
{"id":100,"date":"2019-05-23T20:29:34","date_gmt":"2019-05-23T20:29:34","guid":{"rendered":"https:\/\/postulat.org\/fr\/?p=100"},"modified":"2019-07-02T07:56:55","modified_gmt":"2019-07-02T07:56:55","slug":"le-mal-de-plotin-comme-neant","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/postulat.org\/fr\/le-mal-de-plotin-comme-neant\/","title":{"rendered":"Le mal de Plotin comme n\u00e9ant"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Plotin identifie le mal premier comme non-\u00eatre, dans un certain sens du n\u00e9ant. La source du premier mal est la mati\u00e8re. Le corps suppose de la mati\u00e8re, mais ce n&rsquo;est pas la m\u00eame chose. Alors que le corps a des qualit\u00e9s sensibles, la mati\u00e8re est impassible . C&rsquo;est une mati\u00e8re non-organis\u00e9e, obscure, ind\u00e9termin\u00e9, sans forme et propri\u00e9t\u00e9s. Si le mal n&rsquo;existe ni dans les \u00eatres ni dans ce qui est au-del\u00e0 des \u00eatres, en quel sens on prend non-\u00e9tant? L&rsquo;id\u00e9e du n\u00e9ant est une expression contradictoire et absurde. Toutefois, Plotin \u00e9limine la possibilit\u00e9 du n\u00e9ant absolu. Son analyse rejoint la doctrine aristot\u00e9licienne de cat\u00e9gorie. Si l&rsquo;\u00e9tant se dit en des multiples sens, il s&rsquo;ensuit analytiquement que le non-\u00e9tant se dit en des multiples sens. Quand on dit que \u00ab\u00a0rouge n&rsquo;est pas vert\u00a0\u00bb, cela ne veut dire pas que rouge n&rsquo;existe pas. C&rsquo;est juste qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas de cette qualit\u00e9 d&rsquo;\u00eatre vert. Rouge est autre que vert. Donc, le non-\u00eatre est autre que l&rsquo;\u00eatre. <\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Le miroir des simulacres<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En quoi le mal est-il une forme du n\u00e9ant? Il est autre que l&rsquo;\u00eatre dans le sens de l&rsquo;image qui n&rsquo;est pas la m\u00eame r\u00e9alit\u00e9. C&rsquo;est une image trompeuse, fausse, d\u00e9form\u00e9 qui ment en tout ce qu&rsquo;on imagine. Grande qu&rsquo;on imagine en elle, est petite, rouge est verte, \u00eatre est non-\u00eatre. Or la mati\u00e8re va appara\u00eetre comme le support, le substrat invisible sur lequel se forment ces images ou simulacre. Autrement dit, la mati\u00e8re est un miroir, mais pas un miroir au sens moderne du mot. En antiquit\u00e9, le miroir est un synonym d&rsquo;une connaissance obscure parce qu&rsquo;il refl\u00e8te l&rsquo;image indistincte. Donc, la mati\u00e8re de Plotin est comme surface r\u00e9ffl\u00e9chissante, obscure que nous ne voyons pas mais sur laquelle jouent des images et des simulacres des intelligibles. La mati\u00e8re ne peut pas s&rsquo;unir \u00e0 l&rsquo;\u00eatre, mais elle tire quelque chose de son voisinage avec lui. Quand la mati\u00e8re arr\u00eate et renvoit le rayonnement proc\u00e9dant des \u00eatres, le reflet des choses et des m\u00e9langes se combinent en elle. En restant la m\u00eame, la mati\u00e8re devient cause de la g\u00e9n\u00e9ration. <\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Le mal en soi<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">On peut s&rsquo;interroger sur la question de savoir par quoi le mal est mauvais. Seule mati\u00e8re peut correspondre \u00e0 la d\u00e9finition du mal, mais elle ne peut pas avoir aucune qualit\u00e9. Le propre du mal c&rsquo;est de n&rsquo;avoir rien au propre. S&rsquo;il n&rsquo;est rien et n&rsquo;a pas d&rsquo;action propre, comment peut il avoir de la puissance de nous corrompre, de nous rendre mauvais? Tout le principe du mal est l&rsquo;ind\u00e9termination. Cette ind\u00e9termination est toujours l\u00e0 qui est au fond du monde sensible. Lorsque l&rsquo;\u00e2me descend dans les t\u00e9n\u00e8bres, elle jette sur la mati\u00e8re la forme des objets, craignant qu&rsquo;elle s&rsquo;arr\u00eate trop longtemps sur le non-\u00eatre. La mati\u00e8re comme le tain d&rsquo;un miroir attire l&rsquo;\u00e2me, s\u00e9duit, communique ce d\u00e9sordre, cette ind\u00e9termination. Ces reflets, ces formes trompeuses font l&rsquo;\u00e2me captiv\u00e9. Donc, le mal ne peut pas agir sur nous que par l&rsquo;illusion. Le mal est par lui-m\u00eame faible et inactive, mais que la pr\u00e9sence du bien lui donne de la force et la pousse \u00e0 agir. En coexistant avec le bien, le mal l&rsquo;affaiblit par sa pr\u00e9sence, tandis que lui-m\u00eame emprunte \u00e0 cet \u00e9tat puissance et forme. C&rsquo;est une puissance de l&rsquo;impuissance. <\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">La connaissance de la mati\u00e8re<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;ind\u00e9termin\u00e9 n&rsquo;est pas une absence compl\u00e8te de connaissance. En voulant saisir la mati\u00e8re par la pens\u00e9e, on arrive \u00e0 la n\u00e9gation de toute pens\u00e9e. On pense sans penser v\u00e9ritablement. Pour l&rsquo;\u0153il, la mati\u00e8re est une obscurit\u00e9, la plus laide des r\u00e9alit\u00e9s, sans couleur, sans lumi\u00e8re. \u00c0 voir les yeux ouverts dans l&rsquo;obscurit\u00e9 est le paradox de la connaissance de la mati\u00e8re. \u00c0 la fois c&rsquo;est voir au sens d&rsquo;exercer une activit\u00e9. En m\u00eame temps, ce n&rsquo;est pas voir puisqu&rsquo;on ne voit rien. Donc, la connaissance de la mati\u00e8re veut dire voir et en m\u00eame temps ne pas voir, connaissance et non-connaissance. Plotin nous n&rsquo;invite pas \u00e0 pratiquer habituellement cette m\u00e9ditation dangereuse qui se tourne vers les t\u00e9n\u00e8bres et le n\u00e9ant. C&rsquo;est contre-nature. Pourant, on doit le faire en tant que philosophe pour comprendre ce qu&rsquo;il y a au fond du mal.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Critique de Proclus<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La th\u00e8se de Plotin que le premier mal c&rsquo;est la mati\u00e8re sera rejet\u00e9e par Proclus. Il indique que le ph\u00e9nom\u00e8ne du bien qui diminue en intensit\u00e9 et abouti \u00e0 la constitution du mal comme tel para\u00eet d\u00e9sastreux et contradictoire.  Soit on admet l&rsquo;existence de deux principes des \u00eatres, soit on fait du bien la cause du mal. Si on admet que chaqun des deux est un, il est n\u00e9cessaire que l&rsquo;un existe avant eux deux. Donc, le bien et le mal seraient tous deux un par le m\u00eame principe unique.  S&rsquo;il y a un principe uni de l&rsquo;univers de qui tout d\u00e9pend, de qui tout provient, comment a-t-il pu permettre produire le mal?  On ne peut pas accepter non plus que le mal provient du bien. On dit que la cause du bien est un bien encore plus grand. De m\u00eame, ce qui est cause du mal est un mal encore plus grand. Par cons\u00e9quent, cela changerait la nature propre du bien. Si la nature du bien reste constante, c&rsquo;est alors le mal qui devrait \u00eatre bien, puisqu&rsquo;il se bonifierait en assumant les qualit\u00e9s de sa cause. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour \u00e9viter ces deux contradictions, Proclus veut d\u00e9montrer non seulement que la mati\u00e8re n&rsquo;est pas un mal, mais encore qu&rsquo;elle est un bien. Il accepte que la mati\u00e8re est n\u00e9cessaire pour que l&rsquo;univers soit beau. Pourtant, la mati\u00e8re n&rsquo;est pas responsable de la faiblesse et de la chute des \u00e2mes. Comment peut-on expliquer que l&rsquo;inf\u00e9rieur agit sur le sup\u00e9rieur et que l&rsquo;impuissant agit sur ce qui est plus puissant que lui? Si les \u00e2mes tombent elles-m\u00eames dans le sensible, se dirigent vers la mati\u00e8re, comment peut-on attribuer de la responsabilit\u00e9 \u00e0 la mati\u00e8re? Selon Proclus, c&rsquo;est la passion et l&rsquo;app\u00e9tit de l&rsquo;inf\u00e9rieur des \u00e2mes qui les descendent vers la mati\u00e8re. La cause de la descente de l&rsquo;\u00e2me est une fatique d&rsquo;\u00eatre enseble, une fatique de la contemplation dans la communaut\u00e9 des \u00e2mes. C&rsquo;est une fatique transcendantale, \u00e0 savoir un d\u00e9sir de s&rsquo;isoler, d&rsquo;avoir son domaine en soi.  Si ce n&rsquo;est pas la mati\u00e8re qui est responsable de la s\u00e9duction des \u00e2mes, elle n&rsquo;est ni un bien, ni un mal. On ne peut pas dire qu&rsquo;elle est un mal puisqu&rsquo;elle provient du bien. En m\u00eame temps, elle n&rsquo;est un bien en tant qu&rsquo;une chose le plus loin du bien. La mati\u00e8re est une condition du bien, une chose n\u00e9cessaire.  Dans ce cas, il n&rsquo;y a aucune difficult\u00e9 ce que la mati\u00e8re soit l&rsquo;ultime principe du bien. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Bibliographie:<\/h3>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li>Plotin,&nbsp;<em>Enn\u00e9ades<\/em>, Traduction Marie-Nicolas Bouillet (1857-1861) <\/li><li>Proclus, <em>Commentaire sur le Parm\u00e9nide <\/em>(vers 470). Ancienne trad. par Chaignet, Leroux, 1900, 3 t. <\/li><\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Plotin identifie le mal premier comme non-\u00eatre, dans un certain sens du n\u00e9ant. La source du premier mal est la mati\u00e8re. Le corps suppose de la mati\u00e8re, mais ce n&rsquo;est pas la m\u00eame chose. Alors que le corps a des qualit\u00e9s sensibles, la mati\u00e8re est impassible . 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