
{"id":343,"date":"2020-07-24T14:07:51","date_gmt":"2020-07-24T14:07:51","guid":{"rendered":"https:\/\/postulat.org\/fr\/?p=343"},"modified":"2022-06-24T21:54:59","modified_gmt":"2022-06-24T21:54:59","slug":"jean-baptiste-du-bos-sur-la-question-de-la-sensibilite-de-lart","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/postulat.org\/fr\/jean-baptiste-du-bos-sur-la-question-de-la-sensibilite-de-lart\/","title":{"rendered":"Dubos sur la question de la sensibilit\u00e9 de l\u2019art"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La transformation de la sensibilit\u00e9 et du regard sur l\u2019art au XVIII-i\u00e8me si\u00e8cle est ins\u00e9parable du d\u00e9veloppement de la presse, des journaux qui s\u2019adressent non pas \u00e0 des sp\u00e9cialistes, non pas \u00e0 des hommes politiques, mais \u00e0 n\u2019importe qui. Il s\u2019agit de l\u2019id\u00e9e du public, un groupe diff\u00e9renci\u00e9. Les salons constituent un exemple des espaces publiques. L\u2019un des penseurs esth\u00e9tiques contemporains qui a exerc\u00e9 une influence consid\u00e9rable sur la critique d\u2019art \u00e9tait Jean-Baptiste Dubos avec son ouvrage <em>Les R\u00e9flexions critiques sur la po\u00e9sie et sur la peinture<\/em>. Dubos y affirme que l\u2019art ne peut pas \u00eatre seulement beau, mais doit \u00e9galement toucher, remuer les c\u0153urs. Ainsi, il introduit un nouveau principe esth\u00e9tique en tant que la sensibilit\u00e9, l\u2019exp\u00e9rience des sens donnant naissance au sentiment.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dubos n\u2019\u00e9tait pas le musicien, le po\u00e8te, le peintre, le collectionneur d\u2019art, mais il avait beaucoup lu, entendu et r\u00e9fl\u00e9chi. Cela veut dire que la position de Dubos n\u2019est pas la position du producteur, mais du r\u00e9cepteur. Le rapport de Dubos \u00e0 l\u2019art est un rapport de spectateur. Jusque-l\u00e0, le spectateur \u00e9tait un spectateur qui connaissait l\u2019art. Autrement, la r\u00e9flexion sur l\u2019art supposait un spectateur qui est initi\u00e9 au monde de l\u2019art. Pour Dubos, le spectateur est quelqu\u2019un qui ne juge pas en fonction d\u2019une exp\u00e9rience pratique, non plus en fonction d\u2019une connaissance, mais qui juge en fonction du sentiment. Ainsi, le spectateur n\u2019est pas l\u2019artiste, ni collectionneur mais ce sont les gens qui se situent \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur de l\u2019art. C\u2019est un nouveau concept du public, le concept de l\u2019ignorant.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette figure de l\u2019ignorant est rattach\u00e9e aux autres figures th\u00e9oriques qui servent \u00e0 s\u2019interroger d\u2019o\u00f9 viennent non id\u00e9es, nos connaissances. Pour bien juger notre \u00e9tat pr\u00e9sent, il est n\u00e9cessaire d\u2019avoir une id\u00e9e claire. C\u2019est un \u00e9tat de nature qui n\u2019a jamais exist\u00e9 et qui n\u2019existera pas. Par exemple, pour comprendre comment on voit, il faut construire la figure de l\u2019aveugle. Pour comprendre comment on agit \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9, il faut construire la figure de sauvage. En cons\u00e9quence, pour comprendre l\u2019exp\u00e9rience esth\u00e9tique, Dubos construit la figure qui juge sans int\u00e9r\u00eat. Les gens du m\u00e9tier artistique pour Dubos jugent mal puisque leur sensibilit\u00e9 est \u00e9puis\u00e9e. Ils jugent toujours avec int\u00e9r\u00eat et pr\u00e9vention. Ils sont pr\u00e9jug\u00e9s. Dubos restreint \u00e9galement un sens du public au gens qui lisent, qui vont aux spectacles, qui \u00e9coute de la musique et donc qui sont capable de comparer. Chez Hume, la comparaison, au contraire, am\u00e8ne \u00e0 une id\u00e9e de la d\u00e9licatesse du go\u00fbt. Les membres d\u2019un public ne sont pas \u00e9gaux dans le jugement parce qu\u2019il y a des gens qui ont plus d\u2019exp\u00e9rience que d\u2019autres. Ils ont vu plus d\u2019\u0153uvres d\u2019art. Ils ont \u00e9cout\u00e9 plus de la musique. Leur sentiment est plus diversifi\u00e9 parce que leur sensibilit\u00e9 est plus d\u00e9licate.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour conclure, tous les probl\u00e8mes que soul\u00e8ve Dubos ces sont encore des probl\u00e8mes que l\u2019on peut se poser aujourd\u2019hui. Il faudra essayer plus pr\u00e9cis\u00e9ment signifier cette absence d\u2019int\u00e9r\u00eat dont parle Dubos. Le premier crit\u00e8re du jugement du public c\u2019est qu\u2019il juge sans int\u00e9r\u00eat. Il n\u2019y a pas d\u2019int\u00e9r\u00eat pratique, \u00e9conomique dans l\u2019art. Un artiste juge toujours avec int\u00e9r\u00eat, en fonction de son art, alors que le public juge en fonction du sentiment. Puisque le but de l\u2019art est de nous toucher, une \u0153uvre d\u2019art est r\u00e9ussie si elle nous touche. On peut argumenter comment tel ou tel effet est produit par tel ou tel cause. En revanche, on ne peut pas argumenter sur la question du plaisir. Si une chose ne nous plait pas, \u00e7a ne nous plait pas. Il n\u2019y a aucune influence. Il existe donc en nous un sens esth\u00e9tique. C\u2019est un plaisir de l\u2019imitation qui n\u2019est pas l\u2019illusion. On sait bien que ce n\u2019est pas vrai mais c\u2019est tellement bien imit\u00e9 qu\u2019on pourrait croire que si. C\u2019est un sens sans organes. C\u2019est ce qu\u2019on appelle le sentiment. &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Bibliographie&nbsp;:<\/h3>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li>Jean-Baptiste Dubos, <em>R\u00e9flexions critiques sur la po\u00e9sie et sur la peinture<\/em>, 1719<\/li><\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La transformation de la sensibilit\u00e9 et du regard sur l\u2019art au XVIII-i\u00e8me si\u00e8cle est ins\u00e9parable du d\u00e9veloppement de la presse, des journaux qui s\u2019adressent non pas \u00e0 des sp\u00e9cialistes, non pas \u00e0 des hommes politiques, mais \u00e0 n\u2019importe qui. Il s\u2019agit de l\u2019id\u00e9e du public, un groupe diff\u00e9renci\u00e9. 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