;a pas de sens, car \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur des fronti\u00e8res de tout \u00c9tat, nous aurons une intersection de jeux de langage qui d\u00e9passeront les fronti\u00e8res du territoire de l&rsquo;\u00c9tat. Si dans les r\u00e9gions centrales de la Slov\u00e9nie, nous devrions nous attendre \u00e0 un code homog\u00e8ne de la nation, dans les coins recul\u00e9s du pays aux fronti\u00e8res avec les \u00c9tats voisins, l&rsquo;utilisation d&rsquo;autres jeux de langage auront lieu, formant ainsi d&rsquo;autres nations slov\u00e8nes. Il semblerait que des nations naines comme Monaco ou le Vatican devraient constituer des \u00c9tats-nations, mais elles ne seront pas exceptionnelles. Le jeu de langage de ces \u00c9tats sera similaire \u00e0 celui des nations fran\u00e7aises ou italiennes. Autrement dit, dans ce cas, ce n\u2019est pas l\u2019\u00c9tat qui unit les nations, mais la nation qui unit les \u00c9tats. Et m\u00eame la R\u00e9publique de Nauru ne fera pas exception. Cet \u00c9tat nain situ\u00e9 sur l\u2019\u00eele corallienne du m\u00eame nom dans l\u2019oc\u00e9an Pacifique occidental est situ\u00e9 loin des autres \u00c9tats, mais \u00e9tait habit\u00e9 par les peuples autochtones de Micron\u00e9sie et de Polyn\u00e9sie. Par cons\u00e9quent, le code de nation de Nauru est tr\u00e8s probablement similaire \u00e0 celui de l\u2019une des nations insulaires voisines, telles que Kiribati ou Tuvalu. Ainsi, si nous devions cartographier conceptuellement les nations sur une carte du monde, elles ressembleraient \u00e0 ceci dans l\u2019usage moderne.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"627\" height=\"597\" src=\"https:\/\/postulat.org\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2024\/12\/nationstates2fr.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-504\" style=\"aspect-ratio:1.050251256281407;width:564px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/postulat.org\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2024\/12\/nationstates2fr.png 627w, https:\/\/postulat.org\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2024\/12\/nationstates2fr-300x286.png 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 627px) 100vw, 627px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale, la nation est identifi\u00e9e au concept d&rsquo;\u00c9tat. Dans certains cas, le concept de nation titulaire est utilis\u00e9 pour s\u00e9parer toute diversit\u00e9 nationale selon des crit\u00e8res ethniques en un petit groupe distinct les uns \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des autres. Dans le sch\u00e9ma suivant, nous avons une carte des nations selon la diversit\u00e9 du code, o\u00f9 nous verrons une intersection complexe de nations dans un r\u00e9seau de jeux de langage et qui ne d\u00e9pend pas de la fronti\u00e8re de l&rsquo;\u00c9tat, de la culture, de la langue ou de l&rsquo;origine biologique des personnes.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"747\" height=\"644\" src=\"https:\/\/postulat.org\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2024\/12\/nationsstates1fr.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-505\" style=\"aspect-ratio:1.1599378881987579;width:537px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/postulat.org\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2024\/12\/nationsstates1fr.png 747w, https:\/\/postulat.org\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2024\/12\/nationsstates1fr-300x259.png 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 747px) 100vw, 747px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Autrement dit, selon ce sch\u00e9ma, l\u2019usage moderne du concept de nation perd son sens, car il ne refl\u00e8te pas l\u2019essence des identit\u00e9s nationales des pays. La nationalit\u00e9 d\u2019un pays devient un agr\u00e9gat d\u2019identit\u00e9s nationales de communaut\u00e9s au sein d\u2019un \u00c9tat ou fait partie d\u2019une nationalit\u00e9 inter\u00e9tatique. Si, par exemple, nous parlons de la nationalit\u00e9 fran\u00e7aise, nous entendons avant tout l\u2019unification de toutes les identit\u00e9s des nations fran\u00e7aises en un seul concept formel. Cela inclut les jeux de langage des Parisiens, des Marseillais, des Lyonnais, des Guadeloup\u00e9ens, des Alsaciens, des Basques, des Corses, des Normands, des Bretons, des Catalans, des Gascons, des Vend\u00e9ens, des Alg\u00e9riens, des B\u00e9ninois, des S\u00e9n\u00e9galais et bien d\u2019autres. Et chacun de ces Fran\u00e7ais poss\u00e8de au moins les r\u00e8gles de deux ou trois codes des nations. Cependant, un tel ensemble d\u2019identit\u00e9s nationales n\u2019aura pas de particularit\u00e9s exceptionnelles qui feraient que certaines nations et pas d\u2019autres rel\u00e8vent de cette nationalit\u00e9 fran\u00e7aise. Il s\u2019ensuit que la nationalit\u00e9 fran\u00e7aise est un concept purement technique cr\u00e9\u00e9 par l\u2019\u00c9tat sur une base territoriale. Et cela s\u2019applique \u00e0 toute nationalit\u00e9 assimil\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00c9tat.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Miller affirme ensuite que les nations sont des communaut\u00e9s \u00e9thiques (22). Reconnaissant l\u2019identit\u00e9 nationale, Miller soutient que nous devrions avoir des responsabilit\u00e9s particuli\u00e8res envers nos concitoyens. Ces responsabilit\u00e9s sont les m\u00eames que celles que nous avons envers notre famille, notre \u00e9cole, notre communaut\u00e9 locale. Autrement dit, si j\u2019appartiens \u00e0 une certaine communaut\u00e9, je ressens un sentiment de loyaut\u00e9 envers ce groupe, et cela s\u2019exprime par le fait que je pr\u00eate une attention particuli\u00e8re aux int\u00e9r\u00eats des membres du groupe. Miller donne l\u2019exemple de deux \u00e9tudiants qui viennent lui demander conseil. Son temps est limit\u00e9 et il donne donc la pr\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l\u2019\u00e9tudiant qui appartient \u00e0 son universit\u00e9. Pour Miller, ces responsabilit\u00e9s sont r\u00e9ciproques, dans le sens o\u00f9 il attend des autres membres qu\u2019ils accordent une importance particuli\u00e8re \u00e0 ses int\u00e9r\u00eats, tout comme il accorde une importance particuli\u00e8re aux leurs. Cependant, les obligations \u00e9thiques de la nationalit\u00e9 diff\u00e8rent de celles des autres communaut\u00e9s sur deux points principaux. La puissance de la nationalit\u00e9 en tant que source d\u2019identit\u00e9 personnelle signifie que ses obligations sont ressenties tr\u00e8s fortement et peuvent s\u2019\u00e9tendre tr\u00e8s loin \u2013 les gens sont pr\u00eats \u00e0 se sacrifier pour leur pays d\u2019une mani\u00e8re dont ils ne sont pas pr\u00eats \u00e0 se sacrifier pour d\u2019autres groupes et associations. Mais ces obligations sont en m\u00eame temps incertaines, parce qu\u2019elles sont le sujet du courant politique dominant ou qu\u2019elles d\u00e9coulent de la culture publique. En d\u2019autres termes, la culture publique \u00e9tablit une id\u00e9e du caract\u00e8re de la nation, fixant ses obligations. Et celles-ci, \u00e0 leur tour, sont le produit de d\u00e9bats politiques et de coloration id\u00e9ologique. Par exemple, certaines cultures nationales peuvent attacher de l\u2019importance \u00e0 l\u2019autosuffisance individuelle. D\u2019autres mettront davantage l\u2019accent sur les biens collectifs et croiront que les compatriotes ont l\u2019obligation de participer \u00e0 diverses formes de service national. Ici encore, Miller part du principe que les fronti\u00e8res de la nation co\u00efncident avec celles de l\u2019\u00c9tat. Oui, les citoyens de tout \u00c9tat ont des droits et des obligations qui d\u00e9coulent simplement de leur participation \u00e0 des pratiques dont ils b\u00e9n\u00e9ficient, en raison du principe de r\u00e9ciprocit\u00e9. En tant que citoyens, ils b\u00e9n\u00e9ficient de droits \u00e0 la protection personnelle, aux soins m\u00e9dicaux, \u00e0 l\u2019\u00e9ducation scolaire gratuite, etc., et en \u00e9change, ils sont oblig\u00e9s d\u2019ob\u00e9ir \u00e0 la loi, de payer des imp\u00f4ts et de soutenir en g\u00e9n\u00e9ral un syst\u00e8me de coop\u00e9ration. Cependant, ces droits et obligations n\u2019ont aucun contenu \u00e9thique, car ils font partie des jeux de langage des nations. Si un Bulgare participe au jeu de langage d\u2019une des nations bulgares, il doit en pratique suivre les r\u00e8gles d\u2019utilisation de ce jeu. Cela peut impliquer son obligation de payer des imp\u00f4ts locaux, de c\u00e9der sa place dans le bus \u00e0 une personne \u00e2g\u00e9e, de nouer une martenitsa (un fil de laine blanc et rouge torsad\u00e9) \u00e0 son bras \u00e0 l\u2019occasion de la f\u00eate de Baba Marta, etc. Mais s\u2019il se retire de la participation au jeu de langage de la nation, il s\u2019\u00e9cartera des r\u00e8gles d\u2019utilisation qui \u00e9tablissent ses droits et obligations en tant que participant. En m\u00eame temps, il restera porteur de l\u2019identit\u00e9 nationale, car il conservera les connaissances et les comp\u00e9tences de participation au jeu de langage de sa communaut\u00e9. De m\u00eame, un po\u00e8te qui \u00e9crit un po\u00e8me suit certaines r\u00e8gles qui lui imposent des obligations concernant la formation de la rime, en tenant compte de la m\u00e9trique et de la structure. A-t-il une obligation \u00e9thique de suivre les r\u00e8gles d\u2019\u00e9criture d\u2019un po\u00e8me ? Non, il n\u2019en a pas. La mesure dans laquelle il suit les r\u00e8gles ne parle que du degr\u00e9 de sa participation au jeu de langage des po\u00e8tes. Enfin, la remarque de Miller selon laquelle l&rsquo;\u00e9thique d&rsquo;une nation est form\u00e9e par la culture sociale et les processus politiques ne fait que montrer \u00e0 quel point cette \u00e9thique est conditionnelle et changeante. Toute personne peut interpr\u00e9ter diff\u00e9remment son appartenance \u00e0 une nation et en tirer certaines conclusions sur ses devoirs envers ses compatriotes. En outre, la culture sociale et les devoirs de nationalit\u00e9 qui en d\u00e9coulent peuvent changer au fil du temps, \u00e0 mesure que les institutions politiques, le niveau g\u00e9n\u00e9ral d&rsquo;\u00e9ducation, etc. se d\u00e9veloppent. Autrement dit, l&rsquo;\u00e9thique de la nation de Miller s&rsquo;av\u00e8re \u00eatre une invention artificielle, fond\u00e9e non pas sur la tradition, mais sur les processus sociaux d&rsquo;interaction. Il s&rsquo;agit avant tout d&rsquo;un outil de r\u00e9gulation des relations entre les membres pour assurer la stabilit\u00e9 du syst\u00e8me \u00e9tatique. C&rsquo;est pourquoi Miller souligne qu&rsquo;il existe de bonnes raisons \u00e9thiques pour que les fronti\u00e8res de la nationalit\u00e9 et les fronti\u00e8res de l&rsquo;\u00c9tat co\u00efncident (23). Dans ce cas, si quelqu&rsquo;un se demande pourquoi il paie des imp\u00f4ts, il trouvera deux r\u00e9ponses pour lui-m\u00eame. La premi\u00e8re concerne son devoir en tant que membre de la nation de soutenir les projets sociaux et de r\u00e9pondre aux besoins des autres compatriotes. La deuxi\u00e8me r\u00e9ponse mettra l&rsquo;accent sur son devoir en tant que citoyen de soutenir les institutions dont il attend, en retour, des avantages. L\u2019ensemble de ces r\u00e9ponses produit un fort effet stimulant de contribution, qui serait difficile \u00e0 obtenir uniquement sur la base de la r\u00e9ciprocit\u00e9 entre les membres. Donc, Miller utilise le concept d\u2019\u00e9thique nationale pour assurer une gouvernance plus efficace de l\u2019\u00c9tat. En m\u00eame temps, si le renforcement de l\u2019\u00c9tat d\u00e9pend du degr\u00e9 de co\u00efncidence des fronti\u00e8res de la nation avec celles de l\u2019\u00c9tat, alors les \u00c9tats multinationaux s\u2019av\u00e8rent vuln\u00e9rables et inefficaces par nature. Dans le cas o\u00f9 un \u00c9tat est pr\u00e9sent\u00e9 comme un territoire d\u2019intersection des jeux de langage des nations, nous devons redessiner le monde entier avec de nouvelles formations afin de parvenir \u00e0 la co\u00efncidence des fronti\u00e8res de la nation et de l\u2019\u00c9tat et d\u2019assurer la stabilit\u00e9 de la coop\u00e9ration \u00e9tatique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Consid\u00e9rons plus en d\u00e9tail l\u2019autre affirmation de Miller selon laquelle les communaut\u00e9s nationales ont le droit \u00e0 l\u2019autod\u00e9termination politique (24). Il admet que dans certains cas, les nations sont si m\u00e9lang\u00e9es g\u00e9ographiquement avec d\u2019autres groupes que cette aspiration peut \u00eatre vaine. Cependant, Miller donne un certain nombre de raisons pour lesquelles il est important que les fronti\u00e8res des unit\u00e9s politiques co\u00efncident avec les fronti\u00e8res nationales. Tout d\u2019abord, il sugg\u00e8re qu\u2019une nation dont les fronti\u00e8res ne co\u00efncident pas avec ses fronti\u00e8res politiques aura beaucoup de mal \u00e0 parvenir \u00e0 un r\u00e9gime de justice g\u00e9n\u00e9rale. Il donne l\u2019exemple des Slov\u00e8nes \u00e9conomiquement prosp\u00e8res pendant la f\u00e9d\u00e9ration yougoslave qui n\u2019\u00e9taient pas tr\u00e8s satisfaits de la r\u00e9partition des ressources et des subventions aux investissements en Serbie ou au Mont\u00e9n\u00e9gro (25). La justice g\u00e9n\u00e9rale pour la Slov\u00e9nie n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 respect\u00e9e parce que la nation slov\u00e8ne avait droit aux ressources cr\u00e9\u00e9es par ses membres mais estimait qu\u2019elle perdait davantage par rapport aux autres communaut\u00e9s. Si Miller prend en compte le PIB par habitant pour d\u00e9terminer la r\u00e9partition \u00e9quitable des ressources d\u2019une nation, alors l\u2019autod\u00e9termination nationale n\u2019est pas toujours justifi\u00e9e \u00e9conomiquement. Certes, les Catalans, qui rattrapent presque les Madril\u00e8nes en termes de PIB par habitant, pourraient se sentir plus justes s&rsquo;ils quittaient l&rsquo;Espagne. Mais on ne peut pas en dire autant des Qu\u00e9b\u00e9cois. En termes de rapport entre le produit int\u00e9rieur brut de la province et sa population annuelle moyenne, le Qu\u00e9bec n&rsquo;est pas en t\u00eate de liste par rapport aux autres provinces (26). Il s&rsquo;av\u00e8re que les nations les moins productives d&rsquo;un \u00c9tat multinational n&rsquo;ont aucun int\u00e9r\u00eat \u00e0 rechercher l&rsquo;autod\u00e9termination politique, car leur r\u00e9alisation de la justice g\u00e9n\u00e9rale est mise en doute. De plus, nous ne pouvons m\u00eame pas \u00eatre s\u00fbrs que la Catalogne resterait aussi productive \u00e9conomiquement apr\u00e8s avoir obtenu son hypoth\u00e9tique ind\u00e9pendance de l&rsquo;Espagne. Il est impossible de calculer tous les facteurs de la cha\u00eene de cause \u00e0 effet qui impr\u00e8gne l&rsquo;\u00e9conomie catalane dans le syst\u00e8me de relations \u00e9conomiques avec les autres r\u00e9gions d&rsquo;Espagne et les pays du monde. Par cons\u00e9quent, si Miller lie le d\u00e9sir d&rsquo;une d\u00e9finition politique de la nation \u00e0 la r\u00e9alisation du sommet de la justice sociale et \u00e9conomique entre ses membres, le r\u00e9sultat d&rsquo;un tel d\u00e9sir peut \u00eatre vain et conduire au contraire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Miller donne une autre signification de l\u2019autod\u00e9termination nationale \u00e0 la protection de la culture nationale (27). En d\u2019autres termes, la culture nationale a besoin d\u2019\u00eatre prot\u00e9g\u00e9e par l\u2019\u00c9tat. Il ne s\u2019agit pas de dire que la culture publique ne peut exister sans r\u00e9gulation \u00e9tatique, mais qu\u2019il serait imprudent de la confier \u00e0 des particuliers. Miller donne l\u2019exemple du propri\u00e9taire d\u2019une cha\u00eene de t\u00e9l\u00e9vision qui souhaite sinc\u00e8rement produire des drames et des documentaires d\u2019investigation de qualit\u00e9, mais qui, sur un march\u00e9 concurrentiel, doit acheter des feuilletons t\u00e9l\u00e9vis\u00e9s moins cher pour survivre. Ainsi, la seule fa\u00e7on d\u2019emp\u00eacher le d\u00e9clin de la culture nationale est d\u2019utiliser le pouvoir de l\u2019\u00c9tat pour prot\u00e9ger les aspects consid\u00e9r\u00e9s comme importants. Et c\u2019est l\u00e0 que se pose la question : o\u00f9 est la garantie que l\u2019\u00c9tat, dont les fronti\u00e8res co\u00efncident d\u00e9sormais avec la nation, cr\u00e9era de meilleures conditions pour l\u2019existence de la culture nationale ? Imaginons qu\u2019un \u00c9tat multinational se scinde en petits \u00c9tats-nations. Chacun d\u2019eux a d\u00e9sormais le contr\u00f4le total de sa culture publique, mais doit d\u00e9sormais r\u00e9sister \u00e0 une influence encore plus grande des \u00c9tats voisins. Il est bon que l\u2019\u00c9tat nouvellement cr\u00e9\u00e9 soit financi\u00e8rement autonome, mais dans le monde moderne des relations \u00e9conomiques internationales, m\u00eame une communaut\u00e9 \u00e9tatique riche doit adapter sa culture nationale aux d\u00e9fis des facteurs ext\u00e9rieurs. Il n\u2019est pas toujours vrai qu\u2019un \u00c9tat mononational se pr\u00e9occupe de pr\u00e9server et de diffuser sa culture nationale au d\u00e9triment des int\u00e9r\u00eats \u00e9conomiques. Par exemple, les Pays-Bas, qui sont historiquement un \u00c9tat commer\u00e7ant riche, ont d\u00e9velopp\u00e9 une couche nationale distincte d\u2019expatri\u00e9s travaillant de mani\u00e8re permanente dans des entreprises locales (28). Ce sont des gens qui sont bien int\u00e9gr\u00e9s dans le syst\u00e8me de vie et de coop\u00e9ration n\u00e9erlandais, bien que ne parlant pas du tout le n\u00e9erlandais ou l\u2019utilisant de mani\u00e8re tr\u00e8s basique. Il ne s\u2019agit m\u00eame pas d\u2019un autre moyen de communication, mais d\u2019un autre code de la nation. Les expatri\u00e9s n\u00e9erlandais ont cr\u00e9\u00e9 leur propre culture nationale, qui existe parall\u00e8lement \u00e0 la culture n\u00e9erlandaise d\u2019origine, et que les Pays-Bas reconnaissent \u00e9galement comme n\u00e9erlandaise, en accordant \u00e0 ses locuteurs la citoyennet\u00e9 n\u00e9erlandaise. Mais le pire r\u00e9sultat de la protection de la culture publique peut \u00eatre attendu d\u2019un \u00c9tat mononational qui se retrouvera dans une situation financi\u00e8re tr\u00e8s pr\u00e9caire et d\u00e9pendra de subventions internationales ext\u00e9rieures. On peut citer l\u2019exemple de Nauru, d\u00e9j\u00e0 \u00e9voqu\u00e9 plus haut, dont l\u2019\u00e9conomie repose historiquement sur l\u2019extraction de la nauruite (29). Lorsque les r\u00e9serves primaires de phosphate ont \u00e9t\u00e9 \u00e9puis\u00e9es \u00e0 la fin des ann\u00e9es 2010, Nauru a cherch\u00e9 \u00e0 diversifier ses sources de revenus. En 2020, les principaux revenus de Nauru provenaient de la vente des droits de p\u00eache dans les eaux territoriales et du centre de d\u00e9tention des immigr\u00e9s australiens. C\u2019est-\u00e0-dire que le pays d\u00e9pend fortement de l\u2019aide \u00e9trang\u00e8re d\u2019autres pays, en particulier de l\u2019Australie et de la Nouvelle-Z\u00e9lande. Bien que les fronti\u00e8res de l\u2019\u00c9tat de Nauru co\u00efncident avec celles de la nation, le pays a peu de chances de pr\u00e9server et de diffuser son code de nation, \u00e0 moins, bien s\u00fbr, qu\u2019il n\u2019existe et n\u2019ait d\u00e9j\u00e0 fusionn\u00e9 avec celui de l\u2019un des \u00c9tats insulaires voisins de Micron\u00e9sie et de Polyn\u00e9sie. Miller insiste sur un \u00c9tat homog\u00e8ne, rappelant des cas o\u00f9 dans un \u00c9tat multinational le groupe dominant avait une forte incitation \u00e0 utiliser le pouvoir de l\u2019\u00c9tat pour imposer sa propre culture \u00e0 des groupes plus faibles (30). Il cite des exemples historiques de tentatives d\u2019assimilation forc\u00e9e de minorit\u00e9s nationales \u00e0 la culture de la majorit\u00e9, allant de la magyarisation forc\u00e9e des minorit\u00e9s ethniques dans la Hongrie du XIXe si\u00e8cle \u00e0 la politique constante de l\u2019\u00c9tat turc visant \u00e0 d\u00e9truire l\u2019identit\u00e9 culturelle de sa minorit\u00e9 kurde. Pour commencer, les nations titulaires ont tendance \u00e0 s\u2019attribuer un degr\u00e9 d\u2019homog\u00e9n\u00e9it\u00e9 culturelle plus \u00e9lev\u00e9 que celui dont font preuve leurs membres en r\u00e9alit\u00e9. Cela signifie que toute nation majoritaire est en r\u00e9alit\u00e9 constitu\u00e9e de plusieurs identit\u00e9s culturelles, qui sont tr\u00e8s difficiles \u00e0 imposer \u00e0 une autre nation, car elles ne repr\u00e9sentent pas un code complet \u00e0 remplacer. L\u2019assimilation d\u2019une minorit\u00e9 nationale par l\u2019apprentissage forc\u00e9 de la langue de la nation dite titulaire ne changera en rien la capacit\u00e9 de la minorit\u00e9 \u00e0 cr\u00e9er selon le code de sa communaut\u00e9. Et comment peut-on remplacer un code de nation par un autre ? Une communaut\u00e9 peut acqu\u00e9rir les connaissances et les comp\u00e9tences d\u2019un autre code, mais elle ne peut en aucun cas refuser d\u2019utiliser le code qu\u2019elle conna\u00eet le mieux, et dans le meilleur des cas, elle utilisera les deux. De m\u00eame, un po\u00e8te qui sait le mieux \u00e9crire de la po\u00e9sie ne perdra pas son talent simplement parce qu\u2019il apprend \u00e0 \u00e9crire de la prose. Autrement dit, l&rsquo;acquisition d&rsquo;autres codes de nations est inh\u00e9rente \u00e0 l&rsquo;identit\u00e9 nationale, tout comme l&rsquo;acquisition de connaissances et de comp\u00e9tences est inh\u00e9rente \u00e0 toute personne. Ce n&rsquo;est que par l&rsquo;expulsion forc\u00e9e ou la destruction physique d&rsquo;une communaut\u00e9 que l&rsquo;on peut remplacer un code national par un autre sur un territoire donn\u00e9. Dans une certaine mesure, la position de Miller sur le d\u00e9sir de transformer chaque \u00c9tat en un \u00c9tat-nation est compr\u00e9hensible, car l&rsquo;histoire a connu de nombreux cas tragiques de r\u00e9installation de populations li\u00e9es \u00e0 des \u00c9tats multinationaux. Par exemple, les villes slov\u00e8nes de Maribor, Ptuj et Celje avaient une majorit\u00e9 germanophone, et la ville ukrainienne de Lviv avait une majorit\u00e9 polonaise avant l&rsquo;effondrement de l&rsquo;Empire austro-hongrois (31). Mais l\u00e0 encore, selon la th\u00e9orie des jeux de langage des communaut\u00e9s nationales, le reformatage des nations ne peut se produire que dans un \u00c9tat multinational et conduire finalement \u00e0 la formation d&rsquo;un nouvel \u00c9tat multinational, car les \u00c9tats-nations sous une forme pure et permanente n&rsquo;existent pas. M\u00eame si nous supposons que la Palestine peut incarner l&rsquo;image d&rsquo;un \u00c9tat mononational (bien qu&rsquo;une partie importante de la communaut\u00e9 r\u00e9side dans de nombreux autres pays), son autod\u00e9termination politique ne renforce en rien l&rsquo;argument de Miller selon lequel les meilleures conditions pour pr\u00e9server la culture commune d&rsquo;une nation ne peuvent \u00eatre cr\u00e9\u00e9es que si elle co\u00efncide avec les fronti\u00e8res de l&rsquo;\u00c9tat. Imaginons que le conflit isra\u00e9lo-palestinien soit r\u00e9solu dans la paix et la prosp\u00e9rit\u00e9 pour les deux \u00c9tats. On peut alors supposer que la Palestine reviendra sur sa terre natale avec ses membres errants de par le monde, augmentant ainsi la diversit\u00e9 des codes de nations palestiniens, comme l\u2019a fait Isra\u00ebl \u00e0 l\u2019\u00e9poque. Autrement dit, la Palestine est en train de se cr\u00e9er \u00e0 partir des entrailles d\u2019\u00c9tats multinationaux et, en fin de compte, son autod\u00e9termination nationale ne peut conduire qu\u2019\u00e0 la cr\u00e9ation d\u2019un \u00c9tat palestinien multinational. Ainsi, selon Miller, il existe de solides raisons empiriques de croire que les cultures nationales seront mieux prot\u00e9g\u00e9es lorsqu\u2019elles seront nourries par leurs propres \u00c9tats, et en m\u00eame temps, ces raisons empiriques peuvent \u00eatre contrast\u00e9es avec d\u2019autres dans lesquelles l\u2019autod\u00e9termination politique d\u2019une nation conduit \u00e0 la formation de divers jeux de langage qui vont \u00e0 l\u2019encontre du jeu principal. Que la culture commune originelle profite ou d\u00e9cline du voisinage avec la nouvelle culture cr\u00e9\u00e9e d\u00e9pend de nombreux facteurs difficiles \u00e0 pr\u00e9voir, tels que le syst\u00e8me politique, le d\u00e9veloppement \u00e9conomique, la situation g\u00e9ographique des fronti\u00e8res, les relations avec d&rsquo;autres pays, etc. Mais dans un cas ou dans l&rsquo;autre, le raisonnement de Miller sur l&rsquo;harmonie du gouvernement de l&rsquo;\u00c9tat au sein de la nation perd son sens, car il ne correspond pas \u00e0 la nature du d\u00e9veloppement d&rsquo;une nation dans son voisinage avec d&rsquo;autres.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Autrement dit, selon Miller, un \u00c9tat d\u00e9mocratique peut garantir que l\u2019autod\u00e9termination nationale est vraiment nationale, car dans un tel \u00c9tat, les gens ont un plus grand sentiment de contr\u00f4le sur leur destin. Mais m\u00eame en supposant que nous cherchions \u00e0 construire quelque chose avec quelqu\u2019un avec qui nous avons quelque chose en commun, pourquoi devrions-nous n\u00e9cessairement le faire dans une formation politique ? La volont\u00e9 d\u2019autonomie collective se r\u00e9alise au mieux dans un environnement dans lequel les d\u00e9cisions sont prises par le plus petit nombre possible d\u2019acteurs sans interm\u00e9diaires. En d\u2019autres termes, plus le caract\u00e8re local de la prise de d\u00e9cision au niveau de l\u2019ordonnance et de l\u2019ex\u00e9cution est important, plus il est probable que ce qui a \u00e9t\u00e9 ordonn\u00e9 sera ex\u00e9cut\u00e9 avec un contr\u00f4le total de l\u2019ensemble du processus. Il vaut mieux \u00eatre dans un groupe de deux d\u00e9cideurs que de deux cents, alors la volont\u00e9 sera claire et certaine. De la m\u00eame mani\u00e8re, il vaut mieux avoir deux ex\u00e9cutants que deux cents, afin que la volont\u00e9 soit ex\u00e9cut\u00e9e clairement et sans malentendu. A cet \u00e9gard, la prise de d\u00e9cision dans la dimension politique ne peut en aucun cas \u00eatre la meilleure expression de la volont\u00e9 de la nation. La formation d\u2019un \u00c9tat implique tellement de facteurs inconnus sur lesquels les acteurs n\u2019ont aucune influence qu\u2019une nation dans de telles conditions a plus de chances de jouer \u00e0 la roulette que d\u2019ex\u00e9cuter r\u00e9solument la volont\u00e9 commune. Et peu importe la forme que prend la formation d\u2019un \u00c9tat. Si dans un \u00c9tat autoritaire il n\u2019y a pas d\u2019illusion selon laquelle la volont\u00e9 de la nation est entre les mains de quelques individus, dans un \u00c9tat d\u00e9mocratique se cr\u00e9e l\u2019illusion, selon laquelle la nation a une volont\u00e9 et qu\u2019elle influence quelque chose dans le d\u00e9sir collectif d\u2019avancer dans la direction souhait\u00e9e. Cela ne veut pas dire que la nation doit choisir une forme de gouvernement anarchique, comme le mentionne Miller \u00e0 propos de l\u2019anarchiste allemand Gustav Landauer (33). Cela signifie plut\u00f4t que la volont\u00e9 de la nation est une id\u00e9e aussi illusoire que la volont\u00e9 des po\u00e8tes. De quelle mani\u00e8re s\u2019exprime-t-elle sinon dans les diff\u00e9rentes interpr\u00e9tations des membres individuels de la communaut\u00e9 nationale ? De plus, ces interpr\u00e9tations peuvent \u00eatre compl\u00e8tement oppos\u00e9es. La nation n\u2019a aucune obligation d\u2019accomplir sa volont\u00e9, car il est impossible de d\u00e9terminer le mouvement commun de quelque chose qui va dans des directions diff\u00e9rentes. Ainsi, en disant que l\u2019objectif de l\u2019autod\u00e9termination politique est int\u00e9gr\u00e9 dans l\u2019id\u00e9e m\u00eame de la nation, nous \u00e9loignons le terme de nationalit\u00e9 des aspects qui en d\u00e9coulent rationnellement.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Miller tente de renforcer le concept d\u2019\u00c9tat mononational en changeant la direction de l\u2019argument. Il sugg\u00e8re de se demander pourquoi les \u00c9tats ou le pouvoir politique des \u00c9tats sont susceptibles de fonctionner plus efficacement lorsqu\u2019ils ne regroupent qu\u2019une seule communaut\u00e9 nationale (34). En effet, une grande partie du travail de l\u2019\u00c9tat consiste \u00e0 atteindre des objectifs qui ne peuvent \u00eatre atteints sans la coop\u00e9ration volontaire de ses citoyens. Pour que ce travail soit couronn\u00e9 de succ\u00e8s, les citoyens doivent faire confiance \u00e0 l\u2019\u00c9tat et ils doivent se faire mutuellement confiance pour faire ce que l\u2019\u00c9tat attend d\u2019eux. Une identit\u00e9 partag\u00e9e implique une loyaut\u00e9 partag\u00e9e, ce qui augmente la confiance dans le fait que les autres seront tenus \u00e0 une obligation r\u00e9ciproque de coop\u00e9rer. Cette affirmation cl\u00e9 sous-tend l\u2019argument de Miller selon lequel l\u2019homog\u00e9n\u00e9it\u00e9 culturelle g\u00e9n\u00e8re la solidarit\u00e9 entre les membres d\u2019une nation. Mais il n\u2019est pas difficile de contredire que la solidarit\u00e9 peut \u00e9galement na\u00eetre entre des individus ayant des identit\u00e9s nationales tr\u00e8s diff\u00e9rentes. En g\u00e9n\u00e9ral, la nationalit\u00e9 ne peut avoir aucune influence sur le fait de savoir si nous faisons confiance ou non \u00e0 une personne. On peut supposer que la nationalit\u00e9 forme la m\u00eame opinion les uns des autres chez des personnes ayant une identit\u00e9 nationale commune. Mais quelles qualit\u00e9s morales pouvons-nous attendre de quelqu\u2019un que nous consid\u00e9rons comme un camarade national ? Elles peuvent \u00eatre \u00e0 la fois positives et n\u00e9gatives pour nous, ce qui d\u00e9pend plus d&rsquo;aspects de la personnalit\u00e9 compl\u00e8tement diff\u00e9rents que des aspects nationaux. Un po\u00e8te peut \u00eatre \u00e0 la fois l&rsquo;ennemi et l&rsquo;ami d&rsquo;un po\u00e8te, car le jeu de langage ne programme pas l&rsquo;attitude du participant \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de l&rsquo;environnement. De m\u00eame, le code d&rsquo;une nation ne donne un sens qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;activit\u00e9 de chacun des participants au jeu, sans g\u00e9n\u00e9rer de jugement de compatriote sur un jeu de langage particulier. L&rsquo;appartenance \u00e0 une nation ne cr\u00e9e ni sympathie ni antipathie envers une autre nation. Si nous construisons l&rsquo;identit\u00e9 nationale sur l&rsquo;attitude envers quelque chose, alors la nation perd compl\u00e8tement son essence, car elle d\u00e9pendra alors de l&rsquo;humeur \u00e9motionnelle. Dans ce cas, on ne peut pas se passer d&rsquo;une machine \u00e9tatique. C&rsquo;est sur la relation aux autres \u00c9tats et \u00e0 leur opposition sous la forme de nations que se construit la nationalit\u00e9 collective des \u00c9tats, qui n&rsquo;a pas de facteur unificateur fondamental, \u00e0 l&rsquo;exception de la fronti\u00e8re \u00e9tatique. Ce n&rsquo;est qu&rsquo;ainsi que l&rsquo;\u00c9tat tente d&rsquo;assurer \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de ses fronti\u00e8res la construction fragile de diverses communaut\u00e9s nationales, car les \u00e9motions et l&rsquo;attitude de chaque membre de la nation \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard des objets non \u00e9tatiques sont faciles \u00e0 manipuler. En ce sens, la projection \u00e9motionnelle sur le monde ext\u00e9rieur ne fait pas partie int\u00e9grante de l\u2019identit\u00e9 nationale et n\u2019affecte en rien la nation elle-m\u00eame, mais l\u2019\u00c9tat utilise ce plan pour cr\u00e9er sa soi-disant nationalit\u00e9 \u00e9tatique. Par exemple, l\u2019un des facteurs unificateurs de toutes les nations indiennes est l\u2019hostilit\u00e9 envers le Pakistan, car sur ce fond \u00e9motionnel, l\u2019\u00c9tat construit une identit\u00e9 nationale \u00e9tatique unificatrice. De m\u00eame, les nations pakistanaises sont guid\u00e9es par les auspices de l\u2019hostilit\u00e9 envers l\u2019Inde, cr\u00e9ant une nationalit\u00e9 pakistanaise technique. \u00catre Indien, c\u2019est donc d\u00e9tester tous les Pakistanais, et inversement, \u00eatre Pakistanais, c\u2019est m\u00e9priser tous les Indiens. Miller donne plusieurs exemples de pays qui d\u00e9montrent soi-disant l\u2019efficacit\u00e9 de l\u2019homog\u00e9n\u00e9it\u00e9 culturelle pour la gouvernance (35). Des d\u00e9mocraties comme la Suisse et le Canada, qui ont mis en \u0153uvre avec succ\u00e8s des politiques visant \u00e0 la justice sociale, ont une identit\u00e9 unificatrice. Miller reconna\u00eet que ces pays peuvent \u00eatre consid\u00e9r\u00e9s comme multinationaux dans une certaine mesure, mais ils d\u00e9montrent n\u00e9anmoins la force unificatrice de la solidarit\u00e9 qui r\u00e9sulte d\u2019un caract\u00e8re national unique. En Suisse, l\u2019identit\u00e9 nationale du XIXe si\u00e8cle a \u00e9t\u00e9 forg\u00e9e de mani\u00e8re consciente par les mythes de l\u2019origine et de la r\u00e9surrection des h\u00e9ros nationaux, malgr\u00e9 des identit\u00e9s linguistiques, religieuses et cantonales distinctes. Miller cite \u00e9galement le gouvernement d\u00e9centralis\u00e9 de la Suisse et le d\u00e9veloppement d\u2019institutions d\u00e9mocratiques comme ayant contribu\u00e9 \u00e0 la formation du caract\u00e8re national de la Suisse. Quant au Canada, il se vante \u00e9galement d\u2019avoir un gouvernement efficace et une justice sociale. Bien que les francophones et les anglophones se consid\u00e8rent comme des types diff\u00e9rents de Canadiens, ils ont une identit\u00e9 canadienne commune. Miller pointe ici une source de fiert\u00e9 canadienne, comme le syst\u00e8me national de sant\u00e9, qui distingue le Canada de son voisin am\u00e9ricain. Autrement dit, au Canada, il existe des institutions qui sont devenues un \u00e9l\u00e9ment unificateur de l\u2019identit\u00e9 de la nation canadienne. Pour comparer la Suisse et le Canada, Miller donne l\u2019exemple du Nig\u00e9ria, qui est une organisation de plusieurs groupes ethniques. La politique de ce pays prend la forme d\u2019une lutte entre ces groupes pour la domination sous forme de marchandage et de corruption. Et cela parce qu\u2019au Nig\u00e9ria, il n\u2019y a pas de confiance mutuelle entre les groupes nationaux, et donc pas d\u2019identit\u00e9 nationale commune. Quant au Nig\u00e9ria, je ne pr\u00e9tends pas qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un pays multinational, bien que ce fait ne justifie en rien les cons\u00e9quences du pouvoir politique nig\u00e9rian. Quant au Canada et \u00e0 la Suisse, je soutiens que ces deux pays sont \u00e9galement multinationaux. Le probl\u00e8me ici est que Miller remplace \u00e0 plusieurs reprises le concept de nation, qui existe en tant que jeu de langage de la communaut\u00e9, par une nation qui n\u2019existe que dans l\u2019imagination des institutions \u00e9tatiques, c\u2019est-\u00e0-dire une formation mythique de l\u2019\u00c9tat. En effet, les montres suisses, le chocolat suisse, les banques suisses, le fromage suisse, le syst\u00e8me \u00e9lectoral suisse des cantons \u2013 ce sont toutes des id\u00e9es unificatrices autour d\u2019une seule nation suisse. Mais nous parlons d\u2019une nation technique qui n\u2019existe pas dans la r\u00e9alit\u00e9. De m\u00eame, on peut choisir une combinaison de d\u00e9finitions g\u00e9n\u00e9rales sur n\u2019importe quel pays, souvent sous forme de clich\u00e9s, qui indiqueront l\u2019existence d\u2019une soi-disant identit\u00e9 nationale unique en son sein. Mais comment peut-on nier l\u2019utilisation en Suisse de codes d\u2019activit\u00e9 compl\u00e8tement diff\u00e9rents des m\u00eames nations francophones, germanophones, italophones et romanches ? Il en va de m\u00eame pour le Canada. Les habitants de Vancouver, Toronto et Montr\u00e9al ne se distinguent pas seulement par des diff\u00e9rences linguistiques, ethniques et sociales, mais aussi par des modes de vie compl\u00e8tement diff\u00e9rents. Et lorsque Miller mentionne le syst\u00e8me de sant\u00e9 canadien comme un facteur unificateur de la nation, il oublie les diff\u00e9rences tout aussi importantes au sein de ce syst\u00e8me entre les provinces canadiennes. Tr\u00e8s souvent, il s&rsquo;agit du temps d&rsquo;attente pour un sp\u00e9cialiste sp\u00e9cialis\u00e9 et pour trouver un m\u00e9decin de famille, ce qui dans certaines provinces peut \u00eatre un processus long et difficile (Qu\u00e9bec), et dans d&rsquo;autres, au contraire, simple et pratique (Colombie-Britannique).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Apr\u00e8s avoir soutenu en faveur de l\u2019autod\u00e9termination nationale, Miller r\u00e9pond aux critiques selon lesquelles le principe n\u2019est pas applicable au monde r\u00e9el (36). Pour \u00e9viter le chaos politique, il sugg\u00e8re de d\u00e9finir un certain nombre de conditions pratiques qui doivent \u00eatre respect\u00e9es avant qu\u2019une sous-communaut\u00e9 puisse l\u00e9gitimement pr\u00e9tendre \u00e9tablir son propre \u00c9tat. Une condition est pos\u00e9e par d\u00e9faut. Un groupe qui veut devenir politiquement ind\u00e9pendant doit avoir une identit\u00e9 nationale distincte des nationalit\u00e9s des autres membres de l\u2019\u00c9tat. Ensuite, il faut s\u2019assurer que le territoire du groupe ne contienne pas une minorit\u00e9 dont l\u2019identit\u00e9 propre serait radicalement incompatible avec l\u2019identit\u00e9 du groupe. Sinon, au lieu de cr\u00e9er un \u00c9tat-nation viable, la s\u00e9cession du groupe ne ferait que recr\u00e9er un ordre multinational dans un \u00c9tat plus petit. Il faudrait aussi porter une certaine attention aux membres du groupe qui resteront dans l\u2019\u00c9tat parent plut\u00f4t que dans l\u2019\u00c9tat nouvellement cr\u00e9\u00e9. L\u2019effet de la s\u00e9cession ne devrait pas les laisser dans une position de faiblesse. Miller mentionne le d\u00e9sir d\u2019ind\u00e9pendance du Qu\u00e9bec. Il explique que cet argument va \u00e0 l\u2019encontre de la s\u00e9paration de la nation qu\u00e9b\u00e9coise (37). Si le Qu\u00e9bec devait se s\u00e9parer du Canada, cela d\u00e9truirait la double identit\u00e9 que le Canada a cherch\u00e9 \u00e0 atteindre et laisserait les communaut\u00e9s francophones des autres provinces isol\u00e9es et sans d\u00e9fense politique. Une autre condition concerne la viabilit\u00e9 du nouvel \u00c9tat cr\u00e9\u00e9, en ce sens qu&rsquo;il doit \u00eatre en mesure de se d\u00e9fendre territorialement. Mais en m\u00eame temps, il ne doit pas affaiblir l&rsquo;\u00c9tat parent en rendant extr\u00eamement difficile sa d\u00e9fense militaire. Enfin, le territoire faisant l&rsquo;objet de la s\u00e9cession ne doit pas contenir la totalit\u00e9 des ressources naturelles importantes de l&rsquo;\u00c9tat. Miller souligne ici que la s\u00e9paration de l&rsquo;\u00c9cosse ne serait pas pratique parce que la perspective d&rsquo;extraire des quantit\u00e9s importantes de p\u00e9trole de ce qui deviendrait les eaux territoriales \u00e9cossaises violerait cette condition. Le probl\u00e8me, cependant, est que Miller rend toute s\u00e9cession d&rsquo;un groupe d&rsquo;un \u00c9tat injustifiable. Une communaut\u00e9 qui cherche \u00e0 devenir un \u00c9tat ind\u00e9pendant aura de toute fa\u00e7on d&rsquo;autres groupes nationaux sur son territoire, ou laissera ses membres sans protection \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur du nouvel \u00c9tat cr\u00e9\u00e9. Sans compter que cet acte de s\u00e9cession affaiblira l&rsquo;\u00c9tat, qui perdra des territoires ou des ressources, et le groupe, qui sera incapable de garantir sa viabilit\u00e9 \u00e9conomique ou de d\u00e9fendre ses fronti\u00e8res. Et lorsque Miller souligne la pertinence de l\u2019autonomie ou de l\u2019extension des droits r\u00e9gionaux au sein des \u00c9tats pour les Catalans, les \u00c9cossais, les Qu\u00e9b\u00e9cois, les peuples autochtones des \u00c9tats-Unis ou les Saamis de Su\u00e8de, il approuve \u00e9tonnamment la partition de la Bosnie en \u00c9tats ind\u00e9pendants pendant la guerre de Bosnie (38). Son argument est qu\u2019avant le d\u00e9clenchement du conflit militaire qui a eu lieu en Bosnie-Herz\u00e9govine entre 1992 et 1995, les nations \u00e9taient uniform\u00e9ment m\u00e9lang\u00e9es sur l\u2019ensemble de la zone g\u00e9ographique. Par cons\u00e9quent, une autonomie partielle sur le territoire ne pouvait pas \u00eatre la r\u00e9ponse au conflit. La seule solution possible \u00e9tait une forme de partage du pouvoir entre les groupes, garantissant \u00e0 chacun au moins une certaine mesure d\u2019autod\u00e9termination. Miller, cependant, oublie que la fin du conflit a abouti \u00e0 la cr\u00e9ation d\u2019une Bosnie-Herz\u00e9govine multiethnique, o\u00f9 vivent actuellement des Bosniaques (50 %), des Serbes (30 %) et des Croates (15 %). C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment ce qui devrait condamner la s\u00e9cession de la Bosnie-Herz\u00e9govine de la Yougoslavie, en vertu du principe d\u2019autod\u00e9termination nationale de Miller, sans parler de la capacit\u00e9 fragile du pays nouvellement cr\u00e9\u00e9 \u00e0 d\u00e9fendre ses fronti\u00e8res et de sa d\u00e9pendance militaire vis-\u00e0-vis d\u2019autres \u00c9tats. Miller parle d\u2019abord du d\u00e9sir interne de chaque nation de voir ses fronti\u00e8res territoriales co\u00efncider avec celles de l\u2019\u00c9tat, puis revient brusquement en arri\u00e8re, en cr\u00e9ant des conditions qui rendent ce d\u00e9sir impossible.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans la partie suivante de son ouvrage, Miller \u00e9tudie les effets internes de la nationalit\u00e9 \u00e9tatique sur une minorit\u00e9 nationale, ou plut\u00f4t sur l\u2019identit\u00e9 ethnique, dont l\u2019essence peut \u00eatre en contradiction avec la politique \u00e9tatique d\u2019unification de la nation au sein du pays (39). \u00c0 cet \u00e9gard, Miller attire l\u2019attention sur le nationalisme conservateur et le multiculturalisme radical comme les deux forces les plus oppos\u00e9es du vecteur politique de l\u2019\u00c9tat au XXe si\u00e8cle. Le nationalisme conservateur se fonde sur l\u2019affirmation selon laquelle l\u2019identit\u00e9 nationale est quelque chose qui nous est donn\u00e9 par le pass\u00e9, par nos anc\u00eatres, et que nous devons donc la prot\u00e9ger des forces ext\u00e9rieures qui l\u2019affaiblissent. Ayant la plus grande signification pour nous, cette identit\u00e9 collective doit \u00eatre transmise aux g\u00e9n\u00e9rations futures. Il s\u2019ensuit que nous devons d\u00e9cider de questions telles que l\u2019\u00e9ducation des enfants ou l\u2019immigration non pas en fonction des droits et libert\u00e9s pr\u00e9sum\u00e9s d\u2019une personne, mais en fonction de la n\u00e9cessit\u00e9 de pr\u00e9server une identit\u00e9 nationale commune. Contrairement au nationalisme, le multiculturalisme radical ou le lib\u00e9ralisme consid\u00e8rent l\u2019\u00c9tat comme une ar\u00e8ne dans laquelle de nombreux types d\u2019identit\u00e9s individuelles et de groupe devraient \u00eatre autoris\u00e9s \u00e0 coexister et \u00e0 s\u2019\u00e9panouir. L\u2019\u00c9tat ne doit pas se contenter de tol\u00e9rer, mais reconna\u00eetre de mani\u00e8re \u00e9gale chacune de ces identit\u00e9s. L\u2019identit\u00e9 nationale perd alors intrins\u00e8quement sa valeur, car elle est consid\u00e9r\u00e9e comme le produit d\u2019une manipulation politique. En m\u00eame temps, les identit\u00e9s d\u00e9riv\u00e9es du sexe, de l\u2019ethnie, des croyances religieuses, etc., doivent \u00eatre c\u00e9l\u00e9br\u00e9es comme des expressions authentiques des diff\u00e9rences individuelles. Miller pr\u00e9cise qu\u2019aucune de ces deux positions n\u2019est ad\u00e9quate lorsqu\u2019on les examine de plus pr\u00e8s. Le nationalisme conservateur soutient l\u2019id\u00e9e que l\u2019identit\u00e9 nationale implique la loyaut\u00e9 envers l\u2019autorit\u00e9. La nation est compar\u00e9e \u00e0 une famille, une communaut\u00e9 qui a construit en elle-m\u00eame une relation in\u00e9gale entre l\u2019\u00c9tat-parent et les enfants-membres. La famille exige de ses plus jeunes membres non seulement la loyaut\u00e9 envers l\u2019autorit\u00e9 mais aussi la pi\u00e9t\u00e9, ce qui, dans la vision conservatrice, constitue le v\u00e9ritable patriote (40). Sans cette pi\u00e9t\u00e9, une personne ne peut pas se percevoir correctement comme faisant partie d\u2019une communaut\u00e9 nationale historique et se d\u00e9grade donc. Parall\u00e8lement \u00e0 cette d\u00e9gradation, l\u2019orientation morale est perdue. Mais le nationalisme souffre de graves cons\u00e9quences de sa doctrine. Premi\u00e8rement, puisque l\u2019\u00c9tat tire son pouvoir en partie de celui de la nation, il doit reconna\u00eetre formellement les institutions \u00e0 travers lesquelles s\u2019exprime le pouvoir de l\u2019\u00c9tat. Cela contredit imm\u00e9diatement l\u2019id\u00e9e selon laquelle l\u2019\u00c9tat devrait \u00eatre neutre \u00e0 l\u2019\u00e9gard de nombreuses pratiques culturelles diff\u00e9rentes, notamment religieuses. L\u2019\u00c9tat ne devrait pas accorder aux institutions religieuses des minorit\u00e9s ethniques le m\u00eame statut qu\u2019elle accorde \u00e0 l\u2019\u00c9glise nationale, car cela signifierait affaiblir l\u2019autorit\u00e9 des institutions nationales. Deuxi\u00e8mement, une conception conservatrice de la nationalit\u00e9 suppose que les croyances et les pratiques qui la constituent doivent \u00eatre prot\u00e9g\u00e9es des acides caustiques de la critique (41). Par le biais des mythes, les institutions de l\u2019\u00c9tat entrent dans la vie des citoyens et les absorbent. Il est donc l\u00e9gitime pour l\u2019\u00c9tat de veiller \u00e0 la pr\u00e9servation des mythes nationaux. Si cela entre en conflit avec des engagements lib\u00e9raux tels que la libert\u00e9 de pens\u00e9e et d\u2019expression, alors ces engagements doivent \u00eatre abolis. La saintet\u00e9, l\u2019intol\u00e9rance, l\u2019ali\u00e9nation et le sentiment que le sens de la vie d\u00e9pend de l\u2019ob\u00e9issance ainsi que de la vigilance face \u00e0 l\u2019ennemi sont tous des prix r\u00e9els qu\u2019une communaut\u00e9 doit payer pour les cons\u00e9quences politiques du nationalisme conservateur. Troisi\u00e8mement, une conception conservatrice de la nationalit\u00e9 conduira in\u00e9vitablement \u00e0 une attitude d\u00e9courageante, voire prohibitive, envers les immigrants potentiels qui ne partagent pas encore la culture nationale. L\u2019opposition conservatrice \u00e0 l\u2019immigration est parfois r\u00e9duite \u00e0 un simple racisme. Les nationalistes consid\u00e8rent comme d\u00e9stabilisant l\u2019afflux de personnes qui n\u2019ont aucun respect pour les institutions et les pratiques nationales. Miller cite ici la rh\u00e9torique de Casey sur la communaut\u00e9 indienne en Grande-Bretagne, qui est antipathique au nationalisme britannique. Casey propose le rapatriement volontaire d\u2019une partie importante de ces communaut\u00e9s comme seul moyen possible de pr\u00e9server la nation britannique (42). Le probl\u00e8me avec cette position, comme le note Miller, est que les nationalistes sont bien conscients de l\u2019\u00e9volution constante de l\u2019identit\u00e9 nationale et que les traditions qu\u2019ils souhaitent d\u00e9fendre sont peut-\u00eatre des inventions r\u00e9centes. Pourtant, s\u2019ils peuvent appeler \u00e0 la pi\u00e9t\u00e9 et au respect de ces traditions, ils ne les partagent pas forc\u00e9ment. De plus, les nationalistes trouvent tr\u00e8s difficile de s\u2019appuyer sur l\u2019autorit\u00e9 des institutions \u00e9tatiques en l\u2019absence de symboles nationaux universellement respect\u00e9s. Mais je dirais que le probl\u00e8me du nationalisme est le fait que, aussi paradoxal que cela puisse para\u00eetre, il ne repr\u00e9sente aucune des nations de l\u2019\u00c9tat. La nation d\u2019un nationaliste est une communaut\u00e9 mythique avec un certain ensemble de croyances et de traditions qui n\u2019ont aucun rapport avec les valeurs de la communaut\u00e9 r\u00e9ellement existante dans le pays. Et c\u2019est l\u00e0 que r\u00e9side le destin difficile du nationalisme. Il tente d\u2019unifier artificiellement tous les jeux de langage sur le territoire de l\u2019\u00c9tat en un seul, en prenant \u00e0 certains quelque chose qui, \u00e0 son avis, est important et complet. Mais un tel jeu nouvellement cr\u00e9\u00e9 est vou\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9chec d\u00e8s le d\u00e9but, car l\u2019application de ses nouvelles r\u00e8gles dans la pratique perd une certaine signification pour la communaut\u00e9. C\u2019est comme si on prenait des r\u00e8gles pour \u00e9crire une \u0153uvre po\u00e9tique et qu\u2019on les m\u00e9langeait avec des instructions partielles pour cr\u00e9er des \u0153uvres scientifiques, folkloriques, journalistiques et philosophiques. Le r\u00e9sultat serait quelque chose de d\u00e9nu\u00e9 de sens et difficile \u00e0 comprendre. Mais, tout d\u2019abord, ni les po\u00e8tes, ni les journalistes, ni les scientifiques, ni les folkloristes, ni les philosophes ne s\u2019associeront \u00e0 cette \u0153uvre pr\u00e9tendument unificatrice. En g\u00e9n\u00e9ral, le terme de nationalisme prendrait une couleur plus significative s\u2019il se r\u00e9f\u00e9rait sp\u00e9cifiquement \u00e0 tel ou tel jeu de langage. Par exemple, quand on parle de nationalisme dans le contexte du jeu de langage de Paris ou de Marseille, on entend le nationalisme parisien ou marseillais. Et il ne s\u2019agit pas de prot\u00e9ger ou de purifier Paris des \u00e9l\u00e9ments \u00e9trangers de la nation parisienne. Un jeu de langage peut parfaitement coexister avec d\u2019autres codes, car de par sa nature il ne peut pas \u00eatre isol\u00e9. Il se recoupe ou se superpose toujours avec un autre. Dans ce cas, le nationalisme parisien ne peut jouer un r\u00f4le que dans la diffusion de comp\u00e9tences particuli\u00e8res, d\u2019habitudes, de d\u00e9couvertes sur la vie quotidienne active \u00e0 Paris. De m\u00eame, un nationaliste marseillais peut promouvoir l\u2019histoire, les traditions et les sentiments marseillais de son entourage. Il s\u2019agit des codes des nations selon lesquels un Marseillais ou un Parisien cr\u00e9e et donne un sens \u00e0 son existence. Et peu importe que chacun de ces nationalistes transmette non pas l\u2019int\u00e9gralit\u00e9 du code, mais seulement une partie de celui-ci. Il ne peut y avoir de fonction instigatrice, instructive ou exigeante dans le nationalisme, car le jeu de langage de la nation n\u2019est qu\u2019un moyen, et un moyen ne peut \u00eatre que transmis et appliqu\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Selon Miller, le multiculturalisme radical pose \u00e9galement un probl\u00e8me en mati\u00e8re de nationalit\u00e9 (43). Une soci\u00e9t\u00e9 multiculturelle permet \u00e0 chacun de ses membres de d\u00e9finir lui-m\u00eame son identit\u00e9 en trouvant les groupes avec lesquels il a la plus grande affinit\u00e9. Chaque groupe est \u00e9galement autoris\u00e9 \u00e0 formuler son propre ensemble authentique de revendications et de demandes, refl\u00e9tant ses circonstances particuli\u00e8res. L\u2019\u00c9tat doit respecter et reconna\u00eetre ces revendications comme \u00e9gales. Le probl\u00e8me est, comme le note Miller, que le multiculturalisme radical c\u00e9l\u00e8bre \u00e0 tort les identit\u00e9s sexuelles, ethniques et autres au d\u00e9triment des identit\u00e9s nationales. Les politiques multiculturelles ne reconnaissent pas non plus l\u2019importance de fournir des identit\u00e9s nationales aux groupes minoritaires qui ne sont pas encore pleinement int\u00e9gr\u00e9s socialement dans les communaut\u00e9s majoritaires \u00e9tablies. Miller donne l\u2019exemple de la Gay Pride, la croyance selon laquelle la sexualit\u00e9 gay doit \u00eatre affirm\u00e9e publiquement et politiquement. C\u2019est une identit\u00e9 partag\u00e9e par de nombreux militants gays, mais pas par de nombreux autres homosexuels et lesbiennes, qui pr\u00e9f\u00e8rent consid\u00e9rer leur sexualit\u00e9 comme une affaire priv\u00e9e. La situation est quelque peu similaire avec les identit\u00e9s ethniques et autres groupes. Dans l\u2019identit\u00e9 ethnique \u00e9tant g\u00e9n\u00e9ralement omnipr\u00e9sente, une personne n\u2019a pas vraiment le choix de son appartenance. M\u00eame si elle n\u2019accepte pas volontiers cette identit\u00e9, les autres la traiteront d\u2019une mani\u00e8re qui laisse clairement entendre qu\u2019elle est asiatique, juive, catholique, noire, etc. Citant Harls, Miller donne l\u2019exemple d\u2019Am\u00e9ricains qui ont pu \u00e9viter le probl\u00e8me du multiculturalisme au cours du processus de formation de la nation am\u00e9ricaine (44). Aujourd\u2019hui, l\u2019identit\u00e9 nationale am\u00e9ricaine n\u2019a plus de contenu ethnique notable. Autrement dit, les groupes ethniques se consid\u00e8rent naturellement comme ayant une identit\u00e9 \u00e0 trait d\u2019union (irlando-am\u00e9ricaine, asiatique-am\u00e9ricaine, afro-am\u00e9ricaine). Dans cet exemple, Miller souligne que les groupes minoritaires veulent se sentir chez eux dans la soci\u00e9t\u00e9 dans laquelle eux-m\u00eames ou leurs anc\u00eatres ont \u00e9migr\u00e9. Ils veulent se sentir attach\u00e9s \u00e0 ce lieu et \u00e0 une partie de son histoire. Par cons\u00e9quent, ils ont besoin d\u2019une histoire qu\u2019ils partagent avec la majorit\u00e9. Et cette histoire peut \u00eatre racont\u00e9e de diff\u00e9rentes mani\u00e8res et avec des accents diff\u00e9rents par diff\u00e9rents groupes. Le multiculturalisme radical ignore le besoin et le d\u00e9sir des minorit\u00e9s ethniques d\u2019appartenir en tant que membres \u00e0 part enti\u00e8re de la communaut\u00e9 nationale. Cette indiff\u00e9rence implique m\u00eame une insistance sur le fait que les groupes minoritaires devraient se d\u00e9faire d\u2019une identit\u00e9 consid\u00e9r\u00e9e comme oppressive en termes de diff\u00e9rences de groupe. Dans ces conditions, cependant, les diff\u00e9rents groupes ne se feront pas confiance, ce qui conduira \u00e0 un manque de justice sociale dans l\u2019\u00c9tat. Miller conclut que les multiculturalistes radicaux veulent affirmer la diff\u00e9rence de groupe aux d\u00e9pens de la communaut\u00e9 nationale, mais ils ne r\u00e9fl\u00e9chissent pas suffisamment \u00e0 la mani\u00e8re dont la politique de la diff\u00e9rence de groupe devrait fonctionner. Dans ce contexte, j\u2019ajouterais que le multiculturalisme fait g\u00e9n\u00e9ralement la distinction entre un groupe ethnique et l\u2019identit\u00e9 nationale commune de l\u2019\u00c9tat, que nous avons pr\u00e9c\u00e9demment d\u00e9finie comme mythique. Mais ici, le plan des identit\u00e9s nationales selon les jeux de langage des groupes est compl\u00e8tement ignor\u00e9. Pourquoi la communaut\u00e9 turque des Pays-Bas est-elle proclam\u00e9e comme un groupe ethnique distinct avec des droits et des pr\u00e9f\u00e9rences distincts, tandis que la communaut\u00e9 des expatri\u00e9s avec son code de nation sp\u00e9cial est consid\u00e9r\u00e9e simplement comme un groupe d\u2019\u00e9trangers travaillant dans des entreprises n\u00e9erlandaises ? Pourquoi les Qu\u00e9b\u00e9cois sont-ils reconnus comme une nation distincte au sein d\u2019un Canada uni, alors que les Calgariens, qui se distinguent du reste des provinces canadiennes par leurs profondes racines dans la culture des cow-boys occidentaux, sont consid\u00e9r\u00e9s simplement comme des Canadiens ? Si le nationalisme conservateur ignore l\u2019existence de toute nation \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur des fronti\u00e8res de l\u2019\u00c9tat, alors le multiculturalisme radical est obstin\u00e9ment construit sur les principes de s\u00e9paration ethnique, un principe qui ne refl\u00e8te pas non plus la v\u00e9ritable image de l\u2019identit\u00e9 nationale.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans sa critique du nationalisme et du multiculturalisme, Miller souligne que la nationalit\u00e9 ne doit pas n\u00e9cessairement \u00eatre autoritaire comme le pr\u00e9tendent les conservateurs. Mais en m\u00eame temps, elle ne doit pas \u00eatre permissive, comme le voudraient les lib\u00e9raux. Tout ce qu\u2019on attend des immigrants, c\u2019est qu\u2019ils acceptent les structures politiques actuelles et qu\u2019ils entrent en dialogue avec la communaut\u00e9 d\u2019accueil afin de pouvoir former une nouvelle identit\u00e9 commune. Les \u00c9tats peuvent l\u00e9gitimement prendre des mesures pour garantir que les membres de diff\u00e9rents groupes ethniques soient inclus dans les traditions et les modes de pens\u00e9e nationaux. Miller cite ici la France comme un exemple instructif (45). Au XIXe si\u00e8cle, une politique d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e de \u00ab cr\u00e9ation de citoyens fran\u00e7ais \u00bb \u00e0 partir des diff\u00e9rentes communaut\u00e9s vivant sur le sol fran\u00e7ais a \u00e9t\u00e9 men\u00e9e. Les deux principaux instruments \u00e9taient l\u2019\u00e9ducation obligatoire dans les \u00e9coles publiques et le service militaire. Autrement dit, les Fran\u00e7ais ont fait exactement ce que Miller encourage. Ils ont introduit des lois d\u2019immigration g\u00e9n\u00e9reuses, tout en prenant des mesures pour garantir que les groupes de nouveaux arrivants soient correctement int\u00e9gr\u00e9s \u00e0 la citoyennet\u00e9 fran\u00e7aise, quelle que soit leur origine culturelle. Miller ajoute que l\u2019identit\u00e9 nationale de la France a consid\u00e9rablement chang\u00e9 au cours du si\u00e8cle dernier, mais cela ne signifie pas que le pays est aujourd\u2019hui au bord de la d\u00e9sint\u00e9gration. La France a simplement acquis une nouvelle identit\u00e9 nationale unificatrice dans les conditions actuelles et au fil du temps. Et l\u00e0 encore, nous allons opposer Miller. Unir les Fran\u00e7ais en une nation mythique sous les auspices de symboles nationaux et de slogans tels que \u00ab Libert\u00e9, \u00c9galit\u00e9, Fraternit\u00e9 \u00bb n\u2019est pas difficile. En g\u00e9n\u00e9ral, c\u2019est ce que chaque \u00c9tat essaie de faire \u00e0 un degr\u00e9 ou \u00e0 un autre. Mais d\u00e9finir l\u2019identit\u00e9 fran\u00e7aise sur la base de facteurs plus r\u00e9els de la nationalit\u00e9 d\u2019un citoyen fran\u00e7ais que de chanter la Marseillaise est une tout autre histoire. Dire qu\u2019un Fran\u00e7ais d\u2019origine chinoise et un Fran\u00e7ais d\u2019origine alg\u00e9rienne se percevoivent dans la fraternit\u00e9 nationale, bien que tous deux vivent en France depuis des d\u00e9cennies, c\u2019est loin d\u2019\u00eatre la r\u00e9alit\u00e9. La France ne peut en aucun cas \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme un mod\u00e8le r\u00e9ussi d\u2019int\u00e9gration de diff\u00e9rentes minorit\u00e9s nationales dans une identit\u00e9 nationale unique, car beaucoup de ces communaut\u00e9s ont une conscience claire de l\u2019existence d\u2019un groupe distinct avec des valeurs diff\u00e9rentes, c\u2019est-\u00e0-dire un jeu de langage. Cela peut se traduire par une approche particuli\u00e8re de la conduite des affaires, le besoin de magasins sp\u00e9cialis\u00e9s, la sph\u00e8re des loisirs, d&rsquo;autres f\u00eates et habitudes quotidiennes qui sont en contradiction avec les habitudes nationales. Et il peut m\u00eame y avoir une r\u00e9ticence \u00e0 parler fran\u00e7ais, car dans leur jeu linguistique, le fran\u00e7ais ne joue pas un r\u00f4le significatif et est remplac\u00e9 par une autre langue que la majorit\u00e9 utilise entre eux pour la communication de base.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans le dernier chapitre de son ouvrage, Miller se demande si l\u2019\u00e8re des nations et des \u00c9tats-nations touche r\u00e9ellement \u00e0 sa fin, en particulier dans le cas des populations des soci\u00e9t\u00e9s lib\u00e9rales occidentales (46). D\u2019o\u00f9 vient donc cette id\u00e9e selon laquelle la nationalit\u00e9 est en d\u00e9clin dans le monde ? Tout d\u2019abord, le march\u00e9 mondial et la croissance du commerce international ont conduit \u00e0 une uniformisation de la consommation et des modes de vie individuels. Partout, les modes de consommation se ressemblent de plus en plus dans ce que les gens mangent, portent, lisent, \u00e9coutent et regardent. Ensuite, la mobilit\u00e9 g\u00e9ographique s\u2019est accrue. Les gens voyagent et font l\u2019exp\u00e9rience de modes de vie pas si diff\u00e9rents, ce qui fait que les \u00e9trangers semblent moins \u00e9trangers. Puisque notre conviction que nous partageons une identit\u00e9 nationale distincte d\u00e9pend d\u2019un certain degr\u00e9 d\u2019ignorance de la fa\u00e7on dont les gens vivent r\u00e9ellement dans d\u2019autres endroits, elle est \u00e9rod\u00e9e par le contact direct avec ces cultures. Troisi\u00e8mement, les gens se d\u00e9finissent de plus en plus en termes de groupes et de communaut\u00e9s, dont beaucoup sont soit infranationaux, soit supranationaux. Les personnes religieuses s\u2019associent \u00e0 une secte locale ou \u00e0 une foi mondiale, comme l\u2019islam. Les scientifiques ou les professionnels de diff\u00e9rentes parties du monde communiquent entre eux et forment des \u00e9quipes, ind\u00e9pendamment des fronti\u00e8res nationales. Les militants politiques exercent de plus en plus leurs activit\u00e9s dans des campagnes internationales plut\u00f4t que dans des partis nationaux. En outre, la cr\u00e9ation d\u2019organismes supranationaux tels que l\u2019UE a mis en \u00e9vidence que les gouvernements nationaux ne sont pas suffisamment puissants pour faire face \u00e0 des forces ext\u00e9rieures, comme les effets secondaires ind\u00e9sirables du march\u00e9 mondial. Les Europ\u00e9ens ne peuvent plus se d\u00e9finir uniquement par le nom d\u2019une nationalit\u00e9 d\u2019\u00c9tat comme l\u2019Espagnol ou l\u2019Allemand. Ils commencent \u00e0 se consid\u00e9rer au moins comme Europ\u00e9ens, ou ils \u00e9voluent dans la direction infranationale oppos\u00e9e et se d\u00e9finissent comme Catalans ou Bavarois. Tout cela affaiblit l\u2019identit\u00e9 nationale, tandis que d\u2019autres loyaut\u00e9s et attachements se renforcent (47). Miller tente n\u00e9anmoins de minimiser les principales tendances qui soulignent le d\u00e9clin de la nationalit\u00e9 dans les soci\u00e9t\u00e9s lib\u00e9rales occidentales. Il souligne que l\u2019homog\u00e9n\u00e9isation culturelle n\u2019a pas un impact aussi n\u00e9gatif sur l\u2019identit\u00e9 nationale, puisque la convergence des mod\u00e8les de consommation concerne davantage la culture priv\u00e9e que publique. Alors que la culture publique ou politique est un ensemble d\u2019id\u00e9es sur la nature de la communaut\u00e9 politique, ses principes et ses institutions, ses normes sociales, etc., la culture priv\u00e9e est l\u2019ensemble des croyances, des id\u00e9es, des go\u00fbts et des pr\u00e9f\u00e9rences qui peuvent \u00eatre propres \u00e0 un individu ou, plus vraisemblablement, partag\u00e9s au sein d\u2019une famille, d\u2019une classe sociale, d\u2019un groupe ethnique ou de ce qu\u2019on appelle une enclave de style de vie. Miller donne l\u2019exemple des communaut\u00e9s serbe et croate qui vivaient c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te dans diff\u00e9rentes parties de l\u2019ex-Yougoslavie, suivant presque le m\u00eame mod\u00e8le culturel, mais conservant n\u00e9anmoins des identit\u00e9s nationales distinctes qui ont \u00e9t\u00e9 mobilis\u00e9es lorsque la question s\u2019est pos\u00e9e de savoir o\u00f9 et dans quelles conditions tracer les fronti\u00e8res politiques. Si la convergence culturelle priv\u00e9e suffisait \u00e0 effacer les diff\u00e9rences nationales, il n\u2019y aurait pas de probl\u00e8mes qu\u00e9b\u00e9cois et pas de probl\u00e8me bosniaque (48). Ici encore, la lutte des termes se pose. Ce que Miller consid\u00e8re comme une culture commune ou politique ne renvoie en aucune fa\u00e7on \u00e0 la nation dans sa conception unique, mais plut\u00f4t \u00e0 un concept g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 abstrait qui d\u00e9finit une communaut\u00e9. Le jeu de langage de la nation ou de la culture priv\u00e9e, comme l\u2019appelle Miller, mais \u00e0 une \u00e9chelle plus large, est pr\u00e9cis\u00e9ment ce qui devrait constituer l\u2019identit\u00e9 nationale. Et le fait que le probl\u00e8me du Qu\u00e9bec et de la Bosnie ait exist\u00e9, malgr\u00e9 l\u2019affinit\u00e9 des groupes nationaux avant le conflit, sugg\u00e8re justement que la formation des fronti\u00e8res \u00e9tatiques se produit aux d\u00e9pens de d\u00e9cisions et d\u2019actions politiques al\u00e9atoires et pas toujours rationnelles. Comme l\u2019\u00e9crivait Miller au d\u00e9but de son ouvrage, la politique de puissance a toujours jou\u00e9 un grand r\u00f4le dans la division des nations. Mais personne ne veut se consid\u00e9rer li\u00e9 \u00e0 un groupe de personnes simplement parce que les ambitions territoriales de tel seigneur dynastique au XIIIe si\u00e8cle ont atteint une limite et pas une autre (49). De plus, il convient de consid\u00e9rer les Qu\u00e9b\u00e9cois ou les Bosniaques non pas comme une nation homog\u00e8ne, mais plut\u00f4t comme un groupe diversifi\u00e9 de communaut\u00e9s nationales qui pourraient influencer diff\u00e9remment certaines d\u00e9cisions politiques des \u00c9tats respectifs. Quant \u00e0 la convergence culturelle entre communaut\u00e9s nationales, elle contribue \u00e0 la fusion des diff\u00e9rences nationales. N\u00e9anmoins, elle ne sugg\u00e8re pas le d\u00e9clin de l\u2019identit\u00e9 nationale, mais rend plut\u00f4t plus difficile la d\u00e9finition des limites des jeux de langage des nations et accentue davantage leur intersection chaotique partout le long des fronti\u00e8res \u00e9tatiques sur la carte du monde. Miller continue de contester la mont\u00e9e des identit\u00e9s infranationales et supranationales, qui diminuent l&rsquo;importance de la pr\u00e9servation des identit\u00e9s des nations (50). Bien que les soci\u00e9t\u00e9s soient culturellement fragment\u00e9es, Miller estime qu\u2019aucune des lignes de fracture n\u2019est suffisamment profonde pour emp\u00eacher les gens de partager l\u2019identit\u00e9 nationale qui sous-tend leurs institutions politiques. En outre, la r\u00e9duction des divisions sociales telles que la classe et la religion, qui dans le pass\u00e9 constituaient des obstacles \u00e0 une identit\u00e9 nationale commune, a eu un effet compensateur sur le d\u00e9clin des nations. Si Miller ne voit pas de menace de la part de l\u2019UE ou d\u2019une autre organisation supranationale de remplacer les loyaut\u00e9s nationales h\u00e9rit\u00e9es, il se m\u00e9fie n\u00e9anmoins des identit\u00e9s infranationales telles que les Basques, les Flamands, les \u00c9cossais et d\u2019autres identit\u00e9s similaires dans le monde. Il s\u2019av\u00e8re que Miller se m\u00e9fie pr\u00e9cis\u00e9ment de ce qui peut incarner le jeu linguistique de la nation, et avec lui, la v\u00e9ritable nationalit\u00e9, et non un mythe politique englobant. En fait, l\u2019identit\u00e9 nationale europ\u00e9enne et l\u2019identit\u00e9 nationale d\u2019\u00c9tat unificatrice comme la fran\u00e7aise, l\u2019allemande, etc. sont toutes deux le m\u00eame concept dans leur contenu. L\u2019une ou l\u2019autre repose sur un mythe politique qui tremblera toujours devant la fondamentalit\u00e9 de la nation infranationale. Si la force de la nation politique globale de l\u2019\u00c9tat d\u00e9pend de nombreux facteurs internes et externes, rien n\u2019affecte la force de la nation sous-\u00e9tatique, car le jeu linguistique est par nature fluide et en mutation. En tant que v\u00e9ritable actif, il ne peut se multiplier qu\u2019en absorbant de nouvelles pratiques et connaissances. Peu lui importe qu\u2019il englobe ou non une communaut\u00e9 \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur des fronti\u00e8res de l\u2019\u00c9tat, qu\u2019il soit suffisamment diff\u00e9rent des autres nations, car l\u2019essence du jeu linguistique est le jeu lui-m\u00eame, qui donne un sens \u00e0 l\u2019action selon ses r\u00e8gles.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Si Miller ne pense pas que l\u2019id\u00e9e de nationalit\u00e9 soit en d\u00e9clin inexorable, il ne nie pas que la r\u00e9flexion sur l\u2019identit\u00e9 nationale soit devenue plus probl\u00e9matique. Les gens sont moins s\u00fbrs de ce que signifie \u00eatre Fran\u00e7ais ou Su\u00e9dois, et de ce que cela implique d\u2019adopter une telle identit\u00e9. Miller illustre cette incertitude en prenant l\u2019exemple de l\u2019identit\u00e9 nationale britannique, dont la compr\u00e9hension s\u2019est d\u00e9velopp\u00e9e au cours des derniers si\u00e8cles, mais qui ne correspond plus au monde moderne (51). Linda Colleys a tent\u00e9 de retracer les origines de cette identit\u00e9 aux XVIIIe et XIXe si\u00e8cles et a conclu qu\u2019une v\u00e9ritable identit\u00e9 nationale britannique a commenc\u00e9 \u00e0 se forger avec le d\u00e9but de la consolidation des \u00c9cossais et des Gallois en une seule structure avec les Anglais. La premi\u00e8re composante de cette identit\u00e9 \u00e9tait le protestantisme, qui a conduit l\u2019\u00eele sous les auspices d\u2019une religion \u00e9clair\u00e9e et a \u00e9t\u00e9 menac\u00e9 par les forces des t\u00e9n\u00e8bres repr\u00e9sent\u00e9es par le catholicisme. L\u2019identit\u00e9 britannique s\u2019est finalement form\u00e9e et consolid\u00e9e au cours de la lutte qui a dur\u00e9 un si\u00e8cle contre les Fran\u00e7ais, et qui a culmin\u00e9 avec les guerres napol\u00e9oniennes. Les succ\u00e8s militaires contre les Fran\u00e7ais, la conqu\u00eate des possessions imp\u00e9riales \u00e0 leurs d\u00e9pens et la transformation de la R\u00e9volution fran\u00e7aise en dictature ont \u00e9t\u00e9 per\u00e7us comme la confirmation d\u2019une identit\u00e9 britannique qui incarnait les principes fondamentaux du lib\u00e9ralisme : le protestantisme, un gouvernement limit\u00e9 et le libre-\u00e9change \u00e0 l\u2019\u00e9tranger. Un deuxi\u00e8me aspect de l\u2019identit\u00e9 britannique \u00e9tait l\u2019id\u00e9e d\u2019empire, ou plut\u00f4t la fa\u00e7on dont les Britanniques la percevaient. Au d\u00e9but de la p\u00e9riode d\u2019expansion imp\u00e9riale, l\u2019id\u00e9e principale \u00e9tait de transmettre aux autres parties du monde les principes qui constituaient l\u2019identit\u00e9 britannique elle-m\u00eame, c\u2019est-\u00e0-dire le protestantisme, un gouvernement limit\u00e9 et le libre-\u00e9change. Apr\u00e8s la r\u00e9bellion des colonies am\u00e9ricaines, l\u2019id\u00e9e d\u2019expansion imp\u00e9riale a subi des changements. L\u2019empire a commenc\u00e9 \u00e0 signifier la domination de peuples civilis\u00e9s sur des peuples non civilis\u00e9s qui n\u2019\u00e9taient pas encore capables de se gouverner eux-m\u00eames. Autrement dit, la mission n\u2019\u00e9tait plus de transmettre les principes britanniques tels qu\u2019ils \u00e9taient, mais d\u2019en fournir une version partielle : une administration bien coordonn\u00e9e, un syst\u00e8me judiciaire impartial, etc. Miller souligne que tous ces \u00e9l\u00e9ments de la formation de la nationalit\u00e9 britannique confirment ce qui suit. Les identit\u00e9s nationales se forment souvent en opposition \u00e0 une autre nation, per\u00e7ue comme une menace et dont les qualit\u00e9s sont per\u00e7ues comme diam\u00e9tralement oppos\u00e9es aux leurs. Mais le monde a chang\u00e9. De nombreux Britanniques se demandent aujourd\u2019hui s\u2019il reste quelque chose de valable dans l\u2019identit\u00e9 britannique. L\u2019apr\u00e8s-guerre a mis en \u00e9vidence son \u00e9rosion, qui rev\u00eat trois aspects (52). Le premier est que la Grande-Bretagne a subi un d\u00e9clin \u00e9conomique par rapport \u00e0 l\u2019\u00e9poque o\u00f9 l\u2019id\u00e9e d\u2019institutions fortes et du mode de vie britannique, qui ont conduit au succ\u00e8s commercial, \u00e9tait ch\u00e9rie. Le commerce ext\u00e9rieur n\u2019est plus aussi vivant et prosp\u00e8re qu\u2019auparavant. De nombreux pays europ\u00e9ens, comme l\u2019Italie, se portent mieux, ce qui a port\u00e9 un coup s\u00e9v\u00e8re \u00e0 l\u2019image de la Grande-Bretagne et, avec elle, aux institutions qui constituaient son identit\u00e9 nationale. Le deuxi\u00e8me aspect est que la constitution britannique, qui \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9e comme unique en Europe, n\u2019est plus quelque chose d\u2019extraordinaire. Dans le contexte de nombreux autres pays qui ont \u00e9tabli des formes stables de d\u00e9mocratie lib\u00e9rale avec des d\u00e9clarations des droits, des cours constitutionnelles, etc., les institutions britanniques commencent \u00e0 para\u00eetre d\u00e9pass\u00e9es et ignorantes. Enfin, le retrait de la Grande-Bretagne de son empire d\u2019outre-mer a conduit \u00e0 la d\u00e9sint\u00e9gration rapide des institutions \u00e9trang\u00e8res, remplac\u00e9es dans certains cas par un r\u00e9gime militaire, dans d\u2019autres par un gouvernement \u00e0 parti unique. Autrement dit, l\u2019exportation de la civilisation et des institutions parlementaires qui ont assur\u00e9 le succ\u00e8s de la Grande-Bretagne s\u2019est transform\u00e9e en une imposition arbitraire du pouvoir colonial. En prenant ces trois points en compte, Miller conclut que l\u2019exp\u00e9rience de l\u2019apr\u00e8s-guerre des Britanniques a directement sap\u00e9 les \u00e9l\u00e9ments fondamentaux sur lesquels l\u2019identit\u00e9 britannique s\u2019\u00e9tait initialement construite. D\u2019un c\u00f4t\u00e9, il existe un fort sentiment que les Britanniques ont une identit\u00e9 distincte, mais on ne sait pas tr\u00e8s bien en quoi elle devrait consister. Miller se demande ensuite si nous pouvons nous r\u00e9fugier dans ce que l\u2019on appelle \u00ab l\u2019anglicit\u00e9 culturelle \u00bb, comme la consommation de th\u00e9, le fish and chips, la passion du jardinage, l\u2019amour de la campagne, etc. (53). Pour Miller, il s\u2019agit d\u2019un ensemble de caract\u00e9ristiques et de pratiques priv\u00e9es qui sont consid\u00e9r\u00e9es comme typiquement anglaises, mais qui ne peuvent pas remplacer une identit\u00e9 nationale britannique pour deux raisons. Tout d\u2019abord, les pratiques et les connaissances priv\u00e9es ne nous disent pas comment g\u00e9rer notre vie commune. Le fait que les Anglais aiment les animaux et les pubs de campagne n\u2019a aucune importance lorsqu\u2019il s\u2019agit de d\u00e9cider du sort collectif de la nation britannique. Deuxi\u00e8mement, la culture priv\u00e9e ne peut pas \u00eatre partag\u00e9e par tous les membres de la soci\u00e9t\u00e9. Si nous disons qu\u2019\u00eatre v\u00e9ritablement britannique signifie aimer jardiner et regarder le cricket, alors nous \u00e9rigeons imm\u00e9diatement des barri\u00e8res contre tous ceux qui n\u2019appr\u00e9cient pas ces choses. En fin de compte, \u00ab l\u2019anglicit\u00e9 culturelle \u00bb ignore l\u2019existence de l\u2019\u00c9cosse, du Pays de Galles et de l\u2019Irlande du Nord. Les traiter comme des nations s\u00e9par\u00e9es au sein de la Grande-Bretagne, comme un \u00c9tat multinational, n\u2019est pas une option pour Miller. Cela d\u00e9formerait les relations pass\u00e9es et pr\u00e9sentes entre les \u00c9cossais et les autres minorit\u00e9s nationales et le Royaume-Uni dans son ensemble. Miller nous rappelle une fois de plus le r\u00f4le important des \u00c9cossais dans la formation de l\u2019identit\u00e9 nationale britannique et que ce sont eux qui ont jou\u00e9 un r\u00f4le central dans l\u2019expansion imp\u00e9riale. Ce serait donc une erreur de qualifier les \u00c9cossais de nation s\u00e9par\u00e9e ou m\u00eame de groupe ethnique, m\u00eame si la plupart des \u00c9cossais souligneraient leur \u00ab \u00e9cossit\u00e9 \u00bb lorsqu\u2019on leur demanderait de faire la distinction entre l\u2019identit\u00e9 \u00e9cossaise et l\u2019identit\u00e9 britannique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">A ces remarques sur l\u2019impossibilit\u00e9 d\u2019utiliser les pratiques et les traditions pour d\u00e9finir une nation, commen\u00e7ons par dire que Miller sous-estime la diversit\u00e9 des nations britanniques. Je ne parle m\u00eame pas des \u00c9cossais, des Gallois et des Irlandais. \u00ab L\u2019anglicit\u00e9 culturelle \u00bb de Miller peut \u00eatre d\u00e9compos\u00e9e en sous-groupes distincts d\u2019Anglais, tout comme il est courant de distinguer n\u2019importe quelle minorit\u00e9 nationale. Supposer que les Anglais de Bristol, Doncaster, Norwich ou Londres partagent la m\u00eame \u00ab anglicit\u00e9 \u00bb revient \u00e0 simplifier \u00e0 outrance et \u00e0 g\u00e9n\u00e9raliser les pratiques et les connaissances des communaut\u00e9s de ces villes d\u2019Angleterre. Lorsque Miller soutient que pour d\u00e9finir une nation, la culture priv\u00e9e n\u2019a aucune valeur, parce qu\u2019elle ne peut agir au nom de la nation enti\u00e8re et gouverner l\u2019\u00c9tat, il fait de la nation un instrument purement politique et ne fournit pas vraiment de moyen d\u2019identifier une communaut\u00e9. Certes, cela n\u2019a aucun sens de d\u00e9finir toutes les communaut\u00e9s de Grande-Bretagne par une seule anglicit\u00e9, mais elles peuvent \u00eatre d\u00e9finies par une grande vari\u00e9t\u00e9 de codes de nations. Bien s\u00fbr, il est impossible d\u2019universaliser un code pour l\u2019ensemble de la Grande-Bretagne, car certains l\u2019ignoreront, d\u2019autres le poss\u00e9deront partiellement. Mais pourquoi cela devrait-il poser probl\u00e8me ? \u00c0 l\u2019\u00e9poque de la soi-disant forte identit\u00e9 britannique, qui \u00e9tait cens\u00e9e unir politiquement toutes les communaut\u00e9s de Grande-Bretagne, tous les Britanniques ne soutenaient pas unanimement le protestantisme, le gouvernement limit\u00e9 et le libre-\u00e9change, ou les soutenaient partiellement. De plus, assigner une mission directrice et unificatrice au code de la nation revient \u00e0 expliquer \u00e0 un po\u00e8te pourquoi il doit \u00e9crire de la po\u00e9sie. Le jeu linguistique lui-m\u00eame poss\u00e8de d\u00e9j\u00e0 un m\u00e9canisme de gestion qui unit tous les participants de la communaut\u00e9. Si nous parlons d\u2019unification et de contr\u00f4le de tous les jeux linguistiques au sein d\u2019un \u00c9tat, cela ne concerne que la gestion politique de l\u2019\u00c9tat. La nation n\u2019a rien \u00e0 voir avec cette gestion, qui d\u00e9passe les r\u00e8gles du jeu linguistique. Lorsque Miller dit que l\u2019\u00c9cosse ne peut en principe pas \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme une nation distincte, car elle est \u00e0 l\u2019origine de la cr\u00e9ation de l\u2019identit\u00e9 britannique, il fait toujours appel au mythe national de la Grande-Bretagne. Il est ind\u00e9niable que les \u00c9cossais ont particip\u00e9 \u00e0 la cr\u00e9ation de ce mythe, mais cela ne nie pas que les \u00c9cossais constituent une communaut\u00e9 nationale distincte. Alors que l\u2019identit\u00e9 nationale britannique traverse une crise profonde, l\u2019identit\u00e9 \u00e9cossaise est plus vivante que jamais et survivra encore \u00e0 de nombreuses autres crises nationales mythiques. Il est clair que Miller essaie de trouver des r\u00e9ponses \u00e0 des questions difficiles : qu\u2019est-ce qui lie les diff\u00e9rentes communaut\u00e9s de l\u2019\u00c9tat et quelle est la source des obligations que nous avons les uns envers les autres, contribuant \u00e0 la satisfaction sociale et \u00e9tatique des besoins des citoyens. Mais il est inutile de chercher ces r\u00e9ponses dans l\u2019identit\u00e9 nationale, car elles d\u00e9passent le plan de sa fonction. Les propositions de Miller pour revitaliser l\u2019identit\u00e9 nationale britannique peuvent \u00eatre plausibles s\u2019il croit que l\u2019\u00c9tat est gouvern\u00e9 plus efficacement lorsque la nationalit\u00e9 s\u2019exprime \u00e0 travers des principes politiques. Cela peut impliquer un d\u00e9bat public ouvert sur la nature de l\u2019identit\u00e9 nationale britannique, un renouvellement de la constitution \u00e9crite britannique et une \u00e9ducation civique comme moyen de transmettre une identit\u00e9 nationale red\u00e9finie et incarn\u00e9e constitutionnellement \u00e0 la g\u00e9n\u00e9ration suivante (54). Mais encore une fois, cela n\u2019a aucun rapport avec les nations britanniques, qui existent dans la r\u00e9alit\u00e9, et non dans un environnement politique fictif. Tout ce que Miller essaie d\u2019accomplir \u00e0 travers la nationalit\u00e9 britannique existe d\u00e9j\u00e0 en soi dans le jeu linguistique des \u00c9cossais, des Gallois ou de toute nation anglaise. Il n\u2019est pas difficile pour chacune de ces communaut\u00e9s nationales de s\u2019identifier dans le monde et de comprendre qui elle est, d\u2019o\u00f9 elle vient et ce qu\u2019elle a fait.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J&rsquo;ai essay\u00e9 de pr\u00e9senter tous les arguments concernant la nationalit\u00e9 dans l&rsquo;ouvrage de Miller et, comme on peut le voir, tant les lib\u00e9raux que les nationalistes acceptent l&rsquo;identit\u00e9 nationale comme quelque chose de d\u00fb et qui ne se situe que dans le cadre de l&rsquo;\u00c9tat-nation. Les nationalistes insistent sur le fait qu&rsquo;il n&rsquo;y a qu&rsquo;une seule nation dans l&rsquo;\u00c9tat, ignorant toute diversit\u00e9 de communaut\u00e9s qui peuvent \u00eatre consid\u00e9r\u00e9es comme des groupes nationaux distincts. D&rsquo;un autre c\u00f4t\u00e9, les lib\u00e9raux jouent sur l&rsquo;opposition \u00e0 l&rsquo;\u00c9tat-nation, en lui faisant face, en r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale, en mettant en avant les identit\u00e9s ethniques, religieuses ou individuelles. En m\u00eame temps, ils ne reconnaissent pas les communaut\u00e9s nationales qui ne r\u00e9clament pas la protection de leurs droits et qui semblent aux lib\u00e9raux faire partie de la nation titulaire. Et Miller lui-m\u00eame, bien qu&rsquo;occupant une position quelque peu interm\u00e9diaire entre les lib\u00e9raux et les nationalistes, est tr\u00e8s soucieux d&rsquo;unifier la nationalit\u00e9 seulement quand elle co\u00efncide avec les fronti\u00e8res de l&rsquo;\u00c9tat. Il per\u00e7oit une nation d\u00e9finie par les institutions de l&rsquo;\u00c9tat, une nation qui unit par la cr\u00e9ation de mythes historiques, et non par des comp\u00e9tences r\u00e9elles et des connaissances pratiques. En r\u00e9ponse aux nationalistes classiques, aux lib\u00e9raux et \u00e0 Miller, on ne peut que souhaiter laisser la nation tranquille et s\u2019occuper de la structure politique de l\u2019\u00c9tat sans parler de l\u2019identit\u00e9 nationale. Mais \u00e0 ceux qui parlent de la mort de la nation, aux cosmopolites et aux mondialistes, on peut aussi r\u00e9pondre : l\u2019identit\u00e9 nationale n\u2019est pas h\u00e9rit\u00e9e, mais acquise, elle ne peut donc pas \u00eatre d\u00e9sagr\u00e9able ou avoir des aspects d\u00e9sagr\u00e9ables. Elle ne peut \u00eatre ni rejet\u00e9e ni surestim\u00e9e, \u00e0 moins qu\u2019elle ne soit une image politique impos\u00e9e de l\u2019ext\u00e9rieur. Que quelqu\u2019un veuille ou non avoir cette identit\u00e9, dans tous les cas il l\u2019a, et pas m\u00eame une, mais plusieurs. Par cons\u00e9quent, ce discours sur le d\u00e9clin des nations est non seulement infond\u00e9, mais aussi absurde. Si les soci\u00e9t\u00e9s deviennent de plus en plus fragment\u00e9es culturellement, cela ne parle que de la croissance des nations. Si elles sont soumises \u00e0 l\u2019influence culturelle homog\u00e9n\u00e9isante du march\u00e9 mondial, alors pour chaque membre de la communaut\u00e9 les possibilit\u00e9s d\u2019acqu\u00e9rir d\u2019autres identit\u00e9s nationales augmentent. En outre, la nature de la nation en tant que jeu de langage repose sur la division du grand en petit. Les jeux linguistiques d&rsquo;une nation se croisent, ce qui signifie qu&rsquo;aux carrefours d&rsquo;intersection, d&rsquo;autres avec leurs propres r\u00e8gles et pratiques peuvent se former. Par cons\u00e9quent, les nations ne peuvent que grandir, s&rsquo;\u00e9tendre et devenir plus complexes. Telle est la valeur de la nationalit\u00e9, qui refl\u00e8te toujours la diversit\u00e9 des jeux linguistiques des communaut\u00e9s \u00e0 travers leur t\u00e9moignage et leur acquisition, quelles que soient les circonstances.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">R\u00e9f\u00e9rences :<\/h3>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><\/ul>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\">\n<li>MILLER, David, On Nationality, Clarendon Press, Oxford, 1995.<\/li>\n\n\n\n<li>Ibid, p. 13-14.<\/li>\n\n\n\n<li>Ibid, p. 17.<\/li>\n\n\n\n<li>Comparaison des concepts de r\u00e9alisme et d&rsquo;antir\u00e9alisme https:\/\/postulat.org\/realists-vs-antirealists\/<\/li>\n\n\n\n<li>MILLER, David, On Nationality, Clarendon Press, Oxford, 1995, p. 18.<\/li>\n\n\n\n<li>Ibid, p. 21.<\/li>\n\n\n\n<li>Ibid, p. 22.<\/li>\n\n\n\n<li>Ibid, p. 23.<\/li>\n\n\n\n<li>E. Renan \u00ab Qu\u2019est-ce qu\u2019une nation ? \u00bb, texte d\u2019une conf\u00e9rence prononc\u00e9e \u00e0 la Sorbonne le 11 mars 1882.<\/li>\n\n\n\n<li>MILLER, David, On nationality, Clarendon Press, Oxford, 1995, p. 27.<\/li>\n\n\n\n<li>Miller cite B. Anderson, Imagined Communities, \u00e9d. r\u00e9v. (Londres, Verso, 1991).<\/li>\n\n\n\n<li>Plus en d\u00e9tail H. Seton-Watson, Nations and States (Londres, Methuen, 1977), ch. 4.<\/li>\n\n\n\n<li>MILLER, David, On nationality, Clarendon Press, Oxford, 1995, p. 38.<\/li>\n\n\n\n<li>Ibid, p. 24.<\/li>\n\n\n\n<li>Ibid, p. 25.<\/li>\n\n\n\n<li>Ibid, p. 26.<\/li>\n\n\n\n<li>Ibid, p. 35.<\/li>\n\n\n\n<li>Ibid, p. 41.<\/li>\n\n\n\n<li>Ibid, p. 46.<\/li>\n\n\n\n<li>WITTGENSTEIN, Ludwig, Philosophical investigations, Wiley-Blackwell https:\/\/edisciplinas.usp.br<\/li>\n\n\n\n<li>Ibid. \u00a768, \u00a771, \u00a7507.<\/li>\n\n\n\n<li>MILLER, David, On nationality, Clarendon Press, Oxford, 1995, p. 49.<\/li>\n\n\n\n<li>Ibid P. 67.<\/li>\n\n\n\n<li>Ibid P. 81.<\/li>\n\n\n\n<li>Ibid P. 84.<\/li>\n\n\n\n<li>https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/List_of_Canadian_provinces_and_territories_by_gross_domestic_product<\/li>\n\n\n\n<li>MILLER, David, On nationality, Clarendon Press, Oxford, 1995, p. 87.<\/li>\n\n\n\n<li>https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Demographics_of_the_Netherlands<\/li>\n\n\n\n<li>https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Economy_of_Nauru<\/li>\n\n\n\n<li>MILLER, David, On Nationality, Clarendon Press, Oxford, 1995, p. 88.<\/li>\n\n\n\n<li>https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Lviv<\/li>\n\n\n\n<li>MILLER, David, On Nationality, Clarendon Press, Oxford, 1995, p. 89.<\/li>\n\n\n\n<li>Ibid, p. 90.<\/li>\n\n\n\n<li>Ibid, p. 92.<\/li>\n\n\n\n<li>Ibid, p. 94.<\/li>\n\n\n\n<li>Ibid, p. 108.<\/li>\n\n\n\n<li>Ibid, p. 114.<\/li>\n\n\n\n<li>Ibid, p. 118.<\/li>\n\n\n\n<li>Ibid, p. 119.<\/li>\n\n\n\n<li>Ibid, p. 124.<\/li>\n\n\n\n<li>Ibid, p. 125.<\/li>\n\n\n\n<li>Ibid, p. 126.<\/li>\n\n\n\n<li>Ibid, p. 131.<\/li>\n\n\n\n<li>Ibid, p. 136.<\/li>\n\n\n\n<li>Ibid, p. 143.<\/li>\n\n\n\n<li>Ibid, p. 155.<\/li>\n\n\n\n<li>Ibid, p. 157.<\/li>\n\n\n\n<li>Ibid, p. 158.<\/li>\n\n\n\n<li>Ibid, p. 34.<\/li>\n\n\n\n<li>Ibid, p. 159.<\/li>\n\n\n\n<li>Ibid, p. 166.<\/li>\n\n\n\n<li>Ibid, p. 170.<\/li>\n\n\n\n<li>Ibid, p. 172.<\/li>\n\n\n\n<li>Ibid, p. 178.<\/li>\n<\/ol>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans mon travail, je vais essayer d\u2019analyser l\u2019identit\u00e9 nationale et de la pr\u00e9senter comme un concept qui sera assez diff\u00e9rent des opinions populaires. 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