
{"id":259,"date":"2020-07-30T16:30:51","date_gmt":"2020-07-30T16:30:51","guid":{"rendered":"https:\/\/postulat.org\/fr\/?p=259"},"modified":"2022-11-08T22:16:59","modified_gmt":"2022-11-08T22:16:59","slug":"les-ruptures-de-lart-contemporain","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/postulat.org\/fr\/les-ruptures-de-lart-contemporain\/","title":{"rendered":"2. Les ruptures de l\u2019art contemporain"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Apparu apr\u00e8s la seconde guerre mondiale, avec comme pr\u00e9curseur Marcel Duchamp, l\u2019art contemporain est souvent m\u00e9connu ou incompris. Il ne laisse personne indiff\u00e9rent, suscitant passion, perplexit\u00e9 ou m\u00e9pris allant parfois jusqu&rsquo;\u00e0 interroger sa l\u00e9gitimit\u00e9. En se pr\u00e9sentant comme un art exp\u00e9rimental, l&rsquo;art contemporain transgresse des r\u00e8gles en perp\u00e9tuelle innovation. Il recherche la rupture avec l&rsquo;art traditionnel, comme avec toute cr\u00e9ation pr\u00e9c\u00e9dente. Parmi les derni\u00e8res innovations v\u00e9ritablement audacieuses, nous pouvons citer le \u00ab body art \u00bb qui consiste en une performance centr\u00e9e sur le corps, avec parfois des exp\u00e9riences \u00e0 la limite du masochisme (Burden, Nebreda) ; l&rsquo;art \u00ab biotech \u00bb qui se place dans l&rsquo;anticipation et la proph\u00e9tie (Sterlac, Kurtz) ; ou encore l&rsquo;art conceptuel, qui substitue l&rsquo;id\u00e9e d\u2019oeuvre \u00e0 l\u2019oeuvre finie (1). On vise \u00e0 la \u00ab d\u00e9construction \u00bb de l&rsquo;art (monochromes de Malevitch, ready-mades de Duchamp), allant jusqu&rsquo;\u00e0 remettre en cause la peinture elle-m\u00eame.<br>Petit \u00e0 petit, la tradition acad\u00e9mique est abandonn\u00e9e et les techniques picturales sont remises en question. Priv\u00e9 de ses rep\u00e8res artistiques traditionnels, le spectateur tente de s&rsquo;appuyer sur des crit\u00e8res esth\u00e9tiques pour juger l&rsquo;art contemporain comme l\u2019art traditionnel. Cependant, le but principal de l\u2019art contemporain n&rsquo;est justement plus de repr\u00e9senter ni m\u00eame de pr\u00e9senter la beaut\u00e9, puisqu&rsquo;il pr\u00f4ne souvent le d\u00e9tachement esth\u00e9tique. C&rsquo;est ainsi que l&rsquo;on en vient \u00e0 reprocher \u00e0 cet art d&rsquo;\u00eatre \u00ab ennuyeux \u00bb, \u00ab sans contenu \u00bb, \u00ab sans talent \u00bb, voire de dissimuler un grand vide avec des \u00ab \u00e9lucubrations intellectuelles \u00bb ou des \u00ab trucages \u00bb. A vrai dire, il est m\u00eame difficile pour le spectateur d&rsquo;imaginer comment des objets, au demeurant si banals, pourraient lui procurer un plaisir sensoriel, quelle que soit leur mise en sc\u00e8ne. La notion fondamentale de l&rsquo;art en tant que source d&rsquo;\u00e9motions est donc remise en question. L\u2019art contemporain apparait plut\u00f4t comme \u00e9tant r\u00e9serv\u00e9 aux initi\u00e9s.<br>En bouleversant les cadres au point qu&rsquo;il est aujourd&rsquo;hui difficile de distinguer ce qui est art de ce qui ne l&rsquo;est pas, l&rsquo;art contemporain s&rsquo;est donc coup\u00e9 du public. Dans ces conditions, l\u2019exp\u00e9rience esth\u00e9tique du spectateur est boulevers\u00e9e et les crit\u00e8res artistiques sont rompus. Le d\u00e9fi de notre projet est alors de d\u00e9terminer ce qui particuli\u00e8rement fait la diff\u00e9rence entre l\u2019art contemporain et l\u2019art traditionnel. Les ruptures que l\u2019on cherche non seulement nous indiqueront les raisons de malentendu de l\u2019art contemporain, mais aussi nous aideront \u00e0 le diff\u00e9rencier au sein du m\u00eame concept que l\u2019art contemporain. Cette diff\u00e9renciation permettrait de repenser la valorisation esth\u00e9tique qui faussement pr\u00e9tendait l\u2019unit\u00e9 de l\u2019art et, sur cette base, de construire les nouvelles \u00e9chelles d\u2019appr\u00e9ciation.<br>En consid\u00e9rant l\u2019exp\u00e9rience esth\u00e9tique comme un double processus d\u2019\u00e9laboration qui op\u00e8re sur les qualit\u00e9s descriptives et sur les qualit\u00e9s esth\u00e9tiques d\u2019un objet d\u2019art, il est raisonnable d\u2019\u00e9clairer les ruptures dans le contexte de ces deux domaines d\u2019exp\u00e9rience. Dans ma recherche, je vais donc m\u2019appuyer sur les positions canoniques du jugement de go\u00fbt de Kant, de Hume, de Sibley et d\u2019autres philosophes pour rep\u00e9rer ce qui complique notre jugement esth\u00e9tique de l\u2019art contemporain.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Le jugement de go\u00fbt de Kant<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le propos de Kant, \u00e0 travers les concepts du sens commun esth\u00e9tique et de d\u00e9sint\u00e9ressement, n\u2019est peut-\u00eatre pas satisfaisant aujourd\u2019hui. Pourtant, son projet \u00e9tait une alternative \u00e0 l\u2019objectivisme esth\u00e9tique \u00e0 l\u2019\u00e9poque de l\u2019\u00e9mergence d\u2019un public de l\u2019art et la mise en \u00e9vidence de la relativit\u00e9 du jugement de go\u00fbt. En laissant la place au go\u00fbt naturel, Kant pr\u00e9tend avoir atteint un objectivisme qui s\u2019appuie sur la subjectivit\u00e9 transcendantale. \u00c0 notre \u00e9poque du relativisme esth\u00e9tique, il semble utile de se pencher aux origines du ph\u00e9nom\u00e8ne du go\u00fbt kantien puisque Kant \u00e9tait le premier \u00e0 essayer de penser le pluralisme de go\u00fbt sans faire r\u00e9f\u00e9rence au go\u00fbt monopolis\u00e9 par un groupe social dominant. D\u2019un autre c\u00f4t\u00e9, Kant voulait \u00e9viter le pi\u00e8ge du relativisme en mettant au jour des classements objectifs.<br>Le concept d\u2019esth\u00e9tique appara\u00eet en 1715 o\u00f9 Baumgarten fonde sous ce nom la science de la connaissance sensible. Cette id\u00e9e d\u2019une rationalit\u00e9 esth\u00e9tique consiste \u00e0 soumettre le jugement critique du beau \u00e0 des principes rationnels. En d\u2019autres termes, Baumgarten veut \u00e9tablir une synth\u00e8se entre l\u2019art et la science, un outil pour le spectateur aussi bien que pour l\u2019artiste. Cette science permettrait tant\u00f4t d\u2019ex\u00e9cuter et tant\u00f4t de juger avec plus de certitude et de suret\u00e9 les oeuvres qui pr\u00e9tendent \u00e0 la beaut\u00e9 de la pens\u00e9e. Kant le rejette absolument en disant que :<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>Ces r\u00e8gles ou crit\u00e8res, en effet, quant \u00e0 leurs principales sources, sont simplement empiriques et ne peuvent jamais, par cons\u00e9quent, servir de lois \u00e0 priori d\u00e9termin\u00e9es sur lesquelles devrait se r\u00e9gler notre jugement esth\u00e9tique (2).<\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Kant renonce donc \u00e0 toute la rationalit\u00e9 du jugement esth\u00e9tique puisque le jugement de go\u00fbt ne concerne pas l\u2019objet dans sa r\u00e9alit\u00e9 objective. Il s\u2019ensuit que la nature esth\u00e9tique est simplement subjective dans la repr\u00e9sentation d\u2019un objet.<br>\u00c0 cet \u00e9gard, Kant ajoute que le jugement de go\u00fbt, en \u00e9tant subjectif, passe n\u00e9cessairement du point de vue de sa pr\u00e9tention pour un jugement objectif. Je ne dis pas, par exemple, \u00ab cela me pla\u00eet \u00e0 moi\u00bb, mais \u00ab c\u2019est beau \u00bb. Je pr\u00e9tends que tous la trouve belle. Contrairement \u00e0 Kant, La Rochefoucauld annonce la non-universalit\u00e9 du jugement de go\u00fbt puisque c\u2019est un jugement qui distingue l\u2019un des autres (3). De m\u00eame, Baudelaire souligne que le jugement de go\u00fbt est un jugement de distinction des groupes et \u00ab c\u2019est beau \u00bb pr\u00e9tend \u00e0 la validit\u00e9 \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019un groupe. Si le jugement de go\u00fbt est absolument singulier, comment peut-on \u00e0 la fois universaliser son exp\u00e9rience chez Kant? Kant rejette toute une argumentation susceptible d\u2019emporter la conviction d\u2019autrui, car il ne se fonde pas sur autre chose que le plaisir ressenti devant l\u2019objet beau. Le beau est ce qui nous plait universellement sans concept et, donc, on ne peut pas le justifier par des concepts. Chez Jacqueline Lichtenstein, ce qui fait partager notre exp\u00e9rience esth\u00e9tique est le fait de parler (4). En effet, le langage nous permet de sortir de cette difficult\u00e9 kantienne. \u00c0 partir du moment o\u00f9 j\u2019exprime \u00ab c\u2019est beau \u00bb dans une proposition, cela devient une exp\u00e9rience publique, communicable et prouv\u00e9e. Le mot cr\u00e9e la pens\u00e9e au sens qu\u2019il produit l\u2019objet dont il parle. Quand je parle, par exemple, de la Joconde, l\u2019\u00e9motion que je l\u2019exprime n\u2019est plus tout \u00e0 fait l\u2019\u00e9motion premi\u00e8re que j\u2019ai ressenti en regardant le tableau. \u00c0 partir du moment o\u00f9 on commence \u00e0 dire cette \u00e9motion, elle se diff\u00e9rencie et devient plus subtile. On peut la comparer avec d\u2019autres formes d\u2019\u00e9motions et, par cette diff\u00e9renciation, le nom devient l\u2019\u00e9motion nomm\u00e9e.<br>La question qui se pose est de savoir sur quoi se fonde un tel jugement. Est-ce que l\u2019on peut convaincre autrui de la beaut\u00e9 ou de la laideur d\u2019un objet? Chez Kant, l\u2019assentiment des autres n\u2019est pas une preuve suffisante de la validit\u00e9 du jugement. Il n\u2019y pas de preuve empirique permettant d\u2019imposer \u00e0 quelqu\u2019un le jugement de go\u00fbt. Un tel jugement se fond sur la satisfaction \u00e9prouv\u00e9e en pr\u00e9sence de l\u2019objet beau. En disant \u00ab c\u2019est beau \u00bb, je dis mon plaisir \u00e0 contempler l\u2019objet. Ce plaisir, soutient Kant, n\u2019est pas la cause mais l\u2019effet du sentiment de la communicabilit\u00e9 universelle de l\u2019\u00e9tat d\u2019esprit (5). Dans le \u00a79 de la Critique de la facult\u00e9 de juger, Kant \u00e9crit :<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>L\u2019universelle communicabilit\u00e9 subjective des repr\u00e9sentations dans un jugement de go\u00fbt, devant se produire sans supposer un concept d\u00e9termin\u00e9, ne peut \u00eatre autre chose que l\u2019\u00e9tat d\u2019\u00e2me r\u00e9sultant du libre jeu de l\u2019imagination et de l\u2019entendement (6).<\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans ce cas, la pr\u00e9tention \u00e0 l\u2019universalit\u00e9 subjective n\u2019est qu\u2019une adh\u00e9rence \u00e0 l\u2019harmonie naturelle, non fond\u00e9e sur des concepts, qui doit \u00eatre valable pour chacun et qui d\u00e9termine le sentiment de plaisir. Dans l\u2019exp\u00e9rience esth\u00e9tique s\u2019accorde la sensibilit\u00e9 et l\u2019intelligence, l\u2019imagination et l\u2019entendement. Kant d\u00e9finit cette harmonie comme libre jeu des facult\u00e9s ou libre accord. Il s\u2019ensuit que l\u2019objet doit contenir un principe de satisfaction pour tous, celle de la subjectivit\u00e9 transcendantale. Autrement dit, lorsque je dis \u00ab c\u2019est beau \u00bb, j\u2019estime qu\u2019il est possible de former un jugement susceptible d\u2019exiger un tel assentiment universellement. Dans le cadre d\u2019un sens commun esth\u00e9tique, ce qui vaut pour un seul ne vaut rien. On ne dit pas \u00ab cela est beau pour moi \u00bb, mais pr\u00e9tend que cette chose est belle pour tous. On peut donc d\u00e9finir le go\u00fbt comme la facult\u00e9 de juger, une norme id\u00e9ale universellement communicable sans la m\u00e9diation d\u2019un concept.<br>Mon jugement de go\u00fbt n\u2019est pas donc un jugement de connaissance, puisque il ne renseigne pas sur les qualit\u00e9s objectives de l\u2019objet. Dans le passage bien connu \u00a71 de la Critique de la facult\u00e9 de juger, Kant \u00e9crit :<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>Pour distinguer si une chose est belle ou non, nous ne rapportons pas au moyen de l\u2019entendement la repr\u00e9sentation \u00e0 l\u2019objet en vue d\u2019une connaissance, mais nous la rapportons par l\u2019imagination (peut-\u00eatre li\u00e9e \u00e0 l\u2019entendement) au sujet et au sentiment de plaisir et de peine de celui-ci. Le jugement de go\u00fbt n\u2019est donc pas un jugement de connaissance (7).<\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Or, Kant d\u00e9clare que le jugement de go\u00fbt n\u2019est pas un jugement de connaissance, mais un jugement r\u00e9fl\u00e9chissant. Si je dis, par exemple, que Cloud Gate d\u2019Anish Kapoor est beau, je ne donne aucune information sur cette sculpture. Le pr\u00e9dicat beau ne renvoie aucune propri\u00e9t\u00e9 de l\u2019objet. Ce n\u2019est pas un jugement faux, mais un jugement qui exprime l\u2019attitude de sujet \u00e0 l\u2019\u00e9gard d\u2019un objet.<br>Dire que le jugement esth\u00e9tique n\u2019est qu\u2019un pseudo-acte de connaissance va \u00e0 l\u2019encontre de l\u2019id\u00e9e g\u00e9n\u00e9ralement r\u00e9pandue \u00e0 l\u2019\u00e9poque o\u00f9 la connaissance fait partie du jugement de go\u00fbt. Au Moyen \u00c2ge on a parl\u00e9 des cath\u00e9drales comme de beaut\u00e9s architecturales. Leur clart\u00e9, par exemple, \u00e9tait l\u2019un des crit\u00e8res de leur beaut\u00e9. Autrement dit, il y avait un consensus que la beaut\u00e9 est occasionn\u00e9e par des propri\u00e9t\u00e9s qui existent dans l\u2019objet beau. Il est \u00e9vident qu\u2019aujourd\u2019hui ce consensus est enti\u00e8rement rompu. Il n\u2019y a pas d\u2019accord g\u00e9n\u00e9ral sur la propri\u00e9t\u00e9 qui nous permet de fonder le jugement esth\u00e9tique. Le d\u00e9saccord est notamment aggrav\u00e9 par l\u2019art contemporain puisque le discernement des qualit\u00e9s esth\u00e9tiques, par exemple, d\u2019une oeuvre conceptuelle, devient une t\u00e2che impossible.<br>Au XVIIe si\u00e8cle, La Rochefoucauld comme beaucoup d\u2019autres philosophes contemporains conf\u00e8re un double sens au jugement de go\u00fbt. D\u2019un c\u00f4t\u00e9, il y a le go\u00fbt comme pr\u00e9f\u00e9rence \u00abqui nous porte vers les choses\u00bb (8). \u00c0 cela s\u2019appliquent le d\u00e9sir, les sentiments du plaisir, l\u2019amour. De l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, il y a le go\u00fbt comme connaissance, discernement. C\u2019est un acte de la raison. Avoir le go\u00fbt fin et d\u00e9licat veut dire discerner les qualit\u00e9s des choses, mais cette connaissance ne suffit pas. Pour la Rochefoucauld le go\u00fbt contient le d\u00e9sir aussi bien que le discernement. Cette id\u00e9e au fond est tr\u00e8s ancienne puisque l\u2019on trouve cette synth\u00e8se entre la raison et le plaisir, entre l\u2019acte rationnel et la pr\u00e9f\u00e9rence dans l\u2019Antiquit\u00e9.<br>On voit que ce deuxi\u00e8me sens du mot go\u00fbt va dispara\u00eetre dans le jugement esth\u00e9tique \u00e0 partir de Kant. Contrairement au jugement descriptif qui d\u00e9crit une propri\u00e9t\u00e9 de l\u2019objet, le jugement esth\u00e9tique n\u2019existe pas ind\u00e9pendamment de nous. Il appartient donc \u00e0 une classe de jugements que l\u2019on appelle le jugement de valeur. Si je dis qu\u2019une chose est belle, j\u2019exprime la hi\u00e9rarchie des choses d\u00e9sirables. Traditionnellement, on dit que le domaine des sentiments est le domaine de valeur qui est subjective et relative. La valeur d\u00e9pend du syst\u00e8me de valeur qui effectue la proc\u00e9dure d\u2019\u00e9valuation. Les pr\u00e9dicats de valeur tels que gracieux, cher, bien, sont juste introduits comme des propri\u00e9t\u00e9s descriptives, mais en fait ils ne sont pas des propri\u00e9t\u00e9s qui appartiennent aux objets. Ce sont des propri\u00e9t\u00e9s relationnelles qui impliquent une relation entre le sujet et l\u2019objet. L\u2019\u00e9valuation d\u2019une oeuvre d\u2019art d\u00e9termine la valeur par l\u2019examen, alors que la valorisation rel\u00e8ve du fait de la mode ou du march\u00e9. Aujourd\u2019hui, la valeur esth\u00e9tique d\u2019une oeuvre d\u2019art est totalement ind\u00e9pendante du mat\u00e9riau, du temps pass\u00e9, de tout ce qui intervient dans la d\u00e9termination de la valeur. Pour savoir pourquoi telle oeuvre d\u2019art contemporain est sup\u00e9rieure \u00e0 telle autre, le travail d\u2019\u00e9valuation est essentiel, puisqu\u2019il constitue la critique d\u2019art. Si on valorise une oeuvre sans \u00e9valuation, on abolit toute critique.<br>Chez Kant, il ne faut pas confondre le beau avec l\u2019utile, car l\u2019utile implique une connaissance de l\u2019objet. Si le beau ne d\u00e9pend d\u2019aucun concept d\u00e9termin\u00e9, le plaisir qu\u2019il donne est pur de tout int\u00e9r\u00eat. Un jugement int\u00e9ress\u00e9 est un jugement qui est int\u00e9ress\u00e9 par l\u2019existence de l\u2019objet. Un jugement esth\u00e9tique est donc un jugement qui n\u2019est pas int\u00e9ress\u00e9 par l\u2019existence de l\u2019objet mais uniquement par sa repr\u00e9sentation. Dans son introduction \u00e0 l\u2019esth\u00e9tique, Hegel reprend cette id\u00e9e du jugement d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9, mais il parle de l\u2019analyse du d\u00e9sir (9). L\u2019exp\u00e9rience esth\u00e9tique implique n\u00e9cessairement un d\u00e9sir frustr\u00e9, \u00e0 savoir un d\u00e9sir priv\u00e9 de satisfaction. Hegel distingue l\u2019int\u00e9r\u00eat artistique de l\u2019int\u00e9r\u00eat pratique en ce que l\u2019int\u00e9r\u00eat artistique laisse subsister son objet. J\u2019ai un int\u00e9r\u00eat pratique lorsque je mange une pomme, alors que je laisse subsister la nature morte de Monet qui me donne un plaisir esth\u00e9tique. D\u2019un autre c\u00f4t\u00e9, l\u2019int\u00e9r\u00eat artistique se distingue de l\u2019int\u00e9r\u00eat th\u00e9orique dans le sens qu\u2019il s\u2019int\u00e9resse \u00e0 l\u2019objet dans sa singularit\u00e9. Autrement dit, l\u2019int\u00e9r\u00eat artistique est l\u2019int\u00e9r\u00eat spirituel et singulier, alors que l\u2019objet d\u2019un int\u00e9r\u00eat scientifique est un objet g\u00e9n\u00e9ral, g\u00e9n\u00e9rique ou universel. Le rapport esth\u00e9tique implique donc un int\u00e9r\u00eat, mais un int\u00e9r\u00eat qui n\u2019est pas pratique comme un d\u00e9sir, ni purement th\u00e9orique comme dans la science.<br>Kant nous demande ne pas disputer le go\u00fbt, car il n\u2019est pas fond\u00e9 sur des preuves empiriques ou rationnelles. Il s\u2019ensuit qu\u2019une r\u00e8gle universelle d\u2019apr\u00e8s laquelle on pourrait d\u00e9terminer objectivement que la beaut\u00e9 n\u2019a pas de sens. Ce qui constitue notre jugement esth\u00e9tique est un sentiment de satisfaction qui est toujours singulier. Dans cette exp\u00e9rience personnelle, la sensation du plaisir postule la possibilit\u00e9 d\u2019un jugement esth\u00e9tique qui puisse \u00eatre valable en m\u00eame temps pour tous. Un tel assentiment universel renvoie \u00e0 un sens commun esth\u00e9tique qui n\u2019est ni cognitif, ni logique, mais qui est communicable \u00e0 priori. Dans son livre La crise de l\u2019art contemporain, Yves Michaud interpr\u00e8te le sens commun esth\u00e9tique de Kant comme une utopie d\u2019un monde commun (10). Le souci kantien de fonder l\u2019universalit\u00e9 du jugement de go\u00fbt en respectant le jugement singulier est le probl\u00e8me de la modernit\u00e9. \u00c0 cette \u00e9poque-l\u00e0, l\u2019art entre dans la sph\u00e8re publique qui engendre la question esth\u00e9tique. L\u2019homme revendique le droit de d\u00e9terminer librement les crit\u00e8res du go\u00fbt. En s\u2019adaptant \u00e0 ce moment historique, Kant essaye d\u2019inventer l\u2019art de la communication qui unifierait des id\u00e9es des classes les plus cultiv\u00e9es et les plus incultes. Il d\u00e9nonce l\u2019art comme un instrument de distinction sociale et introduit l\u2019\u00e9galit\u00e9 culturelle en tant qu\u2019utopie citoyenne. Dans une certaine mesure, le propos de Kant \u00e9tait proph\u00e9tique, car l\u2019utopie culturelle de la modernit\u00e9 \u00e9tait r\u00e9alis\u00e9e dans une postmodernit\u00e9. Par contre, la critique sociologique nous signale que la d\u00e9termination du jugement de go\u00fbt enti\u00e8rement subjective et objectivement transcendantale conduit l\u2019art \u00e0 l\u2019anarchie esth\u00e9tique. Tout se vaut puisqu\u2019\u00e0 chacun son propre go\u00fbt, fond\u00e9 sur un sens commun esth\u00e9tique. Pourtant, o\u00f9 est l\u2019universel?<br>En d\u00e9fendant l\u2019id\u00e9e de l\u2019art sous sa forme classique, Pierre Bourdieu critique Kant pour sa stigmatisation du go\u00fbt raffin\u00e9e (11). En abandonnant le go\u00fbt de la classe privil\u00e9gi\u00e9, la soci\u00e9t\u00e9 n\u2019a plus de point de rep\u00e8re pour le go\u00fbt l\u00e9gitime et d\u00e9terminant. Si on veut fonder un sens commun esth\u00e9tique d\u2019une mani\u00e8re kantienne, on doit admettre que les grandes oeuvres classiques ne seraient que l\u2019expression du go\u00fbt arbitraire d\u2019une classe sociale. Comment pourrait-on comprendre que l\u2019homme du XXe si\u00e8cle soit \u00e9mu par une oeuvre de la Gr\u00e8ce classique? Ne faut-il pas consid\u00e9rer que l\u2019universalit\u00e9 du jugement de go\u00fbt doit se baser sur l\u2019\u00e9ducation autour des grandes oeuvres? Dans <em>La distinction<\/em>, Bourdieu cherche \u00e0 relativiser l\u2019analyse de la Critique de la facult\u00e9 de juger pour montrer la diff\u00e9rentiation du jugement de go\u00fbt, en \u00e9tant inh\u00e9rente aux rapports sociaux. On ne doit donc pas laisser croire que pour distinguer le beau du laid il suffit de fonder notre jugement sur l\u2019\u00e9tat d\u2019\u00e2me qui nous conduit vers l\u2019harmonie naturelle.<br>L\u2019interpr\u00e9tation kantienne de l\u2019art ne nous permet pas de prendre au s\u00e9rieux les oeuvres d\u2019art contemporain. Regardant, par exemple, une oeuvre de Christopher Wool, on est incapable de porter notre jugement de go\u00fbt sur la sensation ou l\u2019expression de soi. Dans ce cas, il faut rendre compte sur la dimension conceptuelle d\u2019une oeuvre d\u2019art au nom d\u2019un plaisir sublim\u00e9 par l\u2019intelligence. R\u00e9instaurer la sensibilit\u00e9 kantienne signifierait donc accepter le principe d\u2019un art qui rompt avec le principe d\u2019expression de l\u2019art du XXe. Dans <em>Subversion et Subvention<\/em>, Rainer Rochlitz ajoute que si c\u2019est le d\u00e9sir pur qui fonde les plus intimement le jugement de go\u00fbt, comment distinguer entre l\u2019image pornographique et L\u2019origine du monde de Gustave Courbet excluant les articulations intellectuelles ? (12) La question kantienne de savoir si le jugement est ant\u00e9rieur au plaisir esth\u00e9tique n\u2019a pas de sens, car il n\u2019y a pas d\u2019acc\u00e8s primaire au plaisir esth\u00e9tique. Enfin, si l\u2019on exclut toutes les propri\u00e9t\u00e9s objectives dans la d\u00e9finition de la beaut\u00e9, le critique ne peut pas non plus d\u00e9crire une oeuvre d\u2019art de fa\u00e7on neutre. Il est impossible de faire abstraction de sa pr\u00e9tention \u00e0 la valeur esth\u00e9tique sans postuler une propri\u00e9t\u00e9 objective dans l\u2019objet artistique. Par cons\u00e9quent, un objet, un texte ou une image comme les \u00e9l\u00e9ments d\u2019une oeuvre ne peuvent pas \u00eatre saisis comme des objets esth\u00e9tiques. Comme le dit Rochlitz, une oeuvre qui n\u2019est interpr\u00e9t\u00e9e ni \u00e9valu\u00e9e est morte (13). Contrairement au jugement sur un objet naturel, l\u2019artiste attend un jugement de nous. Par cons\u00e9quent, une oeuvre d\u2019art d\u00e9pend d\u2019une appr\u00e9ciation dans la mesure o\u00f9 il r\u00e9pond \u00e0 une exigence rationnelle constitutive de l\u2019objet. M\u00eame si ces raisons ne peuvent pas nous forcer \u00e0 \u00e9prouver du plaisir \u00e0 une oeuvre particuli\u00e8re, elles peuvent n\u00e9anmoins nous faire reconna\u00eetre un jugement selon laquelle une oeuvre est r\u00e9ussie. Je peux, par exemple, donner des raisons \u00e0 quelqu\u2019un pour laquelle on peut consid\u00e9rer Tryptique de Francis Bacon une oeuvre r\u00e9ussie. Mon raisonnement s\u2019appuierait sur la description de la technique unique que Bacon utilise en faisant cette peinture. En m\u00eame temps, cette oeuvre ne me plait pas visuellement puisqu\u2019elle me semble repoussante, cruelle et terrifiante. La m\u00eame signification du go\u00fbt est d\u00e9j\u00e0 chez La Rochefoucauld qui souligne \u00ab \u2026qu\u2019on peut avoir le go\u00fbt assez bon pour bien juger de la com\u00e9die sans l\u2019aimer \u00bb (14). Dans ce cas, le go\u00fbt se contient les deux sens : l\u2019attirance et la connaissance. Si l\u2019on \u00e9chappe au go\u00fbt comme connaissance qui postule une propri\u00e9t\u00e9 \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019une oeuvre d\u2019art, on pr\u00e9sente le go\u00fbt comme purement sensoriel, hors m\u00e9moire et hors critique.<br>Pour conclure, Kant rel\u00e8ve un jugement r\u00e9flexif qui ne pr\u00e9supposait aucune r\u00e8gle pr\u00e9\u00e9tablie. M\u00eame si Kant d\u00e9termine l\u2019objet de la connaissance par le concept scientifique, il fait un rapport au \u00ab suprasensible \u00bb ou \u00e0 l\u2019absolu. Une fois que le jugement de go\u00fbt a \u00e9t\u00e9 diff\u00e9renci\u00e9 de celui de la connaissance, l\u2019ambigu\u00eft\u00e9 de cette sph\u00e8re esth\u00e9tique ouvrait la porte, soit \u00e0 un irrationalisme, soit \u00e0 un nouveau rationalisme dogmatique (15). Dans ce cas, si on veut s\u2019abstenir de l\u2019irr\u00e9ductibilit\u00e9 absolue du ph\u00e9nom\u00e8ne artistique, il faut prendre appui sur la rationalit\u00e9 esth\u00e9tique qui admet la justification des jugements par l\u2019argumentation.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Le jugement de go\u00fbt de Hume<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La th\u00e9orie du jugement de go\u00fbt de Hume semble \u00e9chapper aux r\u00e9ductionnismes des th\u00e9ories esth\u00e9tiques depuis le romantisme. Hume, comme empiriste, accepte qu\u2019il y ait une grande diversit\u00e9 des go\u00fbts. Pourtant, il ne cherche pas le principe de l\u2019absolue \u00e9galit\u00e9 des go\u00fbts selon la d\u00e9marche de Kant. Chez Hume, \u00e0 chacun son go\u00fbt, mais pas au point de dire que chaque jugement se vaut (16). Il distingue donc entre le jugement qualifi\u00e9 et le jugement mauvais. Le jugement qualifi\u00e9 renvoie \u00e0 la finesse du jugement de go\u00fbt de l\u2019homme dans des circonstances parfaites. C\u2019est un accord ultime sur un sentiment de l\u2019homme produit par une qualit\u00e9 de l\u2019objet et sur son accord pr\u00e9\u00e9tabli avec la nature humaine. Hume souligne que cette concordance unique entre l\u2019objet et l\u2019homme est rare puisque la constitution naturelle de chacun lui donne son humeur et sa disposition individuelle. Un degr\u00e9 de variation est caus\u00e9 \u00e9galement par des opinions propres \u00e0 chaque \u00e9poque et \u00e0 chaque soci\u00e9t\u00e9. Par contre, l\u2019avis des experts rel\u00e8ve de l\u2019\u00e9tat de perfection de la sensation interne et externe. Autrement dit, dans l\u2019exp\u00e9rience du go\u00fbt norm\u00e9, il y a l\u2019absence de pr\u00e9jug\u00e9 et la juste disposition appropri\u00e9 \u00e0 l\u2019objet. La finesse de la perception consiste dans concentration, comparaison, attention, consid\u00e9ration de toutes les composantes de l\u2019objet sous divers angles. Il s\u2019ensuit que Hume, contrairement \u00e0 Kant, admet la connaissance dans le jugement de go\u00fbt puisque il y a la place pour une pratique d\u2019\u00e9ducation du go\u00fbt norm\u00e9. Ceci conduit \u00e0 la conclusion que l\u2019appr\u00e9ciation esth\u00e9tique n\u2019est ni imm\u00e9diate ni facile, et requiert la finesse de discernement.<br>Ce qui s\u2019appelle le jugement de go\u00fbt de Kant se d\u00e9crit comme le sentiment chez Hume. Il est toujours subjectif, car il n\u2019a pas r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 rien au-del\u00e0 de lui-m\u00eame. Tout sentiment du beau est juste puisqu\u2019il ne repr\u00e9sente en aucune mani\u00e8re leur objet. Or, la beaut\u00e9 n\u2019est que la convenance de l\u2019objet \u00e0 l\u2019organe. Pourtant, d\u00e8s que l\u2019homme porte r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 quelque chose au-del\u00e0 de la sensation, il porte sur l\u2019entendement ou le jugement de go\u00fbt. Pour un millier de jugements, \u00ab \u2026il y en a une, et une seulement, qui est juste et vraie ; la seule difficult\u00e9 est la d\u00e9terminer et de la rendre certaine \u00bb (17). On observe donc qu\u2019il y a certaines qualit\u00e9s dans les oeuvres d\u2019art qui causent naturellement un sentiment de plaisir. <br>Dans ce contexte, Hume fait r\u00e9f\u00e9rence aux chef-oeuvres qui, en d\u00e9pit des changements de climat, de gouvernement, de religion ou de langage, restent toujours les objets admir\u00e9s par les soci\u00e9t\u00e9s diff\u00e9rentes. Bien que nous puissions constater une uniformit\u00e9 compl\u00e8te des sentiments, le sentiment de plaisir suscit\u00e9 par un chef-oeuvre ne signifie pas que le jugement de go\u00fbt doive n\u00e9cessairement \u00eatre juste. Au-del\u00e0 de la qualit\u00e9 de l\u2019objet qui naturellement plait, il y a d\u2019autres qualit\u00e9s qui peuvent produire un plaisir, mais qui ne repr\u00e9sentent pas de facteurs de valeur vraie. Il en d\u00e9coule que le jugement de go\u00fbt humien peut \u00eatre subjectif aussi bien qu\u2019objectif. Le jugement subjectif est un jugement inappropri\u00e9 \u00e0 l\u2019existence d\u2019une qualit\u00e9 qui plait universellement, alors que le jugement objectif se rapproche plus ou moins d\u2019un \u00e9talon de l\u2019exp\u00e9rience qui naturellement r\u00e9unirait toutes les circonstances. L\u2019on a ainsi une r\u00e8gle du go\u00fbt en tant que mod\u00e8le d\u00e9finissable par les circonstances externes et internes. D\u2019un c\u00f4t\u00e9, ce mod\u00e8le repose sur le sentiment qui approuve ou bl\u00e2me par plaisir ou douleur. D\u2019un autre c\u00f4t\u00e9, ce mod\u00e8le acquiert une autorit\u00e9 par les crit\u00e8res descriptifs retenus. Or, la perfection de l\u2019organe de perception et la perfection de l\u2019oeuvre per\u00e7ue constituent la valeur d\u2019une oeuvre en totalit\u00e9.<br>Hume veut bien dire que la nature humaine est universelle en ce que le plaisir et la douleur sont communs chez tous les hommes (18). D\u2019o\u00f9 cette argument que certaines qualit\u00e9s des objets peuvent causer universellement le sentiment du Beau. Si tout homme est capable de louange et de bl\u00e2me, cela signifie que l\u2019esprit humain est dot\u00e9 de l\u2019algorithme universel pour l\u2019appr\u00e9ciation des qualit\u00e9s de l\u2019objet. Si l\u2019objet poss\u00e8de certaines qualit\u00e9s qui suscitent le plaisir chez l\u2019un des spectateurs, ils doivent naturellement susciter le m\u00eame plaisir chez d\u2019autres spectateurs. Or, Hume op\u00e8re une distinction entre l\u2019universalit\u00e9 naturelle et l\u2019universalit\u00e9 formelle. \u00c0 la diff\u00e9rence de l\u2019universalit\u00e9 formelle qui est abstraite et vide de contenu, l\u2019universalit\u00e9 naturelle d\u00e9pend de circonstances. La raison de la vari\u00e9t\u00e9 du jugement de go\u00fbt est donc les circonstances diff\u00e9rentes sous lesquelles les hommes jugent les objets d\u2019art.<br>Pour cette raison, Hume ne voit pas dans une appr\u00e9ciation imm\u00e9diate un jugement v\u00e9ritable puisque il ne repr\u00e9sente pas la connaissance des causes du sentiment du Beau. Il reconnait qu\u2019il faut r\u00e9unir les circonstances naturelles dans le jugement de go\u00fbt au moyen de la raison. On peut unifier tous les oeuvres en disant qu\u2019il y a un \u00e9talon dans le monde de l\u2019art et dans cet \u00e9talon s\u2019exprime un sens commun \u00e0 tous les hommes. Si les hommes avaient en partage le m\u00eame temp\u00e9rament individuel et leur condition sociale, leurs jugements de go\u00fbt pourraient \u00eatre identiques, car les hommes h\u00e9ritent de la m\u00eame nature. Comme Kant, Hume \u00e9tablit le principe universel qui rel\u00e8ve d\u2019une affection naturelle agissant en tout homme. Pourtant, il introduit les r\u00e8gles du jugement de go\u00fbt pour \u00e9quilibrer la pluralit\u00e9 des jugements de go\u00fbt influenc\u00e9s par les variations de la culture et de la situation personnelle. Alors que Kant ne distingue pas entre le bon jugement et le mauvais jugement, Hume introduit la hi\u00e9rarchie des jugements de go\u00fbt qui r\u00e9sulte d\u2019une activit\u00e9 rationnelle. \u00c0 cet \u00e9gard, l\u2019application de la r\u00e8gle universelle pour toutes les oeuvres d\u2019art semble probl\u00e9matique aujourd\u2019hui en tenant compte de la vari\u00e9t\u00e9 immense des productions artistiques. Pouvons-nous, par exemple, classer les oeuvres de l\u2019art performance, de l\u2019art du ready-made et de l\u2019art urbain sous la m\u00eame hi\u00e9rarchie des valeurs ? Comment juger universellement ces oeuvres aussi diff\u00e9rentes, mais fortement valables dans chaque groupe local d\u2019experts? Hume ne cesse de parler du degr\u00e9 de perfection de l\u2019oeuvre per\u00e7ue, mais d\u00e9finir un degr\u00e9 de perfection des oeuvres d\u2019art contemporain pose un probl\u00e8me. Ces arts vari\u00e9s refl\u00e8tent la cr\u00e9ation artistique, chacune avec ses propres m\u00e9diums et crit\u00e8res de perfection. On appr\u00e9cie, par exemple, la beaut\u00e9 de l\u2019art urbain \u00e0 partir de l\u2019harmonie qui repr\u00e9sente l\u2019union enrichissante entre l\u2019oeuvre et l\u2019espace public. Le ready-made nous am\u00e8ne \u00e0 appr\u00e9cier le concept d\u2019une oeuvre, alors que l\u2019art de performance compte sur la notion de l\u2019effectivit\u00e9 d\u2019une action en train de se produire, et sur l\u2019imm\u00e9diatet\u00e9 de son pouvoir signifiant. \u00c0 cette vari\u00e9t\u00e9 des \u00e9talons artistiques s\u2019ajoute la difficult\u00e9 d\u2019identifier les crit\u00e8res d\u2019une appr\u00e9ciation esth\u00e9tique des oeuvres contemporaines qui repr\u00e9sentent un m\u00e9lange des genres. L\u2019un des exemples de ce m\u00e9lange \u00e9clectique serait l\u2019exposition Silence et le Temps Lent de Catherine Widgery qui va au-del\u00e0 de la pratique particuli\u00e8re (19). \u00c0 part des objets du quotidien, cet artiste joue avec la lumi\u00e8re, les textures, les formes en essayant de cr\u00e9er une nouvelle dimension de l\u2019image visuelle qui unifie la structure du monde humain avec la beaut\u00e9 de l\u2019environnement naturel. Bien que les sentiments esth\u00e9tiques des hommes se rapprochent plus ou moins d\u2019un \u00e9talon, les crit\u00e8res du jugement de go\u00fbt se dispersent entre les individus quand ils doivent juger de la valeur d\u2019une oeuvre. Le go\u00fbt norm\u00e9 de Hume aboutit donc \u00e0 une ind\u00e9termination, celle de valeur g\u00e9n\u00e9rale du Beau qui repr\u00e9senterait tous les degr\u00e9s d\u2019appr\u00e9ciation dans le jugement esth\u00e9tique.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Les concepts esth\u00e9tiques de Sibley<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Lorsqu\u2019on porte un jugement, on utilise d\u2019un grand nombre de termes pour justifier notre appr\u00e9ciation esth\u00e9tique. En regardant un tableau qui nous plait ou nous d\u00e9plait, on ne se contente pas de dire simplement \u00ab c\u2019est beau \u00bb ou \u00ab c\u2019est laid \u00bb. D\u2019une part, on marque les traits physiques de l\u2019objet en disant qu\u2019un tableau utilise des couleurs \u00e9clatantes, qu\u2019une texture est vaque ou les lignes sont courbes. D\u2019autre part, nous employons les mots qui requi\u00e8rent le go\u00fbt : criard, vivant, banal, d\u00e9licat, gracieux, \u00e9l\u00e9gant. Les premiers sont des trais non-esth\u00e9tiques et objectifs, qui s\u2019imposent au sujet par la simple perception de l\u2019objet, alors que les seconds, qu\u2019on l\u2019appellera les concepts esth\u00e9tiques, rel\u00e8vent d\u2019une sensibilit\u00e9 esth\u00e9tique. La question qui se pose est de savoir comment l\u2019on applique les concepts esth\u00e9tiques. Est-ce qu\u2019il y a des r\u00e8gles pour cette application ? Dans le cadre de l\u2019analyse de Sibley, je vais m\u2019interroger sur les raisons de la rupture entre le jugement de go\u00fbt de l\u2019art traditionnel et celle de l\u2019art contemporain.<br>Dans \u00ab Les concepts esth\u00e9tiques \u00bb, Franc Sibley r\u00e9fl\u00e9chit sur la relation entre les concepts esth\u00e9tiques et non-esth\u00e9tiques (20). Il remarque qu\u2019afin de soutenir notre application d\u2019un terme esth\u00e9tique, nous faisons r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 des trais descriptifs. Nous disons, par exemple, que \u00ab ce tableau est inventif gr\u00e2ce \u00e0 sa texture inhabituelle \u00bb ou \u00ab cette installation est choquante \u00e0 cause des images sanglantes \u00bb. Si je dis \u00ab ce tableau est beau puisqu\u2019il est gracieux \u00bb, mon jugement de valeur ne se fonde pas sur un jugement de fait. Pour passer du fait \u00e0 la valeur nous devons nous appuyer sur les \u00e9nonc\u00e9s descriptifs qui d\u00e9crivent une propri\u00e9t\u00e9 de l\u2019objet. Telles propositions sont susceptibles de v\u00e9rit\u00e9 ou fausset\u00e9 puisque je peux mettre le doigt sur une qualit\u00e9 qui me frappe comme \u00e9tant l\u2019explication juste. Il s\u2019ensuit que les qualit\u00e9s esth\u00e9tiques requi\u00e8rent toujours des qualit\u00e9s non-esth\u00e9tiques pour \u00eatre l\u00e9gitimes. Autrement, l\u2019existence du trait non-esth\u00e9tique est une condition n\u00e9cessaire pour l\u2019application du concept esth\u00e9tique.<br>\u00c0 cet \u00e9gard, on peut se demander s\u2019il existe un nombre de traits pertinents suffisant pour l\u2019application du concept. Sibley examine le cas suivant : si le vase est rose p\u00e2le, un peu courbe, l\u00e9g\u00e8rement marbre, est-ce que ces traits sont suffisants pour dire que le vase ne peut \u00eatre que d\u00e9licat? Sch\u00e9matiquement, cet argument se pr\u00e9sente comme ABC \u2192 E, o\u00f9 ABC est l\u2019ensemble de traits non-esth\u00e9tiques et E est le trait esth\u00e9tique. On peut imaginer le vase avec ces traits, mais on peut nier qu\u2019il est d\u00e9licat en voyant dans le m\u00eame objet les traits inappropri\u00e9s au concept \u00ab d\u00e9licat \u00bb. Le vase peut \u00eatre rose p\u00e2le, courbe, l\u00e9g\u00e8rement marbre, mais trop grand ou trop mince. Il se peut qu\u2019une petite nuance clarifi\u00e9e telle que le degr\u00e9 d\u2019une couleur, tonalit\u00e9, diff\u00e9rence l\u00e9g\u00e8re d\u2019une forme, du mouvement ou de la texture change le concept esth\u00e9tique. On peut voir, par exemple, la gr\u00e2ce et la l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 dans la danse d\u2019une femme ob\u00e8se ou trouver une peinture p\u00e2le criante. En outre, Sibley souligne que beaucoup de traits associ\u00e9s de fa\u00e7on caract\u00e9ristique \u00e0 un terme esth\u00e9tique peuvent aussi l\u2019\u00eatre de fa\u00e7on similaire \u00e0 d\u2019autres termes esth\u00e9tiques assez diff\u00e9rents. Autrement dit, la m\u00eame combinaison des traits non-esth\u00e9tiques peut \u00eatre applicable aux concepts esth\u00e9tiques diff\u00e9rents. Ce qu\u2019on d\u00e9crit, par exemple, comme \u00ab d\u00e9licat \u00bb peut \u00eatre \u00e9galement \u00ab insipide \u00bb. De m\u00eame, les traits non-esth\u00e9tiques du terme \u00ab criard\u00bb peuvent s\u2019appliquer aussi au terme \u00ab joyeux \u00bb. Or, la technique artistique que l\u2019artiste utilise pour repr\u00e9senter la gr\u00e2ce dans son tableau ne garantit pas un r\u00e9sultat positif. Il en d\u00e9coule que les traits non-esth\u00e9tiques ne justifient logiquement ou garantiront l\u2019application d\u2019un terme esth\u00e9tique.<br>Il n\u2019y a pas de r\u00e8gle d\u2019application du concept esth\u00e9tique puisque aucune description n\u2019\u00e9tablit incontestablement la d\u00e9finition du concept esth\u00e9tique. Il peut \u00eatre impossible de donner des r\u00e8gles pr\u00e9cises disant combien de traits pertinents sont requis pour former un ensemble suffisant ou dans quelles combinaisons l\u2019un ou l\u2019autre trait est requis. Au fond, c\u2019est le go\u00fbt qui nous apprend comment appliquer des cat\u00e9gories esth\u00e9tiques. Sibley souligne qu\u2019en exer\u00e7ant notre jugement, nous sommes guid\u00e9s par des \u00e9chantillons, \u00e0 savoir un ensemble d\u2019exemples pr\u00e9c\u00e9dents. Les exemples jouent un r\u00f4le crucial en nous laissant d\u2019appliquer les termes esth\u00e9tiques \u00e0 quelques nouveaux cas. Pourtant, on peut toujours demander si tel ou l\u2019autre concept esth\u00e9tique est vraiment justifi\u00e9 puisque aucun terme esth\u00e9tique n\u2019admet d\u2019emploi m\u00e9canique.<br>La difficult\u00e9 de l\u2019application d\u2019un terme esth\u00e9tique s\u2019aggrave lorsqu\u2019il s\u2019agit du jugement de go\u00fbt de l\u2019art contemporain. \u00c0 cause de l\u2019utilisation des m\u00e9diums diff\u00e9rents et des techniques exp\u00e9rimentales pour la production d\u2019une oeuvre d\u2019art, le spectateur fait face \u00e0 une combinaison des traits non-esth\u00e9tiques qui sont incompatibles avec des descriptions employant certains termes esth\u00e9tiques. Par exemple, il se peut qu\u2019un tableau abstrait soit caract\u00e9ris\u00e9 par des couleurs \u00e9clair\u00e9es et des lignes courbes : tous sont compatibles avec les concepts esth\u00e9tiques \u00ab criard \u00bb, \u00ab flamboyant \u00bb ou \u00ab ardent \u00bb. D\u2019autre part, les taches sombres et les raies brunes sur le fond noir peuvent rendre les concepts esth\u00e9tiques \u00ab discret \u00bb, \u00ab harmonieux \u00bb, \u00ab p\u00e2le \u00bb. On peut appliquer la m\u00eame description \u00e0 un tableau Blue Poles de Pollock dans lequel la palette de couleurs et les trajectoires de peinture le rendent difficile \u00e0 interpr\u00e9ter. <\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/postulat.org\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2020\/07\/image-4.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-260\" width=\"550\" height=\"236\" srcset=\"https:\/\/postulat.org\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2020\/07\/image-4.png 600w, https:\/\/postulat.org\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2020\/07\/image-4-300x129.png 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 550px) 100vw, 550px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">On peut inf\u00e9rer de ces taches al\u00e9atoires que le tableau est, ou m\u00eame pourrait \u00eatre, flamboyant ou p\u00e2le, chaotique ou strict, joyeux ou triste. L\u2019absence du caract\u00e8re particulier dans une oeuvre est un probl\u00e8me commun de l\u2019art contemporain. Une peinture ou une installation peuvent poss\u00e9der le genre de traits qu\u2019on associerait, par exemple, \u00e0 la gr\u00e2ce et \u00e0 l\u2019\u00e9l\u00e9gance, mais qui ne r\u00e9ussirait pas \u00e0 \u00eatre gracieuse ou \u00e9l\u00e9gante. Parmi les oeuvres contemporaines, il y a une immense quantit\u00e9 d\u2019objets d\u2019art que l\u2019on est incapable de d\u00e9crire en termes de concepts esth\u00e9tiques. In <em>His Infinite Wisdom<\/em> de Damian Hirst, <em>Tire test Column<\/em> d\u2019Oscar Tuazon, <em>*Y\/Struc\/Surf.<\/em> de Marc Fornes, <em>Dark Bleu Panel<\/em> d\u2019Ellsworth Kelly et beaucoup d\u2019autres ne parviennent \u00e0 avoir aucun caract\u00e8re particulier quel qu\u2019il soit. De nombreux traits de ces oeuvres d\u2019art ne jouent pas ainsi de fa\u00e7on caract\u00e9ristique pour des qualit\u00e9s esth\u00e9tiques particuli\u00e8res. Par ailleurs, l\u2019art conceptuel en tant que d\u00e9chets, excr\u00e9ments, objets d\u00e9grad\u00e9s ou ready-made questionne m\u00eame la notion des qualit\u00e9s esth\u00e9tiques d\u2019un objet. Il est discutable qu\u2019on doive porter notre jugement esth\u00e9tique sur un objet tangible lorsqu\u2019il n\u2019\u00e9tait pas fait par un artiste lui-m\u00eame. Si on appr\u00e9cie, par exemple, <em>La Joconde est dans les escaliers<\/em> de Robert Filliou par ses qualit\u00e9s physiques, ce n\u2019est pas une oeuvre d\u2019art que l\u2019on juge, mais plut\u00f4t un objet industriel (21). Il s\u2019ensuit que beaucoup des oeuvres d\u2019art contemporain ne nous permettent d\u2019exercer le go\u00fbt qu\u2019\u00e0 partir des traits caract\u00e9ristiques de l\u2019objet.<br>\u00c0 cet \u00e9gard, une oeuvre classique est plus facile \u00e0 juger qu\u2019une oeuvre contemporaine gr\u00e2ce aux traits non esth\u00e9tiques ais\u00e9ment discernables. Par exemple, dans le tableau <em>Iris<\/em> de Van Gogh que j\u2019ai pu appr\u00e9cier au mus\u00e9e d\u2019Orsay en 2014, on peut souligner les courbes ondul\u00e9es des iris, l\u2019intensit\u00e9 des couleurs, comme si Van Gogh restituait les odeurs, la temp\u00e9rature et la pr\u00e9sence de l\u2019air du vent. On peut dire que ce tableau est tr\u00e8s pr\u00e9cis, color\u00e9 et vivant. \u00c0 l\u2019inverse, devant l\u2019installation de Peter Buggenhout, expos\u00e9e au Palais de Tokyo la m\u00eame ann\u00e9e, on est beaucoup plus perdu. <\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/postulat.org\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2020\/07\/image-5.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-261\" width=\"521\" height=\"391\" srcset=\"https:\/\/postulat.org\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2020\/07\/image-5.png 714w, https:\/\/postulat.org\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2020\/07\/image-5-300x225.png 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 521px) 100vw, 521px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La structure de deux m\u00e8tres de haut et cinq de large semble au premier regard \u00eatre un b\u00e2timent d\u00e9vast\u00e9. Chercher les traits non-esth\u00e9tiques dans cette structure, d\u2019un part, chaotique, de l\u2019autre, organis\u00e9e, serait une t\u00e2che difficile. Cette oeuvre ne laisse plus au spectateur qu\u2019\u00e0 suivre un parcours labyrinthique en \u00e9tant perplexe : faut-il appr\u00e9cier de ce d\u00e9cor? Par cons\u00e9quent, dans l\u2019art contemporain, il y a beaucoup moins de crit\u00e8res non-esth\u00e9tiques qui sont essentiels pour l\u2019application des concepts esth\u00e9tiques. Lorsqu\u2019on n\u2019arrive pas \u00e0 d\u00e9gager les crit\u00e8res pour valider l\u2019usage des cat\u00e9gories esth\u00e9tiques, on laisse le march\u00e9 de l\u2019art contemporain d\u00e9cider pour nous comment appr\u00e9cier et classer les oeuvres. Dans ce cas, la valeur \u00e9conomique est un crit\u00e8re dominant dans le jugement de go\u00fbt, car le prix devient la justification de notre ignorance des concepts esth\u00e9tiques d\u2019une oeuvre d\u2019art.<br>En mentionnant que le critique justifie ou d\u00e9fend par les traits non esth\u00e9tiques ses jugements, Sibley se demande comment on s\u2019engage dans la discussion esth\u00e9tique. Autrement, il est important de savoir comment on am\u00e8ne les autres \u00e0 voir ce qu\u2019ils n\u2019avaient pas vu. \u00c0 cet \u00e9gard, Sibley d\u00e9crit sept m\u00e9thodes que nous utilisons en tant que critiques (22). Tout d\u2019abord, le propos du critique consiste \u00e0 mentionner ou signaler des traits non esth\u00e9tiques. On attire simplement l\u2019attention sur les traits qui peut \u00eatre ais\u00e9ment discern\u00e9es par les cinq sens. En plus, nous pouvons mentionner directement le caract\u00e8re d\u2019une oeuvre en utilisant les termes esth\u00e9tiques. Or, nous r\u00e9ussissons souvent \u00e0 amener quelqu\u2019un \u00e0 voir ces qualit\u00e9s esth\u00e9tiques par un encha\u00eenement de remarques concernant les traits esth\u00e9tiques et non esth\u00e9tiques. On dit, par exemple : \u00ab Ceci est criard parce que les couleurs sont \u00e9clatantes \u00bb ou \u00ab Remarque comme le tableau est expressif gr\u00e2ce \u00e0 ces lignes tranchantes \u00bb. Parfois, nous attirons l\u2019attention sur des traits en faisant un usage de comparaisons, de m\u00e9taphores, de contrastes ou de r\u00e9miniscences : \u00ab Voyez la fiert\u00e9 dans ces lignes, comme s\u2019il avait le feu \u00e9mettant une flamme aigue \u00bb, \u00abNe pensez-vous que ces taches accidentelles ont quelque chose du hasard de Bacon ?\u00bb. En outre, on utilise la r\u00e9p\u00e9tition en attirant l\u2019attention sur les m\u00eames lignes et formes. On r\u00e9p\u00e8te les m\u00eames mots, les m\u00eames comparaisons ou m\u00e9taphores. Enfin, nous faisons usage de nos intonations de voix, de l\u2019expression, des signes de t\u00eates, des gestes et des regards. Quand une \u00e9pith\u00e8te ou une m\u00e9taphore ne portent pas, un critique fait davantage par un mouvement du bras ou un autre geste. En cons\u00e9quence, le critique a recours \u00e0 un usage des cl\u00e9s qui accompagnent son propos. Nous ne pouvons pas prouver par des arguments, ni par des conditions suffisantes, que quelques chose, par exemple, est gracieux, mais nous pouvons faire voir \u00e0 nos auditeurs ce qu\u2019il est gracieux. La base de l\u2019apprentissage des termes esth\u00e9tiques est ainsi constitu\u00e9e par notre r\u00e9ponse naturelle aux diverses propri\u00e9t\u00e9s non esth\u00e9tiques. En ce sens, nous sommes capables de d\u00e9velopper notre jugement de go\u00fbt en maitrisant les m\u00e9thodes du discernement des qualit\u00e9s non esth\u00e9tiques pour toucher la sensibilit\u00e9 et la r\u00e9ceptivit\u00e9 de nos auditeurs.<br>L\u2019un des probl\u00e8mes de la th\u00e9orie de Sibley est li\u00e9 \u00e0 l\u2019application correcte des termes esth\u00e9tiques. Dans une analyse critique, Ted Cohen soutient que nous ne sommes pas en mesure de distinguer entre les termes esth\u00e9tiques et non esth\u00e9tiques. La classification des termes ne repose pas sur une intuition claire et stable (23). Pour d\u00e9fendre son argument, Cohen montre que le lecteur reste perplexe devant une longue liste de termes. Pourtant, on peut r\u00e9pondre \u00e0 cet argument en indiquant que le verbiage ou le jargon critique d\u00e9pend du jeu de langage que fa\u00e7onne l\u2019exp\u00e9rience esth\u00e9tique. Or, le go\u00fbt se d\u00e9veloppe \u00e0 partir d\u2019un apprentissage de la mani\u00e8re de dire dans chaque jeu de langage. Dans le jugement de go\u00fbt de Sibley il n\u2019y a pas de place pour l\u2019intuition qui fait un discernement des qualit\u00e9s spontan\u00e9ment, puisque Sibley ne d\u00e9finit pas le go\u00fbt comme une facult\u00e9 inn\u00e9e. Nous maitrisons au fur et \u00e0 mesure le vocabulaire plus sp\u00e9cifique du go\u00fbt en s\u2019int\u00e9ressant aux diverses propri\u00e9t\u00e9s naturelles non esth\u00e9tiques.<br>Dans une autre discussion, Joseph Margolis soutient que les \u00e9nonc\u00e9s esth\u00e9tiques n\u2019ont pas de valeur de v\u00e9rit\u00e9, m\u00eame s\u2019ils reposent sur les qualit\u00e9s non esth\u00e9tiques (24). Son argument consiste \u00e0 discr\u00e9diter les concepts non esth\u00e9tiques par une forme de non-cognitivisme selon laquelle on peut distinguer entre le fait d\u2019avoir et celui de para\u00eetre avoir. Si parfois on ne peut pas \u00eatre s\u00fbr de ce qu\u2019on voit dans l\u2019objet, on ne peut cependant pas les pr\u00e9senter comme des raisons \u00e0 l\u2019appui des \u00e9valuations esth\u00e9tiques. De ce point de vue, Beardsley r\u00e9pond que le propos du critique ne repose pas sur les qualit\u00e9s non esth\u00e9tiques des oeuvres d\u2019art qui paraissent vraies ou qui sont possibles. Sinon, la critique n\u2019a pas de sens car tous les jugements seraient des expressions de l\u2019affect ou de l\u2019\u00e9motion. Si, par exemple, une certaine qualit\u00e9 dans le tableau me semble rouge, il est improbable que j\u2019aille en faire le moyen d\u2019une qualit\u00e9 esth\u00e9tique.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Conclusion<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">On constate aujourd\u2019hui que l\u2019artiste contemporain met en oeuvre de nouvelles techniques, travaille de nouveaux mat\u00e9riaux, change le support de cr\u00e9ation, et donc le lieu d\u2019exposition. La transformation artistique au cours du XX\u00e8me si\u00e8cle aboutit \u00e0 une immense vari\u00e9t\u00e9 des exp\u00e9riences esth\u00e9tiques d\u00e9pourvues de coh\u00e9rence et d\u2019organisation. Si \u00e0 l\u2019\u00e9poque des beaux-arts nous pouvions unifier ces exp\u00e9riences par une id\u00e9e de l\u2019art pur de l\u2019h\u00e9g\u00e9monie culturelle, aujourd\u2019hui nous faisons face \u00e0 une interpr\u00e9tation diff\u00e9rente de l\u2019art et \u00e0 l\u2019absence de toute hi\u00e9rarchie d\u2019appr\u00e9ciation. \u00c0 cet \u00e9gard, l\u2019art contemporain a besoin du principe ou de la r\u00e8gle qui redonnerait un sens aux notions d\u2019exp\u00e9rience esth\u00e9tique. Il s\u2019agit de repenser les crit\u00e8res d\u2019\u00e9valuation et m\u00eame le jugement de go\u00fbt pour encadrer cette pluralit\u00e9 esth\u00e9tique d\u2019une mani\u00e8re conceptuellement organis\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"560\" height=\"249\" src=\"https:\/\/postulat.org\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2020\/07\/image-6.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-262\" srcset=\"https:\/\/postulat.org\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2020\/07\/image-6.png 560w, https:\/\/postulat.org\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2020\/07\/image-6-300x133.png 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 560px) 100vw, 560px\" \/><figcaption>La diff\u00e9rence entre l\u2019exp\u00e9rience esth\u00e9tique des Beaux-arts et de l\u2019art contemporain<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019une des formes de r\u00e9actions possibles \u00e0 cette diversit\u00e9 immense des objets et des jugements consiste \u00e0 red\u00e9finir le domaine de l\u2019art \u00e0 partir d\u2019un canon artistique. Sous canon, il s\u2019agit de l\u2019argument d\u2019autorit\u00e9 qui na\u00eet du consensus d\u2019un milieu ou de la d\u00e9marche transcendantale au sens kantien qui pr\u00e9d\u00e9finit un domaine d\u2019exp\u00e9riences esth\u00e9tiques. On peut, par exemple, donner un statut canonique aux photographies peintes de Teun Hocks et \u00e9valuer d\u2019autres objets d\u2019art en faisant r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 ce canon. <\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"288\" height=\"220\" src=\"https:\/\/postulat.org\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2020\/07\/image-7.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-263\"\/><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pourtant, cette strat\u00e9gie assez na\u00efve et n\u00e9o-dogmatique n\u2019est pas r\u00e9alisable \u00e0 l\u2019\u00e9poque du pluralisme postmoderne o\u00f9 chacun exprime ses pr\u00e9f\u00e9rences. Il est difficile d\u2019imaginer comment toutes les cultures diverses acceptent la norme du jugement de go\u00fbt \u00e0 partir d\u2019une oeuvre particuli\u00e8re. En outre, m\u00eame si on pouvait subordonner toutes les pratiques artistiques sous la m\u00eame \u00e9chelle d\u2019appr\u00e9ciation, cette d\u00e9marche signifierait l\u2019annulation de la diversit\u00e9 des objets d\u2019art au nom d\u2019un domaine v\u00e9ritable de l\u2019esth\u00e9tique. Autrement, le dogmatisme artistique peut nous sauver du d\u00e9sarroi de l\u2019exp\u00e9rience esth\u00e9tique mais forc\u00e9ment \u00e0 travers l\u2019abandon de la majorit\u00e9 des pratiques artistiques qui n\u2019ont pas aucun lien commun avec le canon. Le retour aux anciennes th\u00e9ories esth\u00e9tiques id\u00e9alistes est donc impossible. Il nous faut essayer de former un nouveau paradigme de l\u2019esth\u00e9tique qui r\u00e9pond \u00e0 l\u2019organisation de la culture lib\u00e9rale avec sa diversit\u00e9 et sa relativit\u00e9.<br>Une deuxi\u00e8me attitude que je fais mienne consiste \u00e0 trouver dans la diversit\u00e9 des pratiques artistiques des \u00e9l\u00e9ments ressemblants et connexes pour \u00e9chapper au d\u00e9sordre de l\u2019exp\u00e9rience esth\u00e9tique. <\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"288\" height=\"220\" src=\"https:\/\/postulat.org\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2020\/07\/image-8.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-264\"\/><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Or, cette position doit s\u2019accorder avec le caract\u00e8re universel de l\u2019exp\u00e9rience esth\u00e9tique. Il ne s\u2019agit pas de la pr\u00e9tention \u00e0 l\u2019universalit\u00e9 mais de l\u2019universalit\u00e9 du jugement au sens humien qui s\u2019assure anthropologiquement chez tous les hommes. L\u2019unification des oeuvres doit donc rendre compte sur le fait que tout homme a des exp\u00e9riences esth\u00e9tiques ressemblantes sous certaines conditions : l\u2019absence du pr\u00e9jug\u00e9, le point de vue polyvalent, la maitrise du discernement des qualit\u00e9s descriptives dans chaque pratique artistique etc. D\u2019o\u00f9 ce raffinement du jugement de go\u00fbt qui se fournit par une large exp\u00e9rience et l\u2019apprentissage de la grammaire artistique.<br>La th\u00e9orie propos\u00e9e doit tenir compte du fait que les jugements esth\u00e9tiques sont susceptibles de degr\u00e9s sur des \u00e9chelles d\u2019appr\u00e9ciation. Si on va \u00eatre capable de classer les oeuvres de l\u2019art contemporain selon les traits ou les crit\u00e8res sp\u00e9cifiques, on peut d\u00e9finir la sup\u00e9riorit\u00e9 d\u2019une oeuvre par rapport \u00e0 d\u2019autres dans le m\u00eame classement. Il en d\u00e9coule qu\u2019une relativit\u00e9 des appr\u00e9ciations des oeuvres d\u00e9pend d\u2019une intention du spectateur de juger une oeuvre selon tel ou l\u2019autre crit\u00e8re. Ces sortes de relativit\u00e9s s\u2019articulent et s\u2019entrecroisent \u00e0 condition que les spectateurs rejoignent le m\u00eame mode d\u2019appr\u00e9hension.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">R\u00e9f\u00e9rences:<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">(1) L\u2019entretien avec Yves Michaud. Voir sur http:\/\/www.telerama.fr\/scenes\/yves-michaud-la-transgression-aujourd-hui-ne-va-pas-tres-loin-il-s-agit-d-une-audace-ritualisee-et-encadree,40623.php.<br>(2) E. KANT, Critique de la raison pure, op. cit., p. 54.<br>(3) Voir Fran\u00e7ois LA ROCHEFOUCAULD, Maximes et R\u00e9flexions diverses, Flammarion, 1999<br>(4) Par cet argument, Lichtenstein veut souligner que le plaisir esth\u00e9tique n\u2019est pas imm\u00e9diat et que le jugement de go\u00fbt s\u2019appuie sur une somme d\u2019exp\u00e9riences esth\u00e9tiques.<br>(5) Sur ce sujet voir Simone MANON, \u00ab Peut-on convaincre autrui de la beaut\u00e9 d\u2019un objet ? \u00bb, http:\/\/www.philolog.fr\/peut-on-convaincre-autrui-de-la-beaute-dun-objet-kant.<br>(6) E. KANT. Critique de la facult\u00e9 de juger, op. cit., \u00a79.<br>(7) E. KANT. Critique de la facult\u00e9 de juger, op. cit., p.63<br>(8) F. LA ROCHEFOUCAULD, Maximes et R\u00e9flexions diverses, op. cit., p. 162.<br>(9) HEGEL, Cours d\u2019Esth\u00e9tique, Introduction.<br>(10) Y. MICHAUD, La crise de l\u2019art contemporain, op. cit., 236-237.<br>(11) P. BOURDIEU, La distinction. Critique sociale du jugement de go\u00fbt.<br>(12) R. ROCHLITZ, Subversion et subvention, op. cit., p. 77.<br>(13) Ibid. p.138.<br>(14) F. LA ROCHEFOUCAULD, Maximes et R\u00e9flexions diverses, op. cit., p. 520.<br>(15) Un irrationalisme dans l\u2019art suppose qu\u2019il n\u2019y a plus de crit\u00e8res esth\u00e9tiques et tout se vaut. Un rationalisme dogmatique, par contre, d\u00e9finit le domaine de l\u2019art \u00e0 partir d\u2019un canon artistique. Sous canon, il s\u2019agit de l\u2019argument d\u2019autorit\u00e9 qui na\u00eet du consensus d\u2019un milieu ou de la d\u00e9marche transcendantale au sens kantien qui pr\u00e9d\u00e9finit un domaine d\u2019exp\u00e9riences esth\u00e9tiques. Sur ce sujet voir Rainer ROCHLITZ, Subversion et Subvention. Art contemporain et Argumentation esth\u00e9tique, p. 84-86.<br>(16) D. HUME, Essai sur l\u2019art et le go\u00fbt, op. cit., p. 75-124.<br>(17) Ibid. p.82.<br>(18) D. HUME, Essai sur l\u2019art et le go\u00fbt, op. cit., \u00a716.<br>(19) Voir les oeuvres de Catherine Widgery sur http:\/\/www.widgery.com.<br>(20) Frank SIBLEY, \u00ab Les concepts esth\u00e9tiques \u00bb, op. cit., p.43-66.<br>(21) Voir l\u2019exposition intitul\u00e9e \u00ab Collectior \u00bb (Le TriPostal de Lille) sur http:\/\/lauxiliaire.blogspot.fr\/2011\/11\/collector-tri-postal-lille.html.<br>(22) Frank SIBLEY, \u00ab Les concepts esth\u00e9tiques \u00bb, op. cit., p.60-66.<br>(23) Monroe C. BEARDSLEY, \u00ab Quelques probl\u00e8mes anciens dans de nouvelles perspectives \u00bb dans Esth\u00e9tique Contemporaine, J-P. Cometti, p.50.<br>(24) Ibid. p.54.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Apparu apr\u00e8s la seconde guerre mondiale, avec comme pr\u00e9curseur Marcel Duchamp, l\u2019art contemporain est souvent m\u00e9connu ou incompris. 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